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Musset - On ne badine pas avec l'amour - I, 2 - extraits analysés

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Musset - On ne badine pas avec l'amour - I, 2 - analyses


Le Baron
(Perdican entre d’un côté, Camille de l’autre.) Bonjour, mes enfants ; bonjour, ma chère Camille, mon cher Perdican ! embrassez-moi, et embrassez-vous.


Perdican
Bonjour, mon père, ma sœur bien-aimée ! Quel bonheur ! que je suis heureux !


Camille
Mon père et mon cousin, je vous salue.


Perdican
Comme te voilà grande, Camille ! et belle comme le jour.


Le Baron
Quand as-tu quitté Paris, Perdican ?


Perdican
Mercredi, je crois, ou mardi. Comme te voilà métamorphosée en femme ! Je suis donc un homme, moi ? Il me semble que c’est hier que je t’ai vue pas plus haute que cela.


Le Baron
Vous devez être fatigués ; la route est longue, et il fait chaud.


Perdican
Oh ! mon Dieu, non. Regardez donc, mon père, comme Camille est jolie ! Le Baron
Allons, Camille, embrasse ton cousin.


Camille
Excusez-moi.

Le Baron
Un compliment vaut un baiser ; embrasse-la, Perdican.


Perdican
Si ma cousine recule quand je lui tends la main, je vous dirai à mon tour : Excusez-moi ; l’amour peut voler un baiser, mais non pas l’amitié.


Camille
L’amitié ni l’amour ne doivent recevoir que ce qu’ils peuvent rendre.

Le Baron, à maître Bridaine.
Voilà un commencement de mauvais augure, hé ?


Maître Bridaine, au baron.
Trop de pudeur est sans doute un défaut ; mais le mariage lève bien des scrupules.


Le Baron, à maître Bridaine.
Je suis choqué, — blessé. — Cette réponse m’a déplu. — Excusez-moi ! Avez- vous vu qu’elle a fait mine de se signer ? — Venez ici, que je vous parle. — Cela m’est pénible au dernier point. Ce moment, qui devait m’être si doux, est complètement gâté. — Je suis vexé, piqué. — Diable ! voilà qui est fort mauvais.


Maître Bridaine
Dites-leur quelques mots ; les voilà qui se tournent le dos.

Le Baron
Eh bien ! mes enfants, à quoi pensez-vous donc ? Que fais-tu là, Camille, devant cette tapisserie ?


Camille, regardant un tableau.
Voilà un beau portrait, mon oncle ! N’est-ce pas une grand’tante à nous ?


Le Baron
Oui, mon enfant, c’est ta bisaïeule, — ou du moins la sœur de ton bisaïeul, — car la chère dame n’a jamais concouru, — pour sa part, je crois, autrement qu’en prières, — à l’accroissement de la famille. C’était, ma foi, une sainte femme.


Camille
Oh ! oui, une sainte ! c’est ma grand’tante Isabelle. Comme ce costume religieux lui va bien !


Le Baron
Et toi, Perdican, que fais-tu là devant ce pot de fleurs ?


Perdican
Voilà une fleur charmante, mon père. C’est un héliotrope.


Le Baron
Te moques-tu ? elle est grosse comme une mouche.


Perdican
Cette petite fleur grosse comme une mouche a bien son prix.


Maître Bridaine
Sans doute ! le docteur a raison. Demandez-lui à quel sexe, à quelle classe elle appartient, de quels éléments elle se forme, d’où lui viennent sa sève et sa couleur; il vous ravira en extase en vous détaillant les phénomènes de ce brin d’herbe, depuis la racine jusqu’à la fleur.


Perdican
Je n’en sais pas si long, mon révérend. Je trouve qu’elle sent bon, voilà tout.


   

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