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M. Boulgakov - Le Maître et Marguerite - présentation

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Synthèse : Le roman "Le maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov, écrit sous le régime communiste à Moscou, dépeint l'apparition du diable et de ses acolytes dans la ville, semant le chaos parmi les habitants. À travers des personnages hauts en couleur et des scènes de magie noire, l'auteur dresse une satire subtile du système communiste, tout en offrant une histoire bien construite et captivante. Les événements fantastiques se mêlent à une critique sociale acerbe, mettant en lumière les abus de pouvoir et la répression psychiatrique sous Staline. Ce roman, longtemps interdit, se révèle être bien plus qu'une simple satire, offrant une lecture fluide et immersive dès les premières pages, avec un style cinématographique qui n'est pas sans rappeler certaines productions contemporaines.

UN ROMAN SOUS LE RÉGIME COMMUNISTE

Le maître et Marguerite a été écrit par Mikhaïl Boulgakov à l’ombre de la répression communiste à Moscou, entre 1929 et 1940. L’auteur mourra en 1940 bien avant que le roman ne soit complètement publié, ce qui sera chose faite seulement en 1973. En effet, ce texte a été proscrit (à la manière de l’art jugé dégénéré par les nazis) par le système communiste puisqu’il s’agit d’une satire, à peine masquée, de ce dernier.

L’histoire est celui de l’apparition du diable sous forme humaine (ainsi que de ses acolytes). Ils vont mettre Moscou sans dessus-dessous en s’engouffrant dans les failles de chacun des personnages qu’ils rencontrent sur leur passage. Parmi les personnes que Woland (le diable) rencontrera il y a le maître, un auteur déçu de ne pas voir son roman sur Ponce Pilate publié ainsi que Marguerite qui est éperdument amoureuse du maître.

Boulgakov n’était pas un auteur de compromission, il a ainsi créé des personnages et des scènes hauts en couleur, comme pour trancher avec la vie grise des moscovites sous le régime communiste.
Un des personnages les plus épiques est sans doute Behemot, un disciple du diable qui a l’apparence d’un chat et qui alterne pitreries, magie noire et absurdités: "– J’ai l’honneur de vous présenter…, commença Woland, mais il s’interrompit aussitôt: Non impossible, je ne peux pas voir ce paillasse ridicule! Regardez en quoi il s’est changé, sous le lit!
Debout sur ces deux pattes, tout sali de poussière, le chat faisait une révérence à Marguerite. Il portait autour du cou une cravate de soirée blanche, nouée en papillon, et sur la poitrine, au bout d’un cordon, un face-à-main de dame en nacre. De plus, ses moustaches étaient dorées.


LA MAGIE NOIRE

Un autre élément original est la scène centrale du livre qui se situe dans un théâtre de Moscou où la clique de Woland effectue une séance grandiose de magie noire devant une foule en délire.
Le thème de la magie est omniprésent dans le livre et Boulgakov parvient à rendre cet aspect fantastique presque vraisemblable.
La présence de cette thématique n’est pas sans rappeler le film de Woody Allen, Magic in the moonlight, qui se déroulait aussi dans les années 1920 (aux États-Unis) et qui se basait sur le célèbre illusionniste Harry Houdini
Cette époque était sans doute friande de ce genre de spectacle et il n’est pas étonnant que Boulgakov ait utilisé ce thème de la magie pour faire sa satire de la société moscovite. Quoi de plus percutant que des tours de magie pour tourner en ridicule certains personnages — voire tout un système.
Il n’est pas rare dans Le maître et Marguerite de voir certains personnages transformés en cochons, des têtes coupées qui continuent à vivre, des billets tombant du ciel et des femmes qui se retrouvent honteusement en petite lingerie sur le trottoir moscovite.

BIEN PLUS QU’UNE SATIRE

Face à ce déferlement d’événements fantastiques, les autorités auront une fâcheuse tendance à psychiatriser les victimes … comme la répression communiste sous Staline!
Dès lors, il me semble avoir trouvé une analogie entre Yvan Bezdomny, qui est interné car il déclare avoir vu un chat humain monter dans le tramway, et le film américain Harvey (1950) où un certain Elwood est à deux doigts de se faire interner car il voit un lapin-humain. Dans les deux cas, la psychiatrie est présentée comme une prison où l’on soigne très peu le patient concerné et où il est enfermé afin de ne pas nuire au monde extérieur.
Il n’est donc pas étonnant qu’avec ce genre de satire Le maître et Marguerite fût interdit de publication (dans sa version complète) jusqu’en 1973 et la quasi fin du régime communiste en Russie.

Mais résumer ce roman à une unique satire serait omettre sa qualité d’histoire bien construite car Le maître et Marguerite est écrit avec une introduction, un milieu et une fin nettement définie. Sans doute faut-il y voir le travail de peaufinage de Boulgakov s’étalant sur plus de dix années pour ce seul roman. Nous disons parfois que le mieux est l’ennemi du bien mais dans ce cas-ci les nombreuses modifications apportées par l’auteur auront permis de rendre ce roman complet.
De plus, certains éléments du personnage du maître laissent à penser qu’il est un mélange de Boulgakov lui-même et de Gogol.
On peut ainsi aisément faire le parallèle entre la dépression qui emporte le maître suite à la non-publication de son roman et les nombreux refus que Boulgakov a essuyé pour certaines de ces œuvres pendant une période de sa vie.
L’auteur russe avait aussi un intérêt prononcé pour Gogol et il n’est pas anodin que la scène où le maître jette au feu son roman fasse penser à l’épisode réel de la vie de Nicolas Gogol où ce dernier brûla la suite des Âmes Mortes.

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Là où Tolstoï et Dostoïevski méritent souvent une introduction avant de pouvoir profiter pleinement de leurs œuvres, Le maître et Marguerite de Boulgakov se lit aisément dès les premières pages. L’apport du fantastique a une réelle portée cinématographique au point que certaines scènes du livre rappellent des détails que l’on retrouve dans beaucoup de films fantastiques actuels (chez Tim Burton par exemple).

Source: A.N.I
   

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