Synthèse : Le poème «Chien et loup», explore avec une acuité remarquable l'expérience de la dissociation et de la fragilité identitaire. Le poète se décrit comme une entité flottante, «nuage indécis», oscillant entre présence et absence, hésitant sur le seuil de l'existence. Cette instabilité se manifeste par une perte de repères spatio-temporels, le sujet se trouvant «sans dormir», habité par une sensation de sursis. La tentation de l'abandon, de la dissolution dans le néant, est palpable, évoquant le désir d'échapper à la pression du monde. Cependant, l'intervention d'un «tu», figure salvatrice, ramène le poète à la réalité, lui offrant un ancrage et une perspective nouvelle, symbolisée par l'ouverture des yeux et l'affirmation de la vie. La fermeture de la «porte qui donne sur le noir» suggère une victoire, bien que fragile, sur les forces de l'abîme.
Chien et loup1
J’étais absent de moi plutôt nuage indécis
un passant pas très sûr d’être vraiment quelqu’un
Quelquefois j’hésitais sur le seuil de la porte
Une légère poussée j’aurais franchi le pas
Quelquefois j’étais là et parfois nulle part
Je ne savais plus où Je dormais sans dormir
présent les yeux fermés absent les yeux ouverts
j’habitais en sursis dans l’entre chien et loup
Tenté J’étais tenté de ne plus résister
Quel repos de sortir comme on quitte une pièce
où il y a tant de monde que personne n’y prend garde
Mais tu tenais ma main Tu disais Je suis là
J’ouvrais les yeux Le jour Ma vie Toi Oui
Et tu fermais la porte qui donne sur le noir
Note: 1: Chien et loup : expression qui désigne la tombée de la nuit