Quand jâĂ©tais jeune et fier et que jâouvrais mes ailes,
Les ailes de mon Ăąme Ă tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
Et mes rĂȘves flottaient sur tous les flots amers.
Je voyais dans ce vague oĂč lâhorizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin
Des continents de vie et des Ăźles de joie
OĂč la gloire et lâamour mâappelaient de la main.
Jâenviais chaque nef qui blanchissait lâĂ©cume,
Heureuse dâaspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
Jâai traversĂ© ces flots et jâen suis revenu.
Et jâaime encor ces mers autrefois tant aimĂ©es,
Non plus comme le champ de mes rĂȘves chĂ©ris,
Mais comme un champ de mort oĂč mes ailes semĂ©es
De moi-mĂȘme partout me montrent les dĂ©bris.
Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ;
La foudre ici sur moi tomba de lâarc cĂ©leste
Et chacun de ces flots roule un peu de mon coeur.
Ischia4, 1844, septembre.
Lamartine - Oeuvre posthume - Les Voiles