Barjavel: sa vie, son oeuvre

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SynthĂšse : RenĂ© Barjavel, Ă©crivain français de renom, est issu d'une famille de paysans et d'artisans, mais il choisit la voie de l'Ă©criture et quitte la campagne pour la ville. ConsidĂ©rĂ© comme un prĂ©curseur de la science-fiction en France, ses romans d'anticipation posent des questions essentielles sur l'avenir de l'humanitĂ©. Barjavel imagine des mondes post-apocalyptiques oĂč une nouvelle sociĂ©tĂ© Ă©merge des cendres de l'ancienne, offrant des perspectives parfois rĂ©gressives mais toujours empreintes d'humour et d'ironie. MalgrĂ© des accusations de collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale, Barjavel se rĂ©vĂšle ĂȘtre un observateur lucide de son Ă©poque, dĂ©nonçant la destruction de la nature et le dĂ©tachement de l'homme de la terre. Ses rĂ©cits, bien que sombres, laissent entrevoir une lueur d'espoir, invitant Ă  continuer Ă  vivre et Ă  espĂ©rer malgrĂ© les dĂ©fis du monde contemporain.

RenĂ© Barjavel est nĂ© en 1911 Ă  Nyons, dans la DrĂŽme. Ses parents sont boulangers, ses grands-parents agriculteurs, mais il prĂ©fĂšre les appeler “paysans”. Des racines rurales, manuelles, dont il s’arrache avec tristesse, lui qui part Ă©tudier Ă  la ville et Ă©crire Ă  Paris.

Barjavel est un incontournable de la science-fiction française, mĂȘme si, quand les Ă©ditions DenoĂ«l publient Ravage et Le Voyageur imprudent, en 1943 et 1944, le terme de science-fiction n’existe pas. Appelons alors ses ouvrages des romans d’anticipation ou, comme le sous-titre l’indique sur les Ă©ditions originales : romans extraordinaires. Chacun d’entre eux rĂ©pond Ă  une question, celle que se pose la science-fiction : Que se passerait-il si
 ?. Que se passerait-il si l’électricitĂ© disparaissait ? Que se passerait-il si l’on tuait son ancĂȘtre ? Que se passerait-il si l’on trouvait une civilisation sous la glace de l’Antarctique ? C’est que RenĂ© Barjavel raisonne par induction.

Je suis un homme moyen, petit-fils de paysans, du cĂŽtĂ© de mon pĂšre aussi bien que du cĂŽtĂ© de ma mĂšre, fils d’ouvrier, mon pĂšre Ă©tait ouvrier-boulanger. Je suis donc la premiĂšre gĂ©nĂ©ration qui ne travaille pas de ses mains. Et j’en souffre souvent, et beaucoup. Parce que le stylo est vraiment un objet incongru : c’est une fabrication artificielle, ça sert Ă  faire des gribouillis sur du papier, ce n’est pas du travail. Ecrire des romans, parler Ă  la radio, apparaĂźtre sur l’écran de la tĂ©lĂ©vision, tout ça, au fond, c’est du vent et de la fumĂ©e. RenĂ© Barjavel dans Radioscopie de Jacques Chancel, France Inter (1969)

Et dans tout ce qu’il imagine, ou presque, il y a un cataclysme, une apocalypse, une fin du monde
 Et une nouvelle sociĂ©tĂ© qui, aprĂšs avoir rĂ©ussi Ă  se frayer un chemin dans les cendres de l’ancienne, survit comme elle peut. Barjavel est peut-ĂȘtre un collapsologue avant l’heure. Et les mondes qu’il imagine sont de drĂŽles d’utopies. Parce qu’elles sont rĂ©gressives. C’est celle du retour Ă  la terre, de la polygamie et du repeuplement du monde dans Ravage. Alors Barjavel serait-il rĂ©actionnaire ? Ou mĂȘme collabo ? Ce procĂšs colle Ă  sa rĂ©putation, lui qui Ă©tait si proche de Robert DenoĂ«l, dont la maison d’édition a collaborĂ© avec les nazis, et lui qui a publiĂ© Ravage et Le Voyageur imprudent, entre autres, dans le journal collaborationniste et antisĂ©mite Je suis partout de Robert Brasillach. Mais Barjavel n’est pas un idĂ©ologue. Sa collaboration est opportuniste, voilĂ  tout.

Ses romans se terminent mal. Parce qu’il s’inspire du monde qu’il voit, et qu’il y voit la destruction du vivant. Il voit l’industrialisation Ă  outrance, le travail qui disparaĂźt et l’Homme qui se coupe de la nature. Et pourtant, contrairement Ă  ce qu’il laisse penser, RenĂ© Barjavel n’est pas un pessimiste
 Parce qu’à chaque horreur qu’il imagine, Ă  chaque monstruositĂ© qu’il anticipe, il colle une pointe d’humour, un trait d’ironie, un peu de sarcasme. Et qu’il trouve toujours des raisons d’espĂ©rer. Parce que si le monde est dans le pĂ©trin, il reste toujours du temps pour le pĂ©trir.

Paris, 16 novembre 1981. Eh bien, j’ai survĂ©cu, et le monde aussi.
FrĂšre tournez-vous Ă  gauche, frĂšre tournez-vous Ă  droite, que voyez-vous ?
Je ne vois que l’horizon qui flamboie et la bĂȘtise qui poudroie. Les hommes sont gouvernĂ©s par des fous assis sur des barils de poudre et qui jouent avec des allumettes tout en se lançant au visage des colombes dont chaque plume est une lame. Un jour ça va saigner ! Un jour ça va sauter ! FrĂšre voilĂ  ce que je vois. Dois-je espĂ©rer quand mĂȘme ?
Dois-je continuer de faire ce qu’il faut pour vivre ?
Oui, il faut continuer de vivre ! Bien sĂ»r il faut espĂ©rer ! La vie est belle ! Et l’espĂ©rance est violente !

https://www.franceculture.fr/emissions/toute-une-vie/rene-barjavel-1911-1985-le-monde-dans-le-petrin
   

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