Cervantès - Nouvelles exemplaires - présentation de l'oeuvre

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Synthèse : Douze nouvelles empreintes d'amour et d'aventure, se déroulant au temps du Siècle d'or Espagnol, dévoilent un univers baroque où règnent tromperies et renversements de situations. Cervantes, à travers ses "Nouvelles exemplaires", explore des récits moralement édifiants, mettant en scène des personnages confrontés à des dilemmes complexes. Chaque histoire, qu'il s'agisse de la fidélité mise à l'épreuve, du mariage improbable ou des destins tragiques, révèle une leçon morale sous-jacente. Plongé dans un monde à l'envers, le lecteur est fasciné par la psychologie invraisemblable des protagonistes et les situations fantastiques qui se succèdent. Cervantes, maître du divertissement littéraire, crée un univers paradoxal où les valeurs et les mœurs se trouvent bouleversées. Si l'aspect exemplaire de ces nouvelles est remis en question par certains critiques, l'ambiguïté de l'auteur se révèle dans sa volonté de divertir tout en éduquant. Entre moralité douteuse et divertissement captivant, les "Nouvelles exemplaires" de Cervantes continuent de susciter débats et réflexions sur la nature même de l'exemplarité littéraire.

Douze nouvelles d'amour et d' aventure au temps du Siècle d'or Espagnol sont narrées dans une atmosphère baroque de monde à l'envers et de tromperie universelle.

En Espagne, le mot novela désigne aussi bien le roman que la nouvelle. Il vient de novela italien qui signifiait "mensonge, farce, tromperie, événement, conte", c' est-à-dire un genre que l'on ne trouvait que dans les bouches basses et viles.
Mais Cervantes (1547-1616) se proposa d' écrire des "Nouvelles exemplaires* ", c'est-à-dire des récits caractérisés par leur exemplarité morale et leur contenu édifiant.

L'Espagne du Siècle d'or
Dans "Le Curieux impertinent", nous est démontrée l'imprudence qu'il y a pour un mari à mettre à l'épreuve la fidélité de sa femme. Et dans "Le Jaloux d' Estrémadure", on voit le danger pour un presque septuagénaire de se marier avec une jeune fille de quinze ans. Ces deux maris qui ont enfreint les lois naturelles mourront désespérés. "La Petite Gitane" nous fait vivre dans le monde libre des gitans et "L'illustre Souillon" dans les coulisses d'une auberge tolédane. L'une et l'autre se terminent par une "reconnaissance". La petite gitane et l'illustre bonne sont deux filles nobles que leurs parents finissent par retrouver. Quant à L'Amant libéral, sa prodigalité finira par avoir raison de ses amours et de sa destinée malheureuses. La plus picaresque des nouvelles est "Rinconete et Cortadillo", l'histoire de deux jeunes vagabonds qui se font admettre dans la confrérie des voleurs de Séville. Dans "Le Licencié de verre", le héros a la folie de se croire de verre, mais il n'en dit pas moins, comme Don Quichotte, de bonnes vérités. Et "Le Colloque des chiens", qui ferme le recueil, est un bavardage entre chiens qui nous font faire le tour de toute une société et de toute une époque.

Le monde à l'envers
Le lecteur, habitué aux oeuvres réalistes, est émerveillé par le curieux comportement des personnages, par leur invraisemblable psychologie, par leurs contradictions. Avec "les Nouvelles exemplaires", on se trouve plongé dans un monde parfois diabolique, souvent fantastique et merveilleux. Ce monde à l'envers, thème banal de la littérature baroque, est un monde dans lequel les situations insolites sont monnaie courante. Cervantes lui-même n'hésite d'ailleurs pas à confesser dans le prologue des "Nouvelles exemplaires" que son unique obsession est de divertir et de surprendre, bref de ne pas ennuyer son lecteur. En créant ce monde paradoxal des "Nouvelles exemplaires", dans lequel les alguazils* sont galants, les voleurs d'honnêtes gens, et les gitans des nobles, Cervantes veut nous signifier que tous les principes, même les plus sacrés, se valent, et que les mæurs sont relatives.

Comme tous les grands auteurs, Miguel de Cervantes est un écrivain extrêmement ambigu. Avec les Nouvelles exemplaires, il veut divertir le lecteur, certes, mais aussi l'édifier et le porter à la vertu. Cependant, le caractère exemplaire des Nouvelles semble douteux à de nombreux critiques.
Ainsi, le célèbre dramaturge espagnol Lope de Vega (1562-1635) écrit que "les Nouvelles de Cervantes" pourraient être exemplaires", c'est-à-dire qu'à son son avis, elles ne l'étaient pas.
De la même manière, Cristóbal Suårez de Figueroa, en 1615, deux ans après la publication des Nouvelles exemplaires, les présente "comme intrinsèquement nocives et perverses considérées d'un point de vue moral".
Ortega y Gasset (1883-1955) précise : "Cet adjectif d'exemplaire n'est pas si étrange. Ce soupçon de moralité que le plus profane de nos écrivains verse sur ses nouvelles appartient à l'héroïque hypocrisie exercée par les élites du XVIIe siècle." Qu'en penser ? Les Nouvelles exemplaires n'auraient-elles plus rien d'exemplaire ?"
Mariano Baquero Goyanes, critique littéraire contemporain, nous répond qu'en "donnant le titre de Nouvelles exemplaires à son recueil, Cervantes signalait à la fois une ressemblance et une différence par rapport aux nouvelles italiennes, modèles du genre. Les Nouvelles étaient bien des "novellas" au sens italien du terme, c'est-à-dire des récits courts. Mais elles ne l'étaient pas en ce qui concernait leur tonalité morale, bien sage comparée aux fictions italiennes,insolentes et osées".

* L'alguazil (de l'espagnol alguacilillo, lui même de l'arabe āl-ġazil (l'archer) est le « policier » de l' arène pendant la corrida.

Source: A N I
   

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