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Baudelaire - Les Fleurs du mal - Spleen et Idéal - Don Juan aux enfers - analyse

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Don Juan aux enfers - analyse

Synthèse : Ce poème s'inscrit dans un processus de réécriture qui transpose l'univers de Molière, non sans recourir au syncrétisme propre au mythe littéraire. L'exploration des enfers grecs, où les personnages de *Dom Juan* sont précipités, révèle un renversement des valeurs opéré par Baudelaire, notamment dans la punition infligée au séducteur et le harcèlement dont il est victime. L'ekphrasis, alimentée par des références picturales, et la récurrence de l'allitération en "r" intensifient la tonalité funèbre et construisent une fantasmagorie qui interroge le jugement de Baudelaire sur le personnage. Le poème, où l'impénitence de Dom Juan est maintenue, s'inscrit dans une lignée d'interprétations littéraires, rappelant le dandysme et explorant les enjeux de la quête de l'inconnu. La réécriture interroge ainsi la capacité du mythe à se renouveler, soulignant la complexité des regards portés sur Dom Juan.


Le texte appelle une explication linéaire, étant donné la profusion des références.

Le titre

Il annonce une suite de la pièce de Molière.

Notion de transposition : on passe d’une pièce de théâtre à une poésie.

Changement d’espace culturel : les Enfers grecs et non pas l’Enfer chrétien annoncé par Sganarelle. Notion de syncrétisme (synthèse de plusieurs éléments culturels) constitutif du mythe littéraire.

- Trois axes de lecture possibles

Premier quatrain : Dom Juan et le mendiant

- Cinq strophes rappellent les cinq actes de la pièce et les cinq chapitres de la nouvelle de Barbey d’Aurevilly.

- Deux subordonnées de temps (quand[...] lorsqu’il[...]) retardent l’apparition du mendiant.

- «descendit» : suite immédiate de la scène finale de Molière «La terre s’ouvre et l’abîme»

- «l’onde souterraine» rappelle les fleuves infernaux (le Styx), ce qui sera confirmé par l’ «obole à Charon» le nocher des fleuves infernaux.

- «un sombre mendiant» mythème de Molière acte III + diérèse = mise en valeur

- Antisthène : cynique, connu pour son orgueil

- «fier» «fort» appliqué au mendiant > renversement de la pièce = punition de Dom Juan

- L’aviron renvoie aux deux tableaux de Delacroix, ce qui fait de ce poème une ekphrasis.

La réécriture comme réinvestissement de tous les éléments culturels de l’auteur : que fait-on dire au mythe, qui nous construit ?

Second quatrain : les femmes

- participe présent + imparfait > aspect duratif qui rappelle l’éternité des Enfers et le caractère d’ekphrasis

- les femmes : celles qui furent séduites par Dom Juan et le harcèlent. Elles sont impudiques «seins, robes ouvertes, mugissement» > de nouveau renversement des valeurs. Elles sont animales «mugissements». Pour Dom Juan qui aime «vaincre les résistances» elles sont une punition. On retrouve également le tableau de Delacroix et une iconographie médiévale des corps souffrant et nus

- «noir firmament» l’oxymore renvoie directement aux deux tableaux de Delacroix

- «long mugissement» forme un requiem sinistre

- l’allitération en R dans tout le poème forme une unité qui rappelle les Enfers

Troisième quatrain : Dom Luis et Sganarelle

- On retrouve le Sganarelle de l’acte V. L’ajout «en riant» rappelle encore une fois la condamnation

- Don Luis «doigt tremblant, front blanc» adopte ici une position vengeresse qui renvoie à la scène du reproche chez Molière.

- V9-12 riant/railla : retournement de situation

Quatrième quatrain : Elvire

- «frissonnante, chaste et maigre» : on la retrouve fragile et dévote

- elle porte le «deuil» de D.J.

- elle n’est pas incluse au troupeau des mugissantes : opposition lexicale sourire/mugissement, brillât/noir, douceur/se tordaient . Est-ce la seule qui a touché D.J. ?

- en position de suppliante, tout son drame tient dans le rime signifiante : amant/serment

Sa présence aux Enfers, de même que celle des autres personnages victimes de D.J. invite à lire le poème comme une fantasmagorie née de l’imagination de D.J. Ceci expliquerait l’aspect presque parodique de cette Elvire «maigre».

Cinquième quatrain : la statue / Dom Juan

- cf l’acte cinq et la statue du commandeur. Ici il mène le bateau, allégorie du châtiment.

- v.19-20 enfin apparaît l’attitude de D.J..

- «calme héros» très mélioratif, dénote le jugement bienveillant de Baudelaire

- le rythme est très régulier et imite à la fois le calme de D.J. et la monotonie de l’Enfer

- «rapière» rappelle son courage à l’acte III

- paradoxe final «regardait/rien voir» : Il est enfin aux Enfers qu’il a tant recherchés. Est-il déçu, toujours digne et provocateur, repentant ? Non il est impénitent, toujours dans sa quête.

ENJEUX DE CETTE REECRITURE

1. On n’écrit pas dans le vide culturel (fort syncrétisme ici)

2. Pourquoi Dom Juan ? Ici l’impénitent nous rappelle le dandysme de Barbey mais aussi le Baudelaire de «La Mort» : «Plonger au fond du gouffre Enfer ou Ciel, qu’importe ? / Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !»

3. Nouveautés dans la chaîne des réécritures :

- l’Enfer

- les autres semblent plus condamnés que lui

- cohérence avec le caractère du D.J. de Molière : on est bien dans le domaine de la transposition.

Source: http://www.lettres.ac-aix-marseille.fr/


   

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