⇠ La Fontaine - Fables - Les Obsèques de la lionne - analyses

La Fontaine - Fables - Les Souhaits - analyses

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La Fontaine - Fables - Les Souhaits - analyse

Synthèse : Cette fable, probablement attribuée à Pilpay, se déroule au pays du grand Mogol et met en scène un follet, esprit bienveillant au service d'un couple de bourgeois. Doté de pouvoirs, il satisfait pleinement ses maîtres, suscitant l'envie et la haine des autres esprits. Envoyé ailleurs, il offre à sa famille trois souhaits, symbolisant la tentation du pouvoir. La richesse obtenue attire convoitise et malheurs, conduisant finalement à demander son retrait. La sagesse accordée en remplacement souligne sa supériorité sur l'argent. La Fontaine suggère ainsi la richesse de l'esprit face à celle matérielle, tout en critiquant les abus de pouvoir des puissants.

Il est au Mogol (1) des Follets (2)
Qui font office de Valets,
Tiennent la maison propre, ont soin de l'équipage, (3)
Et quelquefois du jardinage.
Si vous touchez à leur ouvrage,
Vous gâtez tout. Un d'eux près du Gange autrefois
Cultivait le jardin d'un assez bon Bourgeois.
Il travaillait sans bruit, avait beaucoup d'adresse,
Aimait le maître et la maîtresse,
Et le jardin surtout. Dieu sait si les Zéphirs
Peuple ami du Démon l'assistaient dans sa tâche !
Le follet de sa part (4) travaillant sans relâche
Comblait ses hôtes de plaisirs.
Pour plus de marques de son zèle
Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté, (5)
Nonobstant la légèreté
A ses pareils si naturelle ;
Mais ses confrères les Esprits
Firent tant que le chef de cette république,
Par caprice ou par politique,
Le changea bientôt de logis.
Ordre lui vient d'aller au fond de la Norvège
Prendre le soin d'une maison
En tout temps couverte de neige ;
Et d'Indou qu'il était on vous le fait Lapon.
Avant que de partir l'esprit dit à ses hôtes :
On m'oblige de vous quitter :
Je ne sais pas pour quelles fautes ;
Mais enfin il le faut, je ne puis arrêter
Qu'un temps fort court, un mois, peut-être une semaine.
Employez-la ; formez trois souhaits, car je puis
Rendre trois souhaits accomplis ;
Trois sans plus. Souhaiter, ce n'est pas une peine
Etrange et nouvelle aux humains.
Ceux-ci pour premier voeu demandent l'abondance ;
Et l'abondance, à pleines mains,
Verse en leurs coffres la finance,
En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins ;
Tout en crève. Comment ranger cette chevance ? (6)
Quels registres, quels soins, quel temps il leur fallut !
Tous deux sont empêchés si jamais on le fut.
Les voleurs contre eux complotèrent ;
Les grands Seigneurs leur empruntèrent ;
Le Prince les taxa. Voilà les pauvres gens
Malheureux par trop de fortune.
Otez-nous de ces biens l'affluence importune,
Dirent-ils l'un et l'autre ; heureux les indigents !
La pauvreté vaut mieux qu'une telle richesse.
Retirez-vous, trésors, fuyez ; et toi Déesse,
Mère du bon esprit, compagne du repos,
O médiocrité (7), reviens vite. A ces mots
La médiocrité revient ; on lui fait place ;
Avec elle ils rentrent en grâce,
Au bout de deux souhaits étant aussi chanceux
Qu'ils étaient, et que sont tous ceux
Qui souhaitent toujours et perdent en chimères
Le temps qu'ils feraient mieux de mettre à leurs affaires.
Le Follet en rit avec eux.
Pour profiter de sa largesse,
Quand il voulut partir et qu'il fut sur le point,
Ils demandèrent la sagesse ;
C'est un trésor qui n'embarrasse point.



Notes
(1) L'Empire du Grand Mogol (le prince mahométan le plus puissant des Indes) qui s'étendait sur l'Asie centrale et l'Inde
(2) sorte de lutin qui se divertit sans faire de mal
(3) le mobilier et les objets de la maison
(4) quant à lui
(5) fixé
(6) vieux mot : le bien d'une personne
(7) idée de juste mesure, moyen, donc aisance normale


   

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