René Char - Feuillets d'Hypnos - fragment 128 - analyses ⇢

René Char - Feuillets d'Hypnos - Présentation du recueil

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Synthèse : Dans La Part du feu, Maurice Blanchot souligne la singularité de René Char, dont la poésie révèle la poésie elle-même, se mettant en scène à travers les mots. Char privilégie l'aphorisme, le fragment, le poème en prose, exprimant ainsi une parole poétique en archipel, échappant à toute unité préétablie. Blanchot insiste sur la puissance de ces "phrases" disjointes, offrant un arrangement ouvert à l'avenir de la parole. René Char, sous le pseudonyme d'Hypnos, livre dans ses notes de résistance une poésie de l'action et de la lucidité, transformant les ennemis en adversaires loyaux. Sa poésie se fait engagement, invitant à la préparation face à la guerre, à la résistance et à la transformation du monde.

L’art de l’aphorisme.
Maurice Blanchot, dans La Part du feu, observait que « l'une des grandeurs de René Char, celle par laquelle il n'a pas d'égal en ce temps, c'est que sa poésie est révélation de la poésie, poésie de la poésie. » Ainsi, dans toute l'œuvre de Char, « l'expression poétique est la poésie mise en face d'elle-même et rendue visible, dans son essence, à travers les mots qui la recherchent. » Il est hautement significatif que Char ait recueilli et publié une anthologie plusieurs fois augmentée de tout ce qui a trait explicitement dans son œuvre à la parole poétique : Sur la poésie. Au plan formel, sa poésie trouve son expression privilégiée dans l'aphorisme, le vers aphoristique, le fragment, le poème en prose (ce que Char nomme sa parole en archipel), si tant est que ces catégories littéraires soient pertinentes.

Dans L'Entretien infini, Blanchot se penche longuement sur cette question : « La parole de fragment n'est jamais écrite en vue de l'unité, même le serait-elle. Elle n'est pas écrite en raison ni en vue de l'unité. Prise en elle-même, en effet, elle apparaît dans sa brisure, avec ses arêtes tranchantes, comme un bloc auquel rien ne semble pouvoir s'agréger. Morceau de météore, détaché d'un ciel inconnu, et impossible à rattacher à rien qui puisse se connaître. Ainsi dit-on de René Char qu'il emploie la « forme aphoristique ». Étrange malentendu. L'aphorisme est fermé et borné : l'horizontal de tout horizon. Or, ce qui est important, important et exaltant, dans la suite de « phrases » presque séparées que tant de ses poèmes nous proposent - textes sans prétexte, sans contexte -, c'est que, interrompues par un blanc, isolées et dissociées au point que l'on ne peut passer de l'une à l'autre ou seulement par un saut et en prenant conscience d'un difficile intervalle, elles portent cependant, dans leur pluralité, le sens d'un arrangement qu'elles confient à un avenir de parole [...] Qu'on entende que le poète ne joue nullement avec le désordre, car l'incohérence ne sait que trop bien composer, fût-ce à rebours. Ici, il y a la ferme alliance d'une rigueur et d'un neutre. Les « phrases » de René Char, îles de sens, sont, plutôt que coordonnées, posées les unes auprès des autres : d'une puissante stabilité, comme les grandes pierres des temples égyptiens qui tiennent debout sans lien, d'une compacité extrême et toutefois capables d'une dérive infinie, délivrant une possibilité fugace, destinant le plus lourd au plus léger, le plus abrupt au plus tendre, comme le plus abstrait au plus vivace (la jeunesse du visage matinal) ».

À propos du titre
Dans la note 87, René Char s’adresse à LS. et lui donne des recommandations de survie pour les soldats. Ils doivent être discrets, ne pas siffler, ni chanter, ne pas s’appeler de loin. Ils doivent marcher de nuit… et cette note est signée Hypnos. Il se peut alors que Hypnos soit le pseudo de René Char pendant la guerre, de même qu’il parle dans cette note, que les soldats ne recevront pas de visites de personnes de leur camp sauf « l’ami des blés » et le « Nageur ».
Le recueil est en fait une suite de ce que l’auteur appelle « notes ».
Le carnet est composé de 237 notes ainsi que d’une note portant un titre « la rose de chêne »
Les premières notes appellent à la résistance : le 4eme parle de cette décision de résistance.
Il parle beaucoup de courage, d’action et de volonté d’agir. Il appelle à la préparation face à la guerre.
Il parle aussi de ses camarades soldats, tués ou emprisonnés.
Il exprime l’horreur de la guerre note 104, la vie difficile des hommes, leurs désespoirs.
Les notes 117 à 119 : il parle des femmes, de la femme aimée qu’il a laissé.

Esthétique

« Hypnos » est le nom de résistance de René Char et « Feuillet d'Hypnos » est comme son journal de résistance : « ces notes […] furent écrites dans la tension, la colère, la peur, l'émulation, le dégoût, la ruse, le recueillement furtif, l'illusion de l'avenir, l'amitié, l'amour. » Dans ce recueil, le poète s'éloigne de son écriture traditionnelle ; le style est toujours dominé par l'épure, mais celle-ci n'a plus rien d'hermétique. Et pourtant, chez cet homme pour qui la Résistance allait de soi, la poésie de celui qui combat avec « LA FRANCE-DES-CAVERNES, » pour qui « Résistance n'est qu'espérance », éclate à chaque instant.
Car René Char, avant tout, reste poète et c'est ainsi qu'il voit son combat : « L'effort du poète vise à transformer vieux ennemis en loyaux adversaires, » et les paroles (« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. ») voisinent avec les actes poétiques : « A tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide mais le couvert est mis. »
René Char devient poète de l'action (« Etre du bond. N'être pas du festin, son épilogue ») et l'action apprend à voir le monde d'un œil nouveau : « Autant que se peut, enseigne à devenir efficace, pour le but à atteindre mais pas au delà. Au delà est fumée. Où il y a fumée il y a changement. » Il ne tombe pas dans la glorification facile : « La qualité des résistants n'est pas, hélas, partout la même ! […] combien d'insaisissables saltimbanques plus soucieux de jouir que de produire ! A prévoir que ces coqs du néant nous timbreront aux oreilles, la Libération venue… » Plus loin : « Lie dans le cerveau : à l'est du Rhin. Gabegie morale : de ce côté-ci. »

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