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Hugo - La Légende des siècles - Le Crapaud - analyse

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Hugo: La Légende des siècles - Le Crapaud - analyse

Que savons-nous ? Qui donc connaît le fond des choses ?

Le couchant rayonnait dans les nuages roses

C'était la fin d'un jour d'orage, et l'occident

Changeait l'ondée en flamme en son brasier ardent;

Près d'une ornière, au bord d'une flaque de pluie,

Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie;

Grave, il songeait ; l'horreur contemplait la splendeur.

Oh! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?

Hélas! le bas-empire est couvert d'Augustules,

Les Césars de forfaits, les crapauds de pustules,

Comme le pré de fleurs et le ciel de soleils.

Les feuilles s'empourpraient dans les arbres vermeils;

L'eau miroitait, mêlée à l'herbe, dans l'ornière :

Le soir se déployait ainsi qu'une bannière;

L'oiseau baissait la voix dans le jour affaibli;

Tout s'apaisait, dans l'air, sur l'onde ; et, plein d'oubli,

Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,

Doux, regardait la grande auréole solaire;

Peut-être le maudit se sentait-il béni;

[...]

Bonté de l'idiot! diamant du charbon!

Sainte énigme! lumière auguste des ténèbres!

Les célestes n'ont rien de plus que les funèbres

Si les funèbres, groupe aveugle et châtié,

Songent, et, n'ayant pas la joie, ont la pitié.

O spectacle sacré! l'ombre secourant l'ombre,

L'âme obscure venant en aide à l'âme sombre,

Le stupide, attendri, sur l'affreux se penchant ;

Le damné bon faisant rêver l'élu méchant!

L'animal avançant lorsque l'homme recule!

Dans la sérénité du pâle crépuscule,

La brute par moments pense et sent qu'elle est soeur

De la mystérieuse et profonde douceur ;

Il suffit qu'un éclair de grâce brille en elle

Pour qu'elle soit égale à l'étoile éternelle ;

Le baudet qui, rentrant le soir, surchargé, las,

Mourant, sentant saigner ses pauvres sabots plats,

Fait quelques pas de plus, s'écarte et se dérange

Pour ne pas écraser un crapaud dans la fange,

Cet âne abject, souillé, meurtri sous le bâton,

Est plus saint que Socrate et plus grand que Platon.

Tu cherches, philosophe ? O penseur, tu médites ?

Veux-tu trouver le vrai sous nos brumes maudites?

Crois, pleure, abîme-toi dans l'insondable amour!

Quiconque est bon voit clair dans l'obscur carrefour;

Quiconque est bon habite un coin du ciel. O sage,

La bonté, qui du monde éclaire le visage,

La bonté, ce regard du matin ingénu,

La bonté, pur rayon qui chauffe l'Inconnu,

Instinct qui dans la nuit et dans la souffrance aime,

Est le trait d'union ineffable et suprême

Qui joint, dans l'ombre, hélas! si lugubre souvent,

Le grand ignorant, l'âne, à Dieu, le grand savant.


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