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Le roman au XVIIème siècle

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Synthèse : Le texte esquisse une typologie du roman français du XVIIème siècle, genre paradoxalement décrié et florissant. Il met en lumière la diversité des formes romanesques, depuis le roman baroque, illustré par «L'Astrée» d'Honoré d'Urfé, jusqu'aux romans héroïques de Gomberville et de La Calprenède, en passant par les «histoires tragiques» et le roman comique, influencé par le picaresque espagnol. L'étude souligne l'évolution du roman, sous l'influence des mutations politiques et sociales, de l'époque de Louis XIII à celle de Louis XIV, avec l'émergence d'une nouvelle conception de l'amour et l'essor de la nouvelle, dont Madame de La Fayette est une figure emblématique avec «La Princesse de Clèves». Enfin, le texte évoque l'apparition du roman autobiographique, épistolaire et utopique, témoignant d'une profonde transformation des formes narratives et annonçant les prémices de la littérature des Lumières.

Le roman fut à la fois un genre très décrié au 17ème siècle – il n'apportait que divertissement, n'était que mensonge, corrompait les âmes en les détournant de la vérité... – et qui connut un succès foudroyant. Considéré comme un genre mineur, il échappa aux règles, et connut donc un grand foisonnement. L'on peut distinguer plusieurs périodes :

Le roman baroque (premier 17ème siècle)

Le mythe pastoral

L'Astrée, d'Honoré d'Urfé, constitue le monument de ce genre ; elle parut de 1607 à 1619 ; en 1627, un 4ème tome, posthume, fut publié. Ce gros roman met en scène, dans le Lignon, région natale de l'auteur, des personnages du Vème siècle après Jésus-Christ, pseudo-bergers occupés à méditer et à aimer... Le succès fut colossal.

Les "histoires tragiques"

Représentées, entre autres, par les Histoires tragiques de François de Rosset (1614) et les romans de Jean-Pierre Camus, elles se distinguent par leur brièveté et leur violence ; elles proviennent directement des "canards", feuilles périodiques rapportant des faits divers, et qui commençaient à faire fureur. Cf. Maurice Lever, Canards sanglants. Naissance du fait divers, Fayard, 1993.

Le roman comique

Le tout début du siècle est marqué par la vogue du roman picaresque venu d'Espagne, avec la traduction du Don Quichotte en 1614-1618. La première version, très audacieuse, de l'Histoire comique de Francion, de Charles Sorel, paraît en 1623, période où règne encore une grande liberté de parole ; mais en quelques mois, tout change : Théophile de Viau est jeté en prison, les libertins sont pourchassés... en 1626 et 1633, Sorel publie de nouvelles versions, bien plus sages. La version de 1623 ne nous sera restituée qu'en 1924 !

L'époque Louis XIII

Les années 1630 sont plus guerrières : Louis XIII reprend les combats contre les protestants, la France entre dans la guerre de trente ans. Cette mutation se traduit dans les goûts littéraires de l'époque, par un renouveau du roman de chevalerie (on redécouvre Amadis des Gaules !) et l'irruption du roman d'aventure.

Le roman héroïque

Il est incarné par les romans de Marin Le Roy de Gomberville (Polexandre, 1619-1637, La Carithée,1621) et de Gautier de la Calprenède (Cassandre, 1642-1645, Cléopâtre, 1661-1670). Ces ouvrages, très longs (plus de 10 volumes !) mettent en scènes des personnages historiques dans des cadres de fantaisie, et multiplient les aventures invraisemblables : enlèvements, reconnaissances, déguisements, batailles sanglantes...

Mais l'auteur le plus célèbre est sans conteste Madeleine de Scudéry, avec Artamène ou le grand Cyre (1649-1653) et Clélie, histoire romaine (1654-1660). Elle utilise tous les poncifs du genre, descriptions très détaillées, portraits, récits intercalés... Il s'agit en outre de romans à clés : Cyrus était Condé, et Mandane la duchesse de Longueville. C'est par l'art du portrait que Mlle de Scudéry a excellé, et préparé la nouvelle classique.

Le roman autobiographique

Initié par Théophile de Viau dans sa Première journée, qui raconte le lendemain du bannissement du poète (14 juin 1619), il fut surtout représenté par Tristan L'Hermite dans le Page disgrâcié (1642). On peut citer aussi les Aventures, suivies des Aventures d'Italie, de Charles Coypeau d'Assoucy (1677).

