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Baudelaire - Les Fleurs du mal - Tableaux parisiens - A une mendiante rousse - analyses

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Baudelaire - Tableaux parisiens - A une mendiante rousse

Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,

Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.

Tu portes plus galamment
Qu'une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds.

Au lieu d'un haillon trop court,
Qu'un superbe habit de cour
Traîne à plis bruyants et longs
Sur tes talons ;

En place de bas troués,
Que pour les yeux des roués
Sur ta jambe un poignard d'or
Reluise encor ;

Que des nœuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux ;

Que pour te déshabiller
Tes bras se fassent prier
Et chassent à coups mutins
Les doigts lutins,

Perles de la plus belle eau,
Sonnets de maître Belleau
Par tes galants mis aux fers
Sans cesse offerts,

Valetaille de rimeurs
Te dédiant leurs primeurs
Et contemplant ton soulier
Sous l'escalier,

Maint page épris du hasard,
Maint seigneur et maint Ronsard
Épieraient pour le déduit
Ton frais réduit !

Tu compterais dans tes lits
Plus de baisers que de lis
Et rangerais sous tes lois
Plus d'un Valois !

- Cependant tu vas gueusant
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour
De carrefour ;

Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh ! pardon !
Te faire don.

Va donc ! sans autre ornement,
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
Ô ma beauté !


C’est un poème de jeunesse, qui figure initialement dans « Spleen et Idéal », avant de trouver une place nouvelle et peut-être plus cohérente thématiquement parlant dans « Tableaux parisiens », à la faveur de la nouvelle édition des Fleurs du Mal en 1861. Il est composé de 14 quatrains étonnants, eux-mêmes faits d’heptamètres suivis d’un tétrasyllabe.
Il évoque une jeune chanteuse des rues de Paris, déjà célébrée par le poète Banville, et peinte par Émile Duroy, ami de Baudelaire, dans les années 1840. Il en fait l’éloge de plusieurs façons différentes et insiste sur la beauté qui naît non seulement malgré, mais grâce à la pauvreté de la mendiante.
Il articule un éloge paradoxal et un art poétique, c’est-à-dire un poème qui offre une réflexion, en acte, sur l’art de faire de la poésie : Baudelaire pastiche ses prédécesseurs au cœur du poème (poètes de la Renaissance et du XVIIe siècle, et peut-être même Banville, son contemporain), et tourne leur art en dérision, pour leur opposer une poésie moderne, qui accueille la mendiante dans toute sa pauvreté, sans l’embellir artificiellement.

   

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