VIDÉO - ANOUILH - Becket - Quête Existentielle ou Conversion Sacrée ?
La vidéo résume l'analyse de la pièce de Jean Anouilh, intitulée «Becket ou l'honneur de Dieu», écrite en 1960.
1. Le Genre et la Structure de la Pièce
La pièce d'Anouilh n'est pas une tragédie classique, mais est définie comme un drame romantique de l'amitié et du devoir. Elle rappelle le style de Shakespeare ou de Hugo par sa variété de lieux, l'étendue de l'action, le mélange des genres (tension et relâchement) et sa couleur locale. La pièce est fondée sur une structure en quatre actes qui permet une liberté considérable dans les changements de décor et l'évolution vers le dénouement tragique.
Bien que la pièce utilise un procédé de flash-back (un grand retour en arrière) qui indique dès le début l'issue fatale, cette structure n'est pas poursuivie avec une cohérence classique.
2. Le Drame Central : L'Amitié Brisée et la Pureté
Le sujet est tiré de l'histoire de l'Angleterre du XIIe siècle et se concentre sur l'amitié profonde entre le jeune roi Henri II Plantagenêt et Thomas Becket. Anouilh utilise ce substrat historique pour explorer la façon dont cette amitié se transforme en une haine dévastatrice menant à l'assassinat de Becket.
Le cœur de l'œuvre est le drame d'une amitié déçue, le roi Henri II, dépeint comme brut, simple et vulnérable, ayant un besoin profond de Becket, tandis que Becket est initialement un parvenu, un esthète, et un être complexe en quête de sens. Anouilh a d'ailleurs modifié l'histoire en faisant de Becket un Saxon humilié pour illustrer que les victimes peuvent accéder au statut de dominant.
3. Le Point de Rupture : L'Honneur de Dieu
Le tournant dramatique survient lorsque Henri II nomme Becket Archevêque de Cantorbéry (en 1162), croyant pouvoir ainsi manipuler l'Église à travers son ami. Becket perçoit que cette charge met fin à leur amitié.
En acceptant ce rôle, Becket subit une mutation et trouve enfin son identité et sa maturité. Il choisit de servir l'Église avec une intégrité totale, s'opposant au roi au nom de l'honneur de Dieu. Pour Anouilh, l'«honneur de Dieu» est avant tout un idéal humain d'intégrité et de perfection dans sa tâche, l'engagement d'un sceptique à vivre son rôle dignement jusqu'au bout.
4. Le Duel et la Victoire de la Puissance
La pièce est structurée autour du duel de mots et d'ardeur entre les deux hommes. Leur dialogue est lucide et acéré.
La confrontation finale révèle la distinction anouilhienne entre le pouvoir et la puissance :
Henri II détient le pouvoir légal.
Becket, en tant qu'archevêque, incarne la puissance (le charisme) qui force le respect, même chez les hommes du roi.
Par sa détermination et sa fidélité à son nouvel idéal, Becket accepte son sacrifice conscient (l'assassinat en 1170). Sa mort est le triomphe de l'individu qui a manifesté sa liberté jusqu'au bout. Même après sa mort et sa canonisation, Henri II reconnaît que l'honneur de Dieu incarné par Becket deviendra la force de son royaume.