Lexique intime
Synthèse : La neige, ce mot abstrait qui évoque tant de choses, suscite l'émerveillement et la curiosité. À travers le regard d'une enfant contemplative, la blancheur immaculée de la neige se révèle aussi belle et douce que la noirceur, remettant en question les normes établies. La question innocente posée à un enseignant sur la couleur de la neige soulève des réflexions profondes sur la perception de la beauté et de la différence. En parallèle, la noirceur est revendiquée avec fierté par une narratrice qui refuse les stéréotypes imposés, trouvant dans cette couleur une noblesse ignorée. Face aux moqueries et aux préjugés, elle puise dans la noirceur une force apaisante, symbole d'une identité qu'elle embrasse pleinement malgré les incompréhensions et les jugements. Au-delà des apparences et des préjugés, se dessine un dialogue intérieur entre la quête de reconnaissance et l'acceptation de soi, dans un monde où la valeur de la noirceur reste à révéler.
NEIGE : Beau mot abstrait. Ça ressemble à quoi ? A de la glace pilée ? Ou bien à un amas d'ouate ? Je demeure rêveuse des heures entières devant la photo du bonhomme de neige qui se trouve dans mon livre de lecture. J'apprends que la blancheur aussi est belle. Aussi belle et douce que la noirceur, à bien regarder. Une question à Monsieur Jean : « Pourquoi Dieu a-t-il fait la neige blanche et pas noire ? » Il demeure bouche bée un long moment, puis il éclate de rire avant de lancer à la cantonade : « Continuons la leçon d'aujourd'hui, mes chers élèves... »
NOIRCEUR : Noir. J'écris ce mot partout. Je le griffonne sur ma table du cours d'adultes. Je l'inscris avec une pointe de charbon de bois sur le premier mur rencontré. Hier, Rigobert s'est moqué de moi : « A ce qu'il paraît, notre chère Adelise est en train de faire un dictionnaire ! Ha, ha, ha ! Je suis sûr qu'elle n'osera jamais y mettre « noir ». Le bougre se trompait. Il n'y a rien de plus noble que la noirceur quand on cesse de se regarder avec les yeux des Blancs. Ceux-ci nous ont appris à la haïr et parfois, nous avons envie d'enlever cette peau que Dieu nous a baillée comme s'il s'agissait d'un vêtement affreux. J'ai beaucoup lutté contre ce sentiment. Je l'ai dompté petit à petit et aujourd'hui, quand Homère, Rigobert ou Carmélise se mettent à dénigrer leur race, je me tais et me tiens très à distance d'eux. Je ferme à moitié les yeux et je vois la mer noire, le ciel noir, les astres noirs, le soleil noir. Le monde en son entier se drape de noirceur et alors je sens comme une vague d'apaisement descendre en moi et m'envelopper l'âme. Même Monsieur Jean, à qui j'ai tenté d'expliquer cette sensation-là, s'est montré sceptique. Il croit que le nègre a encore beaucoup de chemin à parcourir avant que le Blanc ne lui baille honneur et respect. Il parle tout le temps du Savoir. « Le Savoir avec un grand S, s'exclame-t-il, celui dont trois siècles d'esclavage nous ont privés. » Lui aussi se gausse de mon dictionnaire créole. Décidément, il n'y a personne autour de moi pour mesurer notre pesant de noirceur et pourtant il vaut plus que de l'or.
NOIRCEUR : Noir. J'écris ce mot partout. Je le griffonne sur ma table du cours d'adultes. Je l'inscris avec une pointe de charbon de bois sur le premier mur rencontré. Hier, Rigobert s'est moqué de moi : « A ce qu'il paraît, notre chère Adelise est en train de faire un dictionnaire ! Ha, ha, ha ! Je suis sûr qu'elle n'osera jamais y mettre « noir ». Le bougre se trompait. Il n'y a rien de plus noble que la noirceur quand on cesse de se regarder avec les yeux des Blancs. Ceux-ci nous ont appris à la haïr et parfois, nous avons envie d'enlever cette peau que Dieu nous a baillée comme s'il s'agissait d'un vêtement affreux. J'ai beaucoup lutté contre ce sentiment. Je l'ai dompté petit à petit et aujourd'hui, quand Homère, Rigobert ou Carmélise se mettent à dénigrer leur race, je me tais et me tiens très à distance d'eux. Je ferme à moitié les yeux et je vois la mer noire, le ciel noir, les astres noirs, le soleil noir. Le monde en son entier se drape de noirceur et alors je sens comme une vague d'apaisement descendre en moi et m'envelopper l'âme. Même Monsieur Jean, à qui j'ai tenté d'expliquer cette sensation-là, s'est montré sceptique. Il croit que le nègre a encore beaucoup de chemin à parcourir avant que le Blanc ne lui baille honneur et respect. Il parle tout le temps du Savoir. « Le Savoir avec un grand S, s'exclame-t-il, celui dont trois siècles d'esclavage nous ont privés. » Lui aussi se gausse de mon dictionnaire créole. Décidément, il n'y a personne autour de moi pour mesurer notre pesant de noirceur et pourtant il vaut plus que de l'or.