Chanson de geste
Les plus anciennes des chansons de geste connues remontent à la fin du 11e et au 12e siècle, leur vogue se perpétue pendant quatre siècles, jusqu’à l'apparition de la prose.
Les chansons de geste sont des poèmes qui narrent les exploits (res gestae), les guerres, les drames imaginaires et les légendes pieuses d’illustres personnages historiques ou inventés.
Elles sont composées par des trouvères et psalmodiées plutôt que chantées par des jongleurs s’accompagnant à la vielle dans les palais sur l’estrade des places publiques, les quelque quatre-vingts chansons conservées constituent l’ensemble le plus important de la littérature française des origines.
La formule ritualisée Oëz seignor! (Écoutez, seigneurs!), des prologues de chansons de geste convoque le public.
Les plus anciennes chantent les guerres que font des rois et des seigneurs pour la défense et l’exaltation de la sainte chrétienté (croisades, reconquête de l'Espagne sur les maures), du fier lignage, du fief, du droit.
Elles véhiculent des idées morales, vantent de sublimes folies : drames de l’orgueil et martyre du héros, credo du parfait chevalier, vœux héroïques, richesse des palais, beauté de la parure et des armes, prouesses des héros.
Comme dans toute épopée, dans les chansons de geste la légende épique s’allie à la légende hagiographique, le réalisme se fond avec le surnaturel.
Des anges descendent sur la terre pour séparer des chrétiens qui se battent entre eux, le feu céleste tombe sur des guerriers «dont l’ardeur ne vient pas de Dieu», les saintes fleurs et de beaux lits attendent en Paradis les martyrs de la foi.
À la différence des épopées anciennes et «barbares», le héros de la chanson de geste ne se bat pas avec des monstres, des démons et des dieux. Il est «terrien». Sa grandeur, ses misères, sa démesure ont la dimension de l’homme. C’est la présence et la primauté de «l’humain» qui fondent la morale.
La structure de la chanson est souple et «ouverte». La trame du récit est faite d’une série d’épisodes, dont la variété et l’agencement plus ou moins solide n’excluent pas la cohérence du plan et l’unité du sujet.
La Geste du Roi est la plus ancienne (fragment, en latin, début du 11e). Charlemagne se bat, avec les enfants de Narbonne, au siège d’une ville occupée par les Sarrasins.
La Chanson de Roland
Composée vers 1100 et conservée sous sa forme la plus ancienne dans un manuscrit copié entre 1125 et 1150 (manuscrit dit d’Oxford).
L'histoire se passe au règne de Charlemagne, vers 778. L'événement central, une attaque sur l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne, s'avère vrai, ainsi que la mort de Roland, chevalier connu. Leurs adversaires étaient des Basques.
La Chanson de Roland, telle que nous la connaissons, est une histoire fictive de ces événements. La Chanson de Roland peut se diviser en 4 parties:
la trahison où Ganelon, qui ressent de la rancune contre Roland pour la préférence que Charlemagne lui démontre, intrigue avec le roi des Sarrasins, Marsile, pour assurer la mort de Roland (1-79)
la bataille de Roncesvalles dans laquelle maints soldats du côté des Sarrasins et des Français, y compris Roland et son compagnon Olivier (80-176)
la revanche de Charlemagne sur les Sarrasins, qui finit par le triomphe de Charlemagne (177-266)
le jugement de Ganelon, condamné par un "jugement de Dieu" (267-291)
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Chanson de dimension moyenne, le poème comprend 4002 vers, répartis en 291 laisses.
Forme souple, cellule autonome, la laisse permet tout à la fois d’isoler les éléments de l’action et de leur donner l’ampleur ou la brièveté désirées. Mais la chanson propose aussi les procédés qui permettent de lier les laisses entre elles et de jouer de l’alternance entre discontinu et continu:
les laisses «enchaînées» assurent la continuité du récit;
les laisses «parallèles» permettent, pour les combats notamment, d’élargir le champ de vision;
les laisses «similaires», en introduisant dans le récit des « haltes lyriques», tendent à dilater le temps en des moments essentiels, comme la longue agonie du héros.
L’un des enjeux majeurs de La Chanson de Roland est de montrer comment les valeurs véhiculées par le monde chrétien et incarnées par Charlemagne et ses guerriers peuvent et doivent finalement s’imposer, quels que soient les sacrifices à consentir. Roland meurt, mais sa mort permet à l’empereur, dans un combat décisif, de triompher de Baligant, chef suprême des païens.