Synthèse : Le poème, éloge d'un «front» féminin, s'inscrit pleinement dans la tradition du blasonnement humaniste. L'analyse révèle une célébration de la beauté physique, mais surtout de la puissance intellectuelle et spirituelle, le front étant présenté comme le siège de la volonté, de l'intelligence et du savoir. L'étude des procédés rhétoriques, tels que l'anaphore, l'accumulation d'adjectifs mélioratifs et les rimes riches, met en lumière l'admiration du poète pour la femme aimée, personnification d'un microcosme en parfaite harmonie avec le macrocosme. La métrique et les figures de style concourent à magnifier cette partie du visage, métaphore de la femme entière, dont l'influence déterminera la vie ou la mort du poète. L'œuvre, par son lyrisme et sa construction, témoigne d'une vision du monde où l'humain, et plus particulièrement la femme, occupe une place centrale, reflet de l'idéal humaniste.
Front large et haut, front patent et ouvert,
Plat et uni, des beaux cheveux couvert :
Front qui est clair et serein firmament
Du petit monde, et par son mouvement
Est gouverné le demeurant du corps :
Et à son vueil sont les membres concors :
Lequel je vois être troublé par nues,
Multipliant ses rides très-menues,
Et du côté qui se présente à l’œil
Semble que là se lève le soleil.
Front élevé sur cette sphère ronde,
Où tout engin et tout savoir abonde.
Front révéré, Front qui le corps surmonte
Comme celui qui ne craint rien, fors honte.
Front apparent, afin qu'on pût mieux lire
Les lois qu'amour voulut en lui écrire,
Ô front, tu es une table d'attente
Où ma vie est, et ma mort très-patente !
(orthographe modernisée)