⇠ Aragon - Les Yeux d'Elsa - étude du recueil Aragon - Les Yeux d'Elsa - analyse ⇢

Comparaison avec La Courbe de tes yeux de Paul Eluard

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Synthèse : Les poèmes «Les Yeux d'Elsa» de Louis Aragon et «La Courbe de tes yeux» de Paul Eluard, extraits respectivement de «Les Yeux d'Elsa» et de «Capitale de la douleur», célèbrent la puissance et la beauté du regard féminin, érigé en source d'émerveillement et de salut. Aragon explore la profondeur et la complexité des yeux d'Elsa, les comparant à des miroirs cosmiques, à des paysages changeants, et à des fenêtres sur le bonheur et le malheur. Ces yeux deviennent ainsi le point de convergence de la mémoire, de la perception et de l'expérience, incarnant un paradis à la fois retrouvé et perdu. Eluard, quant à lui, magnifie la courbe des yeux aimés, la transformant en un symbole de perfection et d'harmonie qui structure l'univers poétique. La poésie devient alors une offrande, une dépendance absolue au regard, qui conditionne la vie et la perception du monde. L'un comme l'autre, ces poèmes témoignent d'une poésie amoureuse qui transcende le réel pour atteindre une dimension métaphysique.

Les Yeux d'Elsa

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire

J'ai vu tous les soleils y venir se mirer

S'y jeter à mourir tous les désespérés

Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé

Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent

L'été taille la nue au tablier des anges

Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur

Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit

Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie

Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée

Sept glaives ont percé le prisme des couleurs

Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs

L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche

Par où se reproduit le miracle des Rois

Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois

Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots

Pour toutes les chansons et pour tous les hélas

Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres

Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images

Écarquille les siens moins démesurément

Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens

On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où

Des insectes défont leurs amours violentes

Je suis pris au filet des étoiles filantes

Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende

Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu

Ô paradis cent fois retrouvé reperdu

Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa

Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent

Moi je voyais briller au-dessus de la mer

Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa

Louis Aragon - Extrait de "Les Yeux d'Elsa"

La Courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,

Un rond de danse et de douceur,

Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,

Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu

C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,

Roseaux du vent, sourires parfumés,

Ailes couvrant le monde de lumière,

Bateaux chargés du ciel et de la mer,

Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores

Qui gît toujours sur la paille des astres,

Comme le jour dépend de l'innocence

Le monde entier dépend de tes yeux purs

Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Paul Eluard (1895-1952) - Extrait de "Capitale de la douleur"


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