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Baudelaire - Les Fleurs du mal - Tableaux parisiens - Paysage - analyses

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Paysage - analyse

Synthèse : L'analyse met en lumière une description poétique de Paris où le paysage urbain sert de prisme à l'introspection baudelairienne, révélant un "état d'âme" en constante interaction avec l'écriture. Le texte opère une subtile transition, depuis une représentation diurne de la ville, marquée par des éléments antithétiques tels que les clochers et les "fleuves de charbon", vers une vision onirique, intensifiée par la nuit tombante et l'apparition de l'étoile du berger. L'étude souligne l'importance des symboles, notamment le ciel comme métaphore de l'infini et de la créativité poétique, ainsi que le rôle de la vue et de l'ouïe comme sens privilégiés dans cet art poétique, contrastant avec la sensualité habituelle de Baudelaire. Elle conclut que cette composition excède la simple description pour devenir une réflexion sur le processus créatif, où la fermeture des volets marque l'entrée dans le monde intime de l'écriture, l'essence même du poète.

Le poème qui nous est proposé appartient à la forme textuelle de la description. C'est un paysage qui se révèle sous nos yeux au fur et à mesure de la lecture, et ce paysage est tout autant un tableau de Paris que le rêve du poète, étroitement liée, voire soudé à son écriture. Sous la description de Paris, ce qu’évoque Baudelaire, c’est lui-même et c’st son paysage intérieur qui se déploie devant nous, un véritable état d’âme, qui fait surgir comme en perspective sa poésie, comparée à de « féériques palais ».

C’est la vision du poète à sa fenêtre qu’il déploie devant nous. Nous savons que le poète

regarde le ciel, mais aussi les toits de Paris. Nous le savons grâce à des éléments précis comme

les clochers (v…. et v…) et les tuyaux. Dans la première occurrence du mot, le poète est « voisin

des clochers », ce qui fait de lui un homme dans les hauteurs, un homme de la verticalité. Et

cet homme « écoute en rêvant ». Dans la deuxième occurrence du mot clocher, il est en

contraste immédiat avec le mot « tuyaux », plus prosaïque. Ce sont ces tuyaux qui crachent les

« fleuves de charbons » évoqués au vers 11.

De même, l’atelier qui chante et qui bavarde nous ramène à une tonalité intimiste. Cet atelier,

c’est celui que connaît Baudelaire. Le déterminant permet aussi d’associer le lecteur supposé

connaître aussi l’atelier dont il est question. Il chante et bavarde, deux verbes qui traduisent

l’oisiveté, la légèreté, la langue aisée, babillante des enfants.

Se construit sous nos yeux une vision antithétique de Paris : d’un côté le Paris des clochers, des

églises, des mâts de la cité, autrement dit, le Paris qui monte vers le ciel. Et de l’autre le rappel d’un Paris plus prosaïque, le Paris pollué et polluant. Mais tout monte vers le ciel : les fleuves

de charbon, les pensées du poètes, les hymnes solennels des clochers. Tout va vers le ciel.

Y compris le rêve du poète. D’abord il écoute (v.3), ensuite, il regarde et il voit, enfin, il

exprime la douceur de la nuit qui descend en même temps que monte son rêve intérieur. Deux

mouvements antagonistes de développent : le premier monte vers le ciel, le second descend,

avec la nuit, dans l’âme de ce lui qui écoute et contemple.

Face à ce poète qui regarde et contemple la nuit tomber, il y a le poète qui rêve.

C’est donc une vision onirique qui se présente à nos yeux, que Baudelaire déploie devant nous.

Le rêve commence avec la position du poète à sa fenêtre : « les deux mains au menton » (v.5). C’est la position généralement attribué aux rêveurs, aux élèves qui s’ennuient, aux enfants qui

songent. Une position un peu enfantine qui donne de la douceur. Cette douceur évoquée plus loin : « il est doux », v…. Dans cette composition, Baudelaire passe du futur proche (je vais..) au futur prédictif. Je verrai. Ce sont ces formes temporelles qui soutiennent le passage de

la réalité décrite (les toits de Paris) à la vision onirique.

