Boileau et l'esthétique classique

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Synthèse : Le règne de Louis XIV marque le début d'un déclin de la poésie française, à l'exception notable de Racine et La Fontaine. Nicolas Boileau Despréaux, né en 1636, se distingue par ses satires et son œuvre majeure, l'Art poétique, qui vise à établir les règles de composition littéraire en vers. Publié en 1674, cet ouvrage de vulgarisation s'inspire des théories des grands maîtres de la poésie, tels qu'Aristote, Horace et ses contemporains. Structuré en chants, l'Art poétique aborde divers aspects de la poésie, des genres aux conseils de bon sens et de moralité, en passant par l'imitation des anciens. Boileau prône la clarté, la correction, et la conformité à la nature et à la raison, tout en critiquant la préciosité et l'emphase. Son idéal artistique repose sur la vérité, la nature et l'imitation des anciens, en rejetant l'individuel et l'extraordinaire. Admiré au XVIIIe siècle, Boileau est remis en question par le romantisme pour ses limites, mais reste le porte-parole du classicisme et de la conscience artistique de son époque.

Avec le règne personnel de Louis XIV commence pour la poésie française un long déclin, qui dure unsiècle et demi. À part le miracle racinien, qui d’ailleurs n’a pas eu d’équivalent en poésie, seul La Fontaine retrouve la source claire d’un poète ou d’un conteur, dans la tradition latine ou italienne, par ses fables. Pour le reste des poètes, ils sont incapables de quitter les sentiers battus. Et pourtant, il y a encore un autre nom qui brille dans la poésie, surtout pour son oeuvre capitale, l’Art poétique dont l’intention est d’établir par une théorie docte les règles de la composition d’une oeuvre littéraire en vers.
Nicolas Boileau Despréaux est né en 1636. Grâce à l’héritage de son père il peut suivre la voie de sa vocation vers la littérature. Il s’affirme rapidement, par son talent satirique. Il publiera douze satires, entre 1666 et 1705, dont plusieurs abordent des sujets littéraires.
Le poète, qui fréquente les cabarets littéraires et les cercles libertins, se fait introduire aussi dans des salons et commence, vers 1669, à rédiger son oeuvre maîtresse, l’Art poétique, dont il lit en public des fragments ?. Madame de Sévigné signale une de ces lectures en 1672 et une autre en 1673.
L’Art poétique de Boileau n’est pas une oeuvre originale que par la manière de l’expression poétique, car les idées appartiennent à des théoriciens et grands maîtres de la poésie, que Boileau avait étudiés. On y rencontre des idées appartenant à Aristote, à Quintilien, à Longin et surtout à Horace, sans pouvoir nier les influences des traités de poésie du XVI-e siècle et les théories et exemples de ses contemporains et amis.
Paru en 1674, l’Art poétique est une oeuvre de vulgarisation, dont la vocation est de répandre dans le grand public les théories « doctes » et le message critique de l’auteur.
La construction rigoureuse et symétrique de l’ouvrage comprend des chapitres que l’auteur appelle chants, d’après la tradition des Anciens.

« Le Chant I présente les préceptes généraux, valables pour tous les genres :
- nécessité de l’inspiration ;
- nécessité pour le poète de connaître sa vocation particulière ;
- accord de la rime et de la raison ;
- le poète doit éviter la préciosité, l’emphase, le burlesque ;
- Boileau présente les lois de la versification ;
- Boileau affirme tout haut et sans aucune prudence ce qu’il admire et ce qu’il n’admire pas, et en donne les raisons ;
- courte histoire de la poésie en France jusqu’à Malherbe ;
- influence de Malherbe ;
- qualités nécessaires pour atteindre la perfection ;
- être clair et correcte ;
- travailler lentement ;
- composer logiquement ;
- accepter la critique.

Le Chant II :
- Les genres secondaires : l’idyle, l’élégie, l’ode, le sonnet, l’épigramme, le rondeau, le madrigal, la ballade, la satire, le vaudeville, la chanson.

Le Chant III :
- Les grands genres : la tragédie, ses règles, son histoire ;
- les défauts qu’elle doit éviter ;
- les qualités qu’elle doit rechercher ;
- l’épopée, sa définition ;
- le merveilleux païen et le merveilleux chrétien ;
- les règles de l’épopée ;
- la comédie, son histoire, son domaine ;
- jugement sur Molière et Térence ;
- en quoi le comique diffère du tragique et de la farce.

Le Chant IV :
- Conseils de bon sens et de moralité ;
- la poésie ne supporte ni médiocrité, ni esprit de flatterie ;
- la poésie doit accepter la critique ;
- un bon écrivain doit être vertueux, sociable, désintéressé ;
- la générosité du roi ne laisse pas le talent dans la misère ;
- éloge du roi ;
- conclusion modeste et digne de Boileau. »* [*Boileau Le Lutrin. L’Art poétique, classiques Larousse, 1933, p.63]
Le XVIII-e siècle a admiré l’Art poétique, mais le romantisme a violemment dénoncé les limites de l’ouvrage.
On a défini Boileau comme « le porte-parole de la conscience du classicisme ». Ses idées, déjà exposées dans les Epîtres, sont détaillées dans l’Art poétique :
« a)- La raison et la nature.
Dans ses ouvrages Discours de la méthode et traité des passions, Descartes avait établi de façon définitive la prééminence de la volonté et de la raison sur las passions ; Boileau admet les conclusions de Descartes comme in dogme : si la dignité de l’homme consiste dans la pensée, dont le but est la vérité, le culte du vrai doit être le principe fondamental de l’oeuvre littéraire. L’expression de la pensée doit satisfaire la raison et atteindre la vérité, seule forme acceptable de la beauté. Or, la vérité, c’est aussi la nature, le fond humain qbsolu, constant, universel. Il faut dunc proscrire le faux, le burlesque, le précieux, l’emphatique, tuot ce qui risque d’obscurcir ou de détourner le caractèer pur de l’art.
Cet idéal exige une conception élevée de l’art et une valeur morale indiscutable de l’artiste.

b)- Domaine de l’art.
La doctrine de Boileau donne comme matière à l’activité créatrice du poète tout ce qui peut plaire à la soiété : le sublime, le réel (quand il n’estpas trop bas) ; l’analyse du coeur humain, quand elle lui permet de peinder des types universels. Il faut éviter l’individuel et l’extraordinaire, qui sont hors de la nature et de la vérité. Ainsi, l’art dramatique n’aura pas besoin de se fonder sur l’histoire, qui n’exprime jamais que le transitoire et le particulier. L’art cherchera sa justification dans le plaisir de plaire. Seule la nature est plaisante, à condition de ne tomber ni dans la fantaisie, ni dans la sensiblerie.

c)- Imitation des anciens.
La littérature antique fournira à foison des sujets d’inspiratin. Si les grands maîtres d’autrefois ont survécu, et si le consentement universel atteste la haute vérité de leurs peintures, c’est qu’ils ont atteint ce qu’il y a de vraiment d’universel et d’éternellement humain.*[idem, pp.61-62]

Source: G F
   

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