Synthèse : La pensée de Camus gravite autour de l'absurde, ce sentiment qui surgit lorsque l'irrationnel du monde entre en collision avec le désir de clarté de l'homme. Face à cette absurdité, l'individu se retrouve confronté à l'angoisse existentielle, remettant en question le sens de son existence. Camus prône la révolte comme réponse à ce malaise, une révolte qui consiste à affronter l'obscurité de soi-même sans chercher de consolation métaphysique.
La révolte transforme la vie de l'homme en lui apportant une lucidité nouvelle sur sa condition mortelle. Désormais libre, il se tourne vers le présent, renonçant aux illusions d'un avenir incertain. La révolte, au-delà de l'absurde, devient un engagement constant pour le révolté, le poussant à lutter contre les injustices et à rechercher l'unité et la cohérence dans un monde marqué par la souffrance.
Le révolté, loin d'être un révolutionnaire, se veut un réformiste qui agit par amour pour ses semblables. Sa révolte s'exprime dans des actions concrètes et immédiates, basées sur l'amour du présent et des réalités tangibles. Ainsi, l'amour et la révolte se rejoignent dans la quête d'un monde plus juste, fraternel et humain, où la lutte contre la haine et l'injustice guide ses pas.
Il est une notion qui tient une place essentielle dans la pensée de Camus celle d'absurde. Il ressort du Mythe de Sisyphe que le sentiment de l'absurde naît, chez l'homme, de la confrontation de cet irrationnel qui préside aux destinées du monde avec le désir de clarté qu'il y a en tout homme. L'homme vit et meurt sans même se rendre compte qu'il a vécu ; sa vie se déroule dans l'automatisme des gestes, la monotonie : «Lever, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil, et lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi sur le même rythme». Tout cela est vécu aisément jusqu'au jour où le sentiment fortuit de l'absurdité provoque un malaise. C'est alors que l'homme se pose des questions sur le pourquoi de son existence ; il s'aperçoit qu'il n'est rien d'autre qu'un mort en sursis, c'est alors que l'angoisse le saisit.
Comment réagir devant ce sentiment nouveau ? Camus rejette le suicide la vie doit être vécue, même si-elle est dépourvue de sens ; de même il écarte «l'espoir» - «les métaphysiques de consolation» - car l'espoir veut donner un sens à tout, même à l'absurde qui, de ce fait, s'évanouit. La seule réponse est la révolte définie ainsi : «Elle est un confrontement perpétuel de l'homme et de sa propre obscurité. Elle est exigence d'une impossible transparence. Elle remet le monde en question à chacune des secondes». Le révolté est donc celui qui consent à supporter le poids de la vie tout en sachant que sa révolte n'apporte pas de solution satisfaisante.
Dès lors la vie change ; l'homme est lucide désormais, il sait qu'il est mortel. Tout ce par quoi il tentait de donner un sens à sa vie - les principes, les habitudes, l'espoir de faire une belle carrière, de passer une agréable retraite -, tout cela «se trouve démenti d'une façon vertigineuse par l'absurdité d'un mort possible». L'homme est libre désormais car il sait qu'il n'y a pas de lendemain pour lui. De ce fait, sa vie se trouve modifiée : il goûte l'instant présent, plus concret qu'un avenir hypothétique susceptible d'être remis en question par la mort - «Le présent et la succession des présents. c'est l'idéal absurde» -. Il s'agit de «vivre le plus», de collectionner le plus grand nombre possible de sensations, d'expérience. Mais derrière chaque sensation la conscience est présente, présence qui donne à cette sensation toute son intensité.
Avec l'Homme révolté la notion de révolte prend le pas sur celle d'absurde qui n'apparaît plus que comme un point de départ. Alors que le Mythe de Sisyphe posait la question du suicide, l'Homme révolté pose celle du meurtre qui nous amène à prendre conscience des autres. Le révolté est un homme qui s'ouvre à autrui, qui ne vit pas égoïstement. Épris de clarté, il aspire de tout son être à L'unité, à la cohérence et lutte contre tout ce qui dans le monde contredit cette unité, notamment la souffrance des innocents : «Ce n'est pas la souffrance de l'enfant qui est révoltante en elle-même, mais le fait que cette souffrance ne soit pas justifiée. L'insurrection contre le mal demeure avant tout une revendication d'unité». Le combat du révolté est incessant ; le révolté se dresse contre toutes les formes du mal inhérent à la nature humaine, mais il sait très bien que son combat est interminable car il aura beau diminuer la souffrance d'autrui, atténuer les injustices, lorsque tout aura été fait, il restera encore la mort de l'enfant innocent :
«L'homme peut maîtriser en lui tout ce qui doit être. Il doit réparer dans la création tout ce qui peut l'être. Après quoi les enfants mourront toujours injustement, même dans la société parfaite. Dans son plus grand effort, l'homme ne peut que se proposer de diminuer arithmétiquement la douleur du monde. Mais l'injustice et la souffrance demeureront et, si limitées soient-elles, elles ne cesseront pas d'être le scandale» (L'homme révolté, coll. Idées Gallimard p. 363). Le mal est donc aux yeux de Camus une réalité indéniable que l'on ne peut tenter de supprimer qu'en utilisant des moyens totalitaires - - ce que réprouve Camus - ; le révolté doit consentir à vivre au niveau de la confrontation du bien et du mal. Il s'agit pour lui d'être ni trop désespéré, ni trop confiant. Cela étant, quelle sera son action ?
