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Baudelaire - Les Fleurs du mal - Spleen et Idéal - Alchimie de la douleur - analyse

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Alchimie de la douleur - analyse

Synthèse : Le poème « Alchimie de la douleur » de Baudelaire explore la lutte intérieure entre le Spleen et l'Idéal, symbolisée par une tension constante entre la vie et la mort. À travers une adresse à Hermès, le poète exprime sa malédiction d'alchimiste maudit, incapable de transformer la matière poétique en or, mais plutôt en fer, échouant à élever son art vers le ciel. Malgré ses lamentations, Baudelaire semble aspirer à l'infini de l'Idéal, laissant entrevoir une nouvelle esthétique fondée sur le désespoir, mais toujours en quête de transcendance. Ce poème complexe révèle la profondeur de la souffrance du poète face à la mort omniprésente, tout en laissant entrevoir une lueur d'espoir dans sa quête inlassable de l'Idéal.


quatre-vingt-unième de la partie « Spleen et Idéal », situé entre « Le Goût du néant » et « Horreur sympathique ». Il fait voir le désespoir gagnant davantage le poète, au détriment de son ardeur pour l'idéal. Toujours tiraillé, c'est la présence morbide qui semble bien prendre le dessus, comme l'annonce l'antithèse du titre, puisque l'alchimie, plutôt que la « douleur », promet l'or à qui la maîtrise.

Dès lors, en quoi le spleen finit-il par prendre le pas sur l'idéal ?

« Alchimie de la douleur » est un sonnet classique. A ce titre, il suit une espèce de logique narrative, et engage à une analyse linéaire.

Nous analyserons ainsi l'exposition de la tension fondamentale qui ouvre le poème, entre les vers 1 et 4. Nous jugerons ensuite de la portée de l'invocation au dieu Hermès, qui intervient dans le second quatrain. Il faudra ensuite considérer la chute assurée par les deux derniers tercets, qui fait voir la fatalité de la mort.

Une antithèse fondamentale

Vie et mort dans la Nature

Le poème s'ouvre sur une antithèse qui parcourra le poème dans son entier et, plus largement, qui parcourt l'ensemble de la partie « Spleen et Idéal » des Fleurs du mal :

L’un t’éclaire avec son ardeur,
L’autre en toi met son deuil, Nature !

De fait, si « l'un » et « l'autre » sont des pronoms indéfinis et n'aident pas l'identification pour le lecteur, il devient vite évident que les termes désignent, d'une part, l'Idéal et, d'autre part, le Spleen.

C'est que le poème est tendu entre la vie (que figure « l'ardeur ») et la mort (évoquée par le terme explicite de « deuil »). Cette polarité est d'autant plus claire qu'à chaque vers correspond des champs lexicaux et des procédés stylistiques évidents :

• « éclaire » et « ardeur » sont des principes de vie, et l'allitération en « r » renvoie bien à l'énergie caractérisant la vitalité du verbe (ou de l'être)

• « deuil » et l'idée soutenue par le verbe de passivité « met » (on « met » quelqu'un en bière, par exemple) invite à considérer l'idée de mort

C'est une tension qui, du reste, est toujours actuelle pour le poète, comme le signifie l'utilisation du présent de l'indicatif, avec « éclaire » et « met ».

Enfin, les pronoms « t' » et « toi » font référence au dernier mot du deuxième vers, qui est « Nature » : la majuscule divinise l'entité, le poète la sacralise, à travers une violente apostrophe qui annonce déjà le désespoir fatal du poète. Il fait un constat, qu'il impose à son interlocutrice.

Tension tragique sans fin

Les deux derniers vers du quatrain prolongent cette tension tragique :

Ce qui dit à l’un : Sépulture !
Dit à l’autre : Vie et splendeur !

Surtout, cette tension se recoupe dans un jeu de miroir sans solution, puisque, bien étrangement, « l'un », qui était le principe de vie dans le premier vers, est maintenant associé à la « Sépulture », c'est-à-dire la mort ; et, au contraire, « l'autre » est maintenant couplée avec « Vie et splendeur ».

C'est que, comme le font voir les rimes embrassés du quatrain (ardeur/Nature/Sépulture/splendeur) tout autant que l'anaphore sur « dire » au vers 3 et 4 et le chiasme, le poète est tiraillé par des voix intérieures qui se déchirent, qui se contredisent.

La pensée de l'Idéal est corrompue par la pensée du Spleen, tandis que la pensée du Spleen est contrebalancée par l'espoir de l'Idéal. Le tourment semble ainsi sans fin. 

Hermès ou la malédiction du Dieu

Le don du poète touché par les dieux...

Après avoir invectivé la divinité « Nature », Baudelaire s'adresse à Hermès, directement.

Hermès, c'est d'abord le dieu grec, messager de l'Olympe, et associé, également, au Thot de la mythologie égyptienne. En cela, c'est la figure tutélaire de l'écriture et du savoir illimité.

Plus tard, Hermès s'associera à un personnage mythique de l'Antiquité greco-romaine, Hermès Trismégiste, soi-disant auteur du Corpus Hermeticum, recueil de traités mystico-philosophiques, et dont les alchimistes se réclament.