Le roman réaliste

Représenté par Polyandre, de Charles Sorel (1648), qui a beaucoup inspiré Molière, notamment pour le Tartuffe, mais aussi et surtout par Scarron (Le Roman comique, 1651-1657) et Antoine Furetière (Le Roman bourgeois, 1666)

L'époque Louis XIV : le roman classique.

Les interminables romans héroïques ont fini par lasser : le roman s'allège, se raccourcit ; sans aller jusqu'aux trois unités du théâtre classique, il se resserre, ne contient presque plus de narrations adventices. Les personnages, même historiques, sont plus proches des contemporains.

De nouveaux personnages font leur apparition, en particulier celui de la femme mariée, pour qui l'amour est un crime ; cela va de pair avec une conception pessimiste de l'amour, passion dévastatrice, maladie qui ne peut mener qu'au malheur et à la mort.

Naissance de la nouvelle

Inspirée de la "novela" espagnole, elle n'est plus, comme dans l'Heptameron de Marguerite de Navarre, une anecdote plaisante, parfois grivoise, mais un "court roman" sur un sujet sérieux. C'est Charles Sorel qui, en 1623, lança le genre avec ses Nouvelles françaises ; Paul Scarron reprit le flambeau avec ses Nouvelles tragi-comiques (1655-57), puis Jean-Régnault de Segrais, avec ses Nouvelles françaises (1657). Madame de La Fayette à son tour écrit la Princesse de Montpensier (1662), puis la Comtesse de Tende (1663), qui ne sera publiée en 1718 dans le Mercure galant.

Enfin, Bussy-Rabutin, cousin de la Marquise de Sévigné, s'illustre par des nouvelles licencieuses, dans L'Histoire amoureuse des Gaules (1665), qui révèle sous des noms d'emprunt les histoires d'alcôve de quelques grandes dames de la cour. Le scandale fut énorme, et valut à Bussy-Rabutin un emprisonnement à la bastille, suivi de 27 années d'exil. Des suites apocryphes furent publiées en 1680 et 1688.

Le triomphe du "petit roman"

Les romans de Mme de Villedieu connaissent un certain succès : ils donnent dans la brièveté et la simplicité : Lisandre (1663), Anaxandre (1667), Cléonice (1669), les Annales galantes (1670), et surtout Les Désordres de l'Amour (1675-76), recueil de trois nouvelles historiques illustrant la nouvelle conception pessimiste de l'amour.

Saint-Réal s'illustre dans le roman historique, avec Dom Carlos (1672) et la Conjuration des Espagnols (1674) ; à un moment où l'Histoire est quasiment moribonde, jamais ses frontières avec le roman n'ont été aussi floues, au point que l'on a pu prendre l'abbé de Saint-Réal pour un historien.

Mais c'est surtout Mme de La Fayette qui produit un chef d'œuvre : La Princesse de Clèves (1678).

Naissance du roman épistolaire

Les lettres tenaient une grande place dans les romans ; d'autre part fleurissaient des manuels et méthodes qui tenaient un peu du roman. Enfin, des épistoliers publiaient leur correspondance.

Le roman par lettres naît dans les années 1670. Mais c'est en 1669 que paraissent les Lettres d'une religieuse portugaise, si exceptionnelles qu'il faudra attendre 1926 pour que l'on démontre qu'il s'agissait d'un roman, écrit par le comte de Guilleragues !

Avec L'Espion turc de Marana (1684) naît un nouveau genre : un turc écrit à sa famille, à ses amis, à ses employeurs pour leur décrire la cour de France. Pour la première fois apparaît le procédé de "l'œil neuf", qui sera repris par Montesquieu dans les Lettres persanes.

Le Roman utopique (ou contre-utopique)
Il est surtout représenté par L'Autre monde, de Cyrano de Bergerac, qui regroupe les États et Empires de la Lune (1657, posthume), et les États et Empires du Soleil (1662).

Mais l'on peut citer aussi La Terre Australe connue de Gabriel de Foigny (1676), l'Histoire des Sévarambes, de Denis Veiras (1677-79), et l'Histoire de Caléjava, de Claude Gilbert (1700).

Le XVIIème siècle finissant s'achemine donc vers une crise des consciences qui va profondément bouleverser la littérature ; l'on voit déjà poindre, à la fin du règne de Louis XIV, ce qui deviendra la littérature des Lumières.

Index des auteurs étudiés

   

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