Le révolté n'est pas un révolutionnaire, c'est plutôt un «réformiste». Il rejette la non-violence aussi bien que la violence -seule justification de la violence quand l'excès d'injustice la rend inévitable -. D'une façon générale, le révolté est celui qui aime ses semblables et, pour cela, tente d'améliorer leur sort. Mais c'est un homme réaliste, son amour est un amour
- du tangible : «Si la révolte veut une révolution (= un changement), elle la veut en faveur de la
vie, non contre elle. C'est pourquoi elle s'appuie d'abord sur les réalités les plus concrètes : la
profession, le village où transparaissent l'être, le cœur vivant des choses et des hommes »
- du présent : c'est aujourd'hui, et non plus tard qu'il faut aider autrui car « la vraie générosité
envers l'avenir consiste à tout donner au présent »
- du relatif car l'amour de l'absolu devient vite de la haine et conduit au meurtre. Aimer les
siens, les choses humbles, la terre et surtout les plus défavorisés, là est l'authentique amour.
L'amour et la révolte ne sont donc pas incompatibles ; la révolte telle que la définit Camus n'est ni la haine, ni l'envie, ni le désir de dominer. Elle est lutte contre la haine, elle est source de sacrifices, elle est désintéressement. Bref, le révolté sera avant tout celui qui luttera, dans l'amour des autres, pour un monde plus juste, plus fraternel, plus humain.
Source: A N I
Comment réagir devant ce sentiment nouveau ? Camus rejette le suicide la vie doit être vécue, même si-elle est dépourvue de sens ; de même il écarte «l'espoir» - «les métaphysiques de consolation» - car l'espoir veut donner un sens à tout, même à l'absurde qui, de ce fait, s'évanouit. La seule réponse est la révolte définie ainsi : «Elle est un confrontement perpétuel de l'homme et de sa propre obscurité. Elle est exigence d'une impossible transparence. Elle remet le monde en question à chacune des secondes». Le révolté est donc celui qui consent à supporter le poids de la vie tout en sachant que sa révolte n'apporte pas de solution satisfaisante.
Dès lors la vie change ; l'homme est lucide désormais, il sait qu'il est mortel. Tout ce par quoi il tentait de donner un sens à sa vie - les principes, les habitudes, l'espoir de faire une belle carrière, de passer une agréable retraite -, tout cela «se trouve démenti d'une façon vertigineuse par l'absurdité d'un mort possible». L'homme est libre désormais car il sait qu'il n'y a pas de lendemain pour lui. De ce fait, sa vie se trouve modifiée : il goûte l'instant présent, plus concret qu'un avenir hypothétique susceptible d'être remis en question par la mort - «Le présent et la succession des présents. c'est l'idéal absurde» -. Il s'agit de «vivre le plus», de collectionner le plus grand nombre possible de sensations, d'expérience. Mais derrière chaque sensation la conscience est présente, présence qui donne à cette sensation toute son intensité.
Avec l'Homme révolté la notion de révolte prend le pas sur celle d'absurde qui n'apparaît plus que comme un point de départ. Alors que le Mythe de Sisyphe posait la question du suicide, l'Homme révolté pose celle du meurtre qui nous amène à prendre conscience des autres. Le révolté est un homme qui s'ouvre à autrui, qui ne vit pas égoïstement. Épris de clarté, il aspire de tout son être à L'unité, à la cohérence et lutte contre tout ce qui dans le monde contredit cette unité, notamment la souffrance des innocents : «Ce n'est pas la souffrance de l'enfant qui est révoltante en elle-même, mais le fait que cette souffrance ne soit pas justifiée. L'insurrection contre le mal demeure avant tout une revendication d'unité». Le combat du révolté est incessant ; le révolté se dresse contre toutes les formes du mal inhérent à la nature humaine, mais il sait très bien que son combat est interminable car il aura beau diminuer la souffrance d'autrui, atténuer les injustices, lorsque tout aura été fait, il restera encore la mort de l'enfant innocent :
«L'homme peut maîtriser en lui tout ce qui doit être. Il doit réparer dans la création tout ce qui peut l'être. Après quoi les enfants mourront toujours injustement, même dans la société parfaite. Dans son plus grand effort, l'homme ne peut que se proposer de diminuer arithmétiquement la douleur du monde. Mais l'injustice et la souffrance demeureront et, si limitées soient-elles, elles ne cesseront pas d'être le scandale» (L'homme révolté, coll. Idées Gallimard p. 363). Le mal est donc aux yeux de Camus une réalité indéniable que l'on ne peut tenter de supprimer qu'en utilisant des moyens totalitaires - - ce que réprouve Camus - ; le révolté doit consentir à vivre au niveau de la confrontation du bien et du mal. Il s'agit pour lui d'être ni trop désespéré, ni trop confiant. Cela étant, quelle sera son action ?
Le révolté n'est pas un révolutionnaire, c'est plutôt un «réformiste». Il rejette la non-violence aussi bien que la violence -seule justification de la violence quand l'excès d'injustice la rend inévitable -. D'une façon générale, le révolté est celui qui aime ses semblables et, pour cela, tente d'améliorer leur sort. Mais c'est un homme réaliste, son amour est un amour
- du tangible : «Si la révolte veut une révolution (= un changement), elle la veut en faveur de la
vie, non contre elle. C'est pourquoi elle s'appuie d'abord sur les réalités les plus concrètes : la
profession, le village où transparaissent l'être, le cœur vivant des choses et des hommes »
- du présent : c'est aujourd'hui, et non plus tard qu'il faut aider autrui car « la vraie générosité
envers l'avenir consiste à tout donner au présent »
- du relatif car l'amour de l'absolu devient vite de la haine et conduit au