C'est à ce dernier que Baudelaire semble plutôt s'adresser, d'après l'utilisation de l'épithète « inconnu ». Mais, en même temps, le vocabulaire de l'intimité, de la proximité dont use le poète dans le quatrain (« assistes », « toujours », « intimidas ») renvoie à la figure divine, comme s'il était, conformément à une certaine tradition, traversé par les dieux.

C'est que les deux figures se confondent, en tant qu'elles sont toutes les deux porteuses du sens mystérieux du verbe, et qu'elles provoquent l'élan de l'inspiration.

... qui se révèle malédiction

Ce statut est confirmé par les deux vers qui suivent, puisqu'il accorde à cet Hermes son talent de poète, à savoir le rendre « l'égal de Midas ». Midas est en effet un roi de la mythologie grec qui avait le pouvoir de changer en or tout ce qu'il touchait. Pour autant que ce don paraisse fabuleux, il fut en réalité un fardeau pour le souverain, qui ne pouvait plus vivre normalement.

Or, Baudelaire est « Le plus triste des alchimistes ». Cette hyperbole vise à l'analogie entre l'alchimiste et le poète. L'alchimie est cette science qui promettait de transformer les matériaux en or ; de même, le poète est celui qui fait de la boue de l'or. Dans l'appendice aux Fleurs du mal, Baudelaire écrit en effet :

Tu m'as donné de la boue et j'en ai fait de l'or.

Le poète, en effet, se targue de faire de la matière quotidienne quelque chose de magnifique, de proprement précieux, grâce à son langage. C'est que Baudelaire se trouve dans un désespoir indépassable : son esprit de poète, loin d'être une chance, paraît le rendre profondément malheureux, car il est incapable de vivre normalement - tout comme Midas.

Par cette métaphore Baudelaire annonce la chute des deux tercets : rien n'est vivant sous les doigts du roi, et, pareillement, les êtres et les émotions se figent dans les vers du poète maudit.

Le poète, un alchimiste maudit

L'inversion de la transmutation

Le premier tercet s'inscrit toujours dans l'adresse au dieu, qui explicite la nature de la malédiction.

En effet, au contraire de ce que fait le véritable alchimiste, Baudelaire « change l'or en fer ». L'utilisation du pronom personnel « je » introduit pour la première fois l'action du poète, qui se réalise sous l'impulsion du « toi ». Il se représente dans une malédiction dont il innocent : c'est par le « tu » que le « je » souffre. Malédiction toujours actuelle, jamais dépassée, puisqu'il utilise, une nouvelle fois, le présent de l'indicatif.

La matière poétique, ainsi, dégrade la matière, plutôt que de l'élever. L'antithèse entre « paradis » et « enfer » montre bien l'échec de la tentative poétique, et associe le « fer » à l'« enfer » par la concordance des rimes.

Partant de l'idéal céleste, que figure « le paradis », Baudelaire se retrouve plutôt plus bas que terre, dans l'espace infernal.

Le poème bascule ainsi sur une nouvelle antithèse, celle qui fait s'opposer le ciel et la terre :

• champ lexical du ciel (c'est-à-dire le domaine de l'esprit, de la pureté) : « paradis », « suaire », « nuages », « célestes »

• champ lexical de la terre (c'est-à-dire l'enfer, le domaine de la matérialité corrompue) : « enfer », « cadavre », « bâtis », « sarcophages »

Ainsi, la création poétique, plutôt que de l'élever vers le ciel, le fait entrer dans un rapport avec la Mort, omniprésente. Le dernier tercet est traversée par une métaphore filée qui figure la création poétique, avec des verbes d'action tels que « découvre » et « bâtis ».

Maudit, le poète se confronte toujours à la mort. Dès le vers 11 (« Dans le suaire des nuages ») s'engage ainsi la description de son effort poétique, traversée par l'inspiration offerte par le Dieu, qui lui donne la conscience de la beauté épurée du monde. Mais, fatalement, ce travail se clôt par une retour avec la mort et le mot « sarcophages ». On trouve ici une référence directe à l'Antiquité qui vient rappeler les origines de l'Alchimie et de Thot.

Dans ces sarcophages, de fait, s'enterrent tous ses espoirs d'idéal, qui toujours s'échappent, qu'il ne rencontre jamais.

Conclusion

Le poète, finalement, se lamente de ne pas savoir s'extirper de la présence omniprésente de la mort. C'est-à-dire que, malgré ses velléités d'Idéal, qu'il sait l'agiter, c'est, fatalement, le Spleen qui l'emporte et le désespère.

Pour autant, reste quelque chose d'ambigu, à plusieurs titres.

Sa condition de poète moderne et maudit lui offre de créer une nouvelle esthétique, précisément fondée sur le désespoir, et dont son sonnet est la meilleure preuve.

Et, malgré ses lamentations, Baudelaire tend vers la rencontre avec l'infini de l'Idéal. L'utilisation de l'octosyllabe, qui renvoie au chiffre huit, symbole de l'infini (8), tout autant que la conclusion sur le mot « sarcophages », promesse égyptienne de l'éternité et qui signifie « maître de la vie », annonce, quelque part, que le poète est toujours agité par l'espoir d'atteindre cet Idéal qu'il ne trouve pas.

Source: superprof.fr


   

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