Lamartine - Oeuvre posthume - Les Voiles - analyse

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SynthĂšse : Le poĂšme de Lamartine, «Les Voiles», exprime une profonde mĂ©ditation sur le temps et l’expĂ©rience. L'auteur y confronte la fougue juvĂ©nile, caractĂ©risĂ©e par l’élan et l’illusion, Ă  la sagesse amĂšre d’un retour. L’horizon marin, symbole de l’imaginaire et de l’espoir, devient le théùtre d’une quĂȘte déçue, oĂč les «rĂȘves» et les «ailes» de la jeunesse se brisent contre les Ă©cueils de la rĂ©alitĂ©. Le poĂšte, dĂ©sormais tĂ©moin de ses propres «dĂ©bris», observe les mĂȘmes mers autrefois tant aimĂ©es, non plus comme un espace de promesse, mais comme un «champ de mort» oĂč se rĂ©vĂšle l’érosion des idĂ©aux. L’Ɠuvre suggĂšre ainsi une rĂ©flexion poignante sur la perte, la dĂ©sillusion et la transformation du regard face Ă  l’inĂ©luctable passage du temps.

Quand j’étais jeune et fier et que j’ouvrais mes ailes,
Les ailes de mon Ăąme Ă  tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
Et mes rĂȘves flottaient sur tous les flots amers.

Je voyais dans ce vague oĂč l’horizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin
Des continents de vie et des Ăźles de joie
OĂč la gloire et l’amour m’appelaient de la main.

J’enviais chaque nef qui blanchissait l’écume,
Heureuse d’aspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
J’ai traversĂ© ces flots et j’en suis revenu.

Et j’aime encor ces mers autrefois tant aimĂ©es,
Non plus comme le champ de mes rĂȘves chĂ©ris,
Mais comme un champ de mort oĂč mes ailes semĂ©es
De moi-mĂȘme partout me montrent les dĂ©bris.

Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ;
La foudre ici sur moi tomba de l’arc cĂ©leste
Et chacun de ces flots roule un peu de mon coeur.



Ischia4, 1844, septembre.

Lamartine - Oeuvre posthume - Les Voiles


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