⇠ Ronsard - Hymnes - Hymne de l'été - analyse

Ronsard - Hymnes - Hymne de l'automne - Analyse

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Synthèse : Dans ce poème "L'Hymne de l'automne" de Ronsard adressé au secrétaire d'État Claude de l'Aubépine, Euterpe, muse de la poésie lyrique, révèle l'essence de l'inspiration poétique. Elle relate comment le démon, guide des Muses, l'a dotée d'une «fureur d'esprit» et d'un don divin, la poésie, source de connaissance et de prescience. Ce don, réservé à ceux qui s'éloignent des préoccupations matérielles et se consacrent à la vertu, permet au poète de transcender les limites humaines et de percer les mystères de la nature. Euterpe prédit à Ronsard, jeune poète, l'isolement et les critiques du vulgaire, mais aussi la gloire posthume et la pérennité de son œuvre. Elle oppose ainsi la richesse spirituelle du poète, qui trouve son héritage dans la nature et la contemplation, aux vaines richesses et aux dangers de la cour.

Euterpe, muse de la poésie lyrique, s'adresse au poète. Le texte est dédié au secrétaire d'État Claude de l'Aubépine.



Le jour que je fus né, le Démon qui préside
Aux Muses me servit en ce Monde de guide,
M'anima d'un esprit gaillard et vigoureux,
Et me fit de science et d'honneur amoureux.
En lieu des grands trésors et de richesses vaines,
Qui aveuglent les yeux des personnes humaines,
Me donna pour partage une fureur d'esprit,
Et l'art de bien coucher ma verve par écrit.
Il me haussa le coeur, haussa la fantaisie,
M'inspirant dedans l'âme un don de Poésie,
Que Dieu n'a concédé qu'à l'esprit agité
Des poignants aiguillons de sa divinité.
Quand l'homme en est touché, il devient un prophète,
Il prédit toute chose avant qu'elle soit faite,
Il connaît la nature, et les secrets des cieux,
Et d'un esprit bouillant s'élève entre les Dieux.
Il connaît la vertu des herbes et des pierres,
Il enferme les vents, il charme les tonnerres,
Sciences que le peuple admire, et ne sait pas
Que Dieu les va donnant aux hommes d'ici-bas,
Quand ils ont de l'humain les âmes séparées,
Et qu'à telle fureur elles sont préparées,
Par oraison, par jeûne, et pénitence aussi,
Dont aujourd'hui le monde a bien peu de souci.
Car Dieu ne communique aux hommes ses mystères
S'ils ne sont vertueux, dévots et solitaires,
Eloignés des tyrans, et des peuples qui ont
La malice en la main, et l'impudence au front,
Brûlés d'ambition, et tourmentés d'envie,
Qui leur sert de bourreau tout le temps de leur vie.
Je n'avais pas quinze ans que les monts et les bois,
Et les eaux me plaisaient plus que la cour des Rois [...]
En me disant ainsi : Puisque tu veux nous suivre,
Heureux après la mort nous te ferons revivre,
Par longue renommée, et ton los ennobli
Accablé du tombeau n'ira point en obli.
Tu seras du vulgaire appelé frénétique,
Insensé, furieux, farouche, fantastique,
Maussade, mal plaisant, car le peuple médit
De celui qui de moeurs aux siennes contredit.
Mais courage, Ronsard, les plus doctes poètes,
Les Sibylles, Devins, Augures et Prophètes,
Hués, sifflés, moqués des peuples ont été :
Et toutefois, Ronsard, ils disaient vérité.
N'espère d'amasser de grands biens en ce Monde,
Une forêt, un pré, une montagne, une onde
Sera ton héritage, et seras plus heureux
Que ceux qui vont cachant tant de trésors chez eux :
Tu n'auras point de peur qu'un Roi de sa tempête
Te vienne en moins d'un jour écarbouiller la tête,
Ou confisquer tes biens : mais tout paisible et coi,
Tu vivras dans les bois pour la Muse et pour toi.


   

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