Ce passage se note concrètement par la strophe 3. Elle marque le moment où la nuit tombe

sur Paris : le poète voit naître l’étoile dans l’azur. Il s’agit de l’étoile du berger, l’étoile dite de

Vénus, la première qui apparaît dans le ciel lorsque la nuit est tombée. L’image est sans

ambiguïté.

D’un tableau parisien, on est passé, on passe insensiblement à une vision intérieure, nourrie par

le contraste entre les deux éléments : les fleuves de charbons et la lune et son pâle

enchantement. L’antithèse porte et s’appuie sur les couleurs : le noir du charbon et le blanc

argentée de l’astre, connue et souvent utilisée par les poètes et les conteurs pour créer une

atmosphère de rêve et de conte merveilleux.

C’est dans cette atmosphère que s’achève le moment contemplatif.

Nous revenons vers la réalité , à commencer par celle des saisons : v 13, le printemps, les étés,

les automnes. Là encore le choix du déterminant n’est pas anodin. Le pluriel implique la

longue durée, les cycles qui reviennent. La chute du quatrain se déplie sur les trois derniers

vers. À l’ouverture maximale symbolisée par le ciel, à la verticalité des toits de Paris, s’opposent

les portes et les volets qui se ferment : « je fermerai partout ». La clôture est stricte. Le

mouvement n’est plus le mouvement d’appel vers le haut et de descente vers le bas, mais un

mouvement d’enfermement.

Mais si le poète se cloître, c’est pour une raison qu’il a déjà annoncée : c’est pour écrire ses

églogues, sa poésie.

Ce n’est donc pas une description des toits de Paris, même si Baudelaire prend la pose du

l’homme à la fenêtre, du haut de sa mansarde (v 5….) et de la lampe. Deux éléments qui disent

l’humilité de sa condition : il vit dans une mansarde et il s’éclaire à la lampe à huile. Mais il a le

ciel pour horizon.

Cette posture est bien typiquement celle de l’homme romantique. Car les motifs romantiques

sont récurrents dans l’œuvre de Baudelaire.

Mais pour le reste, l’essentiel de l’esthétique de ce poème est symboliste. Baudelaire joue sur

tous le clavier du symbolisme : le ciel, symbole ici de l’infini, de l’ouverture maximale, du

rêve… La ville, les clochers etc…

Tout est symbole : Paris est symbolisé par les clochers et les tuyaux, et la temporalité disparaît.

Tout se passe comme si le temps était arrêté mais qu’en même temps il s’écoulait puisque, au

terme de la contemplation, la nuit est là et le poète ferme les volets pour entrer dans une autre

nuit : la nuit de l’écriture.

Contrairement à son habitude, Baudelaire ici, n’utilise que deux sens : la vue et l’ouïe. Ce

poème est totalement exempt de la sensualité habituelle. Ce que traduit dans le premier vers le

mot : chastement. Et par conséquent, les deux seuls sens engagés sont les sens les plus aptes à

cette chasteté évoquée. Le toucher qui évoque la caresse, les parfums qui évoquent l’attirance

sexuelle, la synesthésie si caractéristique de l’esthétique de B. est ramenée à la simple vue,

omniprésente, et à l’ouïe. La répétition du « je verrai », et les termes liées à l’écoute sont, à cet égard, significatifs.

De quoi est-il vraiment question ici ? D’une description de Paris ? Non. De l’état d’âme du

poète ? Sans doute. Mais surtout, ce dont il s’agit, c’est d’écriture, c’est de poésie, c’est du

travail propre au poète : « les féériques palais » constituent le véritable univers du poète. C’est

un art poétique qui se dessine progressivement sous nos yeux de la même manière qu’un

peintre dessine. Ce paysage n’est ni celui de la mansarde, ni celui des toits de Paris, pas même

le firmament qu’il admire : le véritable univers du poète, c’est sa poésie encore à écrire. La nuit

qui tombe sur Paris tombe aussi sur l’homme qui s’apprête à se cloîtrer pour entrer dans un

autre monde. Pour lui, le seul véritable…

Source: alternativephilolettres


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