Lorsque grĂące aux printemps vous ne serez plus belle,
Vieillotte grasse ou maigre avec des yeux méchants,
MĂšre gigogne grave en qui rien ne rappelle
La fille aux traits dâinfante immortelle en mes chants,
Il reviendra parfois dans votre Ăąme quiĂšte
Un souvenir de moi diffĂ©rent dâaujourdâhui
Car le temps glorieux donne aux plus laids poĂštes
La beautĂ© quâils cherchaient cependant que par lui
Les femmes voient sâĂ©teindre en leurs regards la flamme ;
Sur leur tempe il Ă©tend sa douce patte dâoie.
Les fards cachent les ans que nâavouent pas les femmes
Mais leur ventre honteux les fait montrer du doigt.
Et vous aurez alors des pensers ridicules.
â Câest en dix neuf cent un quâun poĂšte mâaima.
Seule je me souviens, moi, vieille qui spécule,
De sa laideur au taciturne qui mâaima.
Je suis laid, par hasard, Ă cette heure et vous, belle,
Vous attendez le ravisseur longtemps promis
Qui déploie comme un mirage du mont Gibel
Le bonheur dâĂȘtre deux toujours et endormis.
TrĂšs humbles devant vous pleureront des Ricombres
Donnant lâanneau gemmal pour lâĂ©ternel baiser
Et des pauvres fameux pour vous vendraient leur ombre
Puis, loin de vous, pensifs, mourraient dâun cĆur brisĂ©.
*
Il en viendra beaucoup des trouveurs dâaventure,
En galop tout poudreux, des roses plein les mains,
Mais lâun, un soir, dĂ©nouera votre chevelure
Et vous crierez : Câest toi !... Câest toi jusquâĂ demain.
Car lâendemain viendront des chevaucheurs encore
Moustachus et cĂąlins ou brutaux Ă souhait
Qui, joie ! seront vainqueurs, Ma Joie ! vainqueurs encore
Par la caresse lente ou mĂȘme Ă coup de fouet.
Et peut-ĂȘtre sera-ce alors temps de tristesse,
Quand vos ongles tachés de blanc déchireront
Votre chair ; quand le cĆur trop plein de « Quand Ă©tait-ce »
Vous pleurerez fronçant les plis de votre front.
IntercalĂ©es dans lâan viendront les journĂ©es veuves,
Les vendredis sanglants et lents dâenterrements,
Des blancs et de tout noirs vaincus des cieux qui pleuvent
Quand la femme du diable a battu son amant.
Cependant, grùce à vous, merci ! ma délicieuse !
Jâai bien compris que seuls pouvaient vivre en mâaimant
Dans lâombre originelle oĂč mon repos se creuse
Les bons vers immortels qui sâennuient patiemment.
Et pourtant câest bien vrai, je nâeus aucun dĂ©sir
Sinon téter la lune, Î nuit au seul tétin
Et creuser Ă jamais mon logique Nazir
MalgrĂ© lâamour terrestre aux baisers florentins.
Non, je ne veux aucun de ces cĆurs que lâon donne,
Ni de lâaumĂŽne humaine exquise aux cĆurs ingrats,
Ni du pieux soulas des grĂąces des madones,
Ni de lâamour humain qui fait trop dâembarras.
Tous les dons sont impurs et les joyaux sont tristes
Et lâamour est maudit pour ce quâil peut donner,
Il nây a pas encor de cadeaux anarchistes
Il nây a que la paix quand finit la journĂ©e.
Il y a les yeux bleus des mĂšres inquiĂštes,
Il y a les grands chiens et les dieux inconnus
Et la rage et le doute et le nom des poĂštes
Avec lâĂ©ternitĂ© des marbres toujours vus.
Vieillotte grasse ou maigre avec des yeux méchants,
MĂšre gigogne grave en qui rien ne rappelle
La fille aux traits dâinfante immortelle en mes chants,
Il reviendra parfois dans votre Ăąme quiĂšte
Un souvenir de moi diffĂ©rent dâaujourdâhui
Car le temps glorieux donne aux plus laids poĂštes
La beautĂ© quâils cherchaient cependant que par lui
Les femmes voient sâĂ©teindre en leurs regards la flamme ;
Sur leur tempe il Ă©tend sa douce patte dâoie.
Les fards cachent les ans que nâavouent pas les femmes
Mais leur ventre honteux les fait montrer du doigt.
Et vous aurez alors des pensers ridicules.
â Câest en dix neuf cent un quâun poĂšte mâaima.
Seule je me souviens, moi, vieille qui spécule,
De sa laideur au taciturne qui mâaima.
Je suis laid, par hasard, Ă cette heure et vous, belle,
Vous attendez le ravisseur longtemps promis
Qui déploie comme un mirage du mont Gibel
Le bonheur dâĂȘtre deux toujours et endormis.
TrĂšs humbles devant vous pleureront des Ricombres
Donnant lâanneau gemmal pour lâĂ©ternel baiser
Et des pauvres fameux pour vous vendraient leur ombre
Puis, loin de vous, pensifs, mourraient dâun cĆur brisĂ©.
*
Il en viendra beaucoup des trouveurs dâaventure,
En galop tout poudreux, des roses plein les mains,
Mais lâun, un soir, dĂ©nouera votre chevelure
Et vous crierez : Câest toi !... Câest toi jusquâĂ demain.
Car lâendemain viendront des chevaucheurs encore
Moustachus et cĂąlins ou brutaux Ă souhait
Qui, joie ! seront vainqueurs, Ma Joie ! vainqueurs encore
Par la caresse lente ou mĂȘme Ă coup de fouet.
Et peut-ĂȘtre sera-ce alors temps de tristesse,
Quand vos ongles tachés de blanc déchireront
Votre chair ; quand le cĆur trop plein de « Quand Ă©tait-ce »
Vous pleurerez fronçant les plis de votre front.
IntercalĂ©es dans lâan viendront les journĂ©es veuves,
Les vendredis sanglants et lents dâenterrements,
Des blancs et de tout noirs vaincus des cieux qui pleuvent
Quand la femme du diable a battu son amant.
Cependant, grùce à vous, merci ! ma délicieuse !
Jâai bien compris que seuls pouvaient vivre en mâaimant
Dans lâombre originelle oĂč mon repos se creuse
Les bons vers immortels qui sâennuient patiemment.
Et pourtant câest bien vrai, je nâeus aucun dĂ©sir
Sinon téter la lune, Î nuit au seul tétin
Et creuser Ă jamais mon logique Nazir
MalgrĂ© lâamour terrestre aux baisers florentins.
Non, je ne veux aucun de ces cĆurs que lâon donne,
Ni de lâaumĂŽne humaine exquise aux cĆurs ingrats,
Ni du pieux soulas des grĂąces des madones,
Ni de lâamour humain qui fait trop dâembarras.
Tous les dons sont impurs et les joyaux sont tristes
Et lâamour est maudit pour ce quâil peut donner,
Il nây a pas encor de cadeaux anarchistes
Il nây a que la paix quand finit la journĂ©e.
Il y a les yeux bleus des mĂšres inquiĂštes,
Il y a les grands chiens et les dieux inconnus
Et la rage et le doute et le nom des poĂštes
Avec lâĂ©ternitĂ© des marbres toujours vus.