Synthèse : Le poème "Étoile filante" de Pierre Reverdy, d'une concision saisissante, explore l'instant précédant ou suivant une disparition, peut-être la mort. L'attention se focalise sur un «petit espace» liminal, un «tout ce qu'on ne voit pas» qui suggère l'au-delà ou le néant. Le langage, épuré et allusif, juxtapose des éléments contrastés : la lumière du soleil et d'une étoile filante, l'effondrement et l'ouverture des «bras», le battement persistant d'un «cœur» dans le vide. L'expression d'une douleur, incarnée par un «soupir douloureux», précède l'avènement d'un «jour» qui «se lève» dans les «plis du rideau», suggérant un cycle de fin et de commencement, de perte et de possible renaissance. L'ensemble, d'une grande force évocatrice, laisse le lecteur suspendu entre l'obscurité et l'aube, le visible et l'invisible.
À la pointe où se balance un mouchoir blanc
Au fond noir qui finit le monde
Devant nos yeux un petit espace
Tout ce qu'on ne voit pas
Et qui passe
Le soleil donne un peu de feu
Une étoile filante brille
Et tout tombe
Le ciel se ride
Les bras s'ouvrent
Et rien ne vient
Un cœur bat encore dans le vide
Un soupir douloureux s'achève
Dans les plis du rideau le jour se lève