Premier livre des Amours - Dedans un pré je vis une Naïade
Dedans un pré je vis une Naïade
Qui comme fleur marchait dessus les fleurs,
Et mignotait un bouquet de couleurs,
Echevelée, en simple verdugade.
De son regard, ma raison fut malade,
Mon front pensif, mes yeux chargés de pleurs,
Mon cœur transi : tel amas de douleurs
En ma franchise imprima son œillade.
Là je sentis dedans mes yeux couler
Un doux venin, subtil à se mêler
Où l’âme sent une douleur extrême.
Pour ma santé je n’ai point immolé
Bœufs ni brebis, mais je me suis brûlé
Au feu d’Amour, victime de moi-même.