⇠ P. Claudel - Connaissance de l'Est - Tristesse de l'eau

P. Claudel - Connaissance de l'Est - La Pluie - analyses

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Par les deux fenĂȘtres qui sont en face de moi, les deux fenĂȘtres qui sont Ă  ma gauche, et les deux fenĂȘtres qui sont Ă  ma droite, je vois, j’entends d’une oreille et de l’autre tomber immensĂ©ment la pluie. Je pense qu’il est un quart d’heure aprĂšs midi : autour de moi, tout est lumiĂšre et eau. Je porte ma plume Ă  l’encrier, et jouissant de la sĂ©curitĂ© de mon emprisonnement, intĂ©rieur, aquatique, tel qu’un insecte dans le milieu d’une bulle d’air, j’écris ce poĂšme.
Ce n’est point de la bruine qui tombe, ce n’est point une pluie languissante et douteuse. La nue attrape de prĂšs la terre et descend sur elle serrĂ© et bourru, d’une attaque puissante et profonde. Qu’il fait frais, grenouilles, Ă  oublier, dans l’épaisseur de l’herbe mouillĂ©e, la mare ! Il n’est pas Ă  craindre que la pluie cesse ; cela est copieux, cela est satisfaisant. AltĂ©rĂ©, mes frĂšres, Ă  qui cette trĂšs merveilleuse rasade ne suffirait pas. La terre a disparu, la maison baigne, les arbres submergĂ©s ruissellent, le fleuve lui-mĂȘme qui termine mon horizon comme une mer paraĂźt noyĂ©. Le temps ne me dure pas, et, tendant l’ouĂŻe, non pas au dĂ©clenchement d’aucune heure, je mĂ©dite le ton innombrable et neutre du psaume.
Cependant la pluie vers la fin du jour s’interrompt, et tandis que la nue accumulĂ©e prĂ©pare un plus sombre assaut, telle qu’Iris du sommet du ciel fondait tout droit au cƓur des batailles, une noire araignĂ©e s’arrĂȘte, la tĂȘte en bas et suspendue par le derriĂšre au milieu de la fenĂȘtre que j’ai ouverte sur les feuillages et le Nord couleur de brou. Il ne fait plus clair, voici qu’il faut allumer. Je fais aux tempĂȘtes la libation de cette goutte d’encre.

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