Quatre jours ! mon amour, pas de lettre de toi
Le jour n'existe plus, le soleil s'est noyé
La caserne est changée en maison de l'effroi
Et je suis triste ainsi qu'un cheval convoyé
Que t'est-il arrivé ? souffres-tu, ma chérie ?
Pleures-tu ? Tu m'avais bien promis de m'écrire
Lance ta lettre, obus de ton artillerie,
Qui doit me redonner la vie et le sourire.
Huit fois déjà le vaguemestre a répondu
"Pas de lettres pour vous" Et j'ai presque pleuré
Et je cherche au quartier ce joli chien perdu
Que nous vîmes ensemble, ô mon cœur adoré
En souvenir de toi longtemps je le caresse
Je crois qu'il se souvient du jour où nous le vîmes
Car il me lèche et me regarde avec tendresse
Et c'est le seul ami que je connaisse à Nîmes
Sans nouvelles de toi je suis désespéré
Que fais-tu ? Je voudrais une lettre demain
Le jour s'est assombri, qu'il devienne doré.
Et tristement, ma Lou, je te baise la main
Apollinaire - Lettres à Lou - Février 1915 - analyse
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Synthèse : Un poème poignant d'un soldat désespéré par l'absence de lettres de sa bien-aimée pendant la guerre, exprimant sa tristesse et son attente impatiente. Malgré le manque de nouvelles, il se console en cherchant un chien qu'ils avaient rencontré ensemble, le considérant comme son unique ami à Nîmes. Il implore sa chérie de lui écrire pour illuminer sa journée assombrie et lui envoie une tendre accolade à travers les mots.
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