Je songe, et cherche à revenir,
Par delà le passé grisâtre,
Au vieux château du Souvenir.
Une gaze de brume estompe
Arbres, maisons, plaines, coteaux,
Et l’œil au carrefour qui trompe
En vain consulte les poteaux.
J’avance parmi les décombres
De tout un monde enseveli,
Dans le mystère des pénombres,
À travers des limbes d’oubli.
Mais voici, blanche et diaphane,
La Mémoire, au bord du chemin,
Qui me remet, comme Ariane,
Son peloton de fil en main.
Désormais la route est certaine ;
Le soleil voilé reparaît,
Et du château la tour lointaine
Pointe au-dessus de la forêt.
Sous l’arcade où le jour s’émousse,
De feuilles en feuilles tombant,
Le sentier ancien dans la mousse
Trace encor son étroit ruban.
Mais la ronce en travers s’enlace,
La liane tend son filet,
Et la branche que je déplace
Revient et me donne un soufflet.
Enfin, au bout de la clairière,
Je découvre du vieux manoir
Les tourelles en poivrière
Et les hauts toits en éteignoir.
Sur le comble aucune fumée
Rayant le ciel d’un bleu sillon ;
Pas une fenêtre allumée
D’une figure ou d’un rayon.
Les chaînes du pont sont brisées ;
Aux fossés, la lentille d’eau
De ses taches vert-de-grisées
Étale le glauque rideau.
(…)
Mais le jour luit à la fenêtre ;
Et les spectres, moins arrêtés,
Laissent les objets transparaître
Dans leurs diaphanéités.
Les cires fondent consumées ;
Sous les cendres s’éteint le feu ;
Du parquet montent des fumées...
Château du Souvenir, adieu !
Encore une autre fois Décembre
Va retourner le sablier.
Le Présent entre dans ma chambre
Et me dit en vain d’oublier.
Par delà le passé grisâtre,
Au vieux château du Souvenir.
Une gaze de brume estompe
Arbres, maisons, plaines, coteaux,
Et l’œil au carrefour qui trompe
En vain consulte les poteaux.
J’avance parmi les décombres
De tout un monde enseveli,
Dans le mystère des pénombres,
À travers des limbes d’oubli.
Mais voici, blanche et diaphane,
La Mémoire, au bord du chemin,
Qui me remet, comme Ariane,
Son peloton de fil en main.
Désormais la route est certaine ;
Le soleil voilé reparaît,
Et du château la tour lointaine
Pointe au-dessus de la forêt.
Sous l’arcade où le jour s’émousse,
De feuilles en feuilles tombant,
Le sentier ancien dans la mousse
Trace encor son étroit ruban.
Mais la ronce en travers s’enlace,
La liane tend son filet,
Et la branche que je déplace
Revient et me donne un soufflet.
Enfin, au bout de la clairière,
Je découvre du vieux manoir
Les tourelles en poivrière
Et les hauts toits en éteignoir.
Sur le comble aucune fumée
Rayant le ciel d’un bleu sillon ;
Pas une fenêtre allumée
D’une figure ou d’un rayon.
Les chaînes du pont sont brisées ;
Aux fossés, la lentille d’eau
De ses taches vert-de-grisées
Étale le glauque rideau.
(…)
Mais le jour luit à la fenêtre ;
Et les spectres, moins arrêtés,
Laissent les objets transparaître
Dans leurs diaphanéités.
Les cires fondent consumées ;
Sous les cendres s’éteint le feu ;
Du parquet montent des fumées...
Château du Souvenir, adieu !
Encore une autre fois Décembre
Va retourner le sablier.
Le Présent entre dans ma chambre
Et me dit en vain d’oublier.