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Le poème en prose

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Synthèse : L’étude interroge la genèse et les spécificités du poème en prose, né d’une réflexion moderniste sur les formes poétiques. L’émergence de ce genre est retracée, depuis les prémices de la «prose poétique» au XVIIe siècle, notamment avec Fénelon et Rousseau, jusqu’aux traductions en prose d’œuvres étrangères au début du XIXe siècle. L’analyse met en lumière les caractéristiques du poème en prose, qui privilégie les effets descriptifs et allégoriques, l’espace condensé et l’importance des images, tout en se distinguant de la prose poétique. Aloysius Bertrand, avec «Gaspard de la nuit», est reconnu comme l’initiateur du genre, qui sera ensuite illustré par Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud et Mallarmé.

L’une des caractéristiques de la modernité est son attachement à la réflexion sur la spécificité des écritures.
Dans le domaine poétique cette réflexion passe par une distinction entre l’essence du poème et la forme ou les formes poétiques elles-mêmes. L’apparition du poème en prose, au XIXe siècle, a joué un rôle prépondérant dans ce débat.

1. La naissance du poème en prose
, chez les Romantiques, avec Aloysius Bertrand, est le résultat d’une lente émergence d’une autre forme d’écriture, très ambiguë, qu’on pourrait appeler la prose poétique, et dont on peut dater quelques moments clés dans l’histoire de la littérature française :

1° au XVIIe siècle, la publication du Télémaque de Fénelon, roman didactique en prose rythmée, mais non rimée ;

2° au XVIIIe siècle, le succès considérable de la Nouvelle Héloïse, de Rousseau, perçue comme une prose qui « émeut », comme de la poésie, en se dispensant pourtant de ses contraintes ;

3° au début du XIXe siècle, des œuvres de Chateaubriand comme René (1802), qui assignent de plus en plus à la prose une finalité poétique ;

4° enfin, toujours au début du XIXe siècle, les nombreuses traductions en prose d’œuvres poétiques étrangères, elles-mêmes en prose, comme celles d’Ossian (en anglais Fragments of Ancient Poetry collected in the Highlands of Scotland and translated from Gaelic or Erse language), ou en vers, comme celles d’Edward Young, que l’on donne à lire dans un langage de plus en plus libéré des contraintes formelles du poème, en conservant seulement, la plupart du temps, la structure strophique.

Cette structure strophique est caractéristique des poèmes d’Aloysius Bertrand, inventeur du poème en prose proprement dit au XIXe siècle avec Gaspard de la nuit (1842).
Cependant, déjà en 1719, l’Abbé du Bos dans ses « Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture » consacre à ce sujet une des sections de sa première partie : « Des estampes et des poèmes en prose ». Pour l’Abbé du Bos « il est de beaux poèmes sans vers, comme il est de beaux vers sans poésie ».

2. Les caractéristiques du poème en prose :

a) l’effacement de la narrativité linéaire au profit d’effets descriptifs ou allégoriques.

b) le poème en prose s’installe dans un espace limité, condensé, organisé.

c) l’importance est donnée aux images. Bien que dispersées dans l’espace du poème en prose, ce sont les images qui en assurent l’unité organique et l’autonomie.

En effet, forme poétique issue du mouvement de libération à l’égard de la versification déjà entamé par le romantisme, le poème en prose substitue aux règles préexistantes de la métrique, les lois créées par le poète pour donner à son poème une organisation interne.
S’il utilise la prose, le poème en prose se distingue pourtant de la prose poétique en ce que celle-ci n’est pas un genre à part, mais apparaît dans des œuvres en prose.
Le poème en prose est d’abord de la poésie et résulte d’un choix conscient, qui en fait une forme le plus souvent courte, close, et organisée, même si les principes de cette organisation sont difficiles à mettre en évidence.
C’est Aloysius Bertrand qui, avec son œuvre Gaspard de la nuit. Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot, publiée après sa mort en 1842, est l’initiateur du genre. Le genre sera ensuite illustré en particulier par Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, Mallarmé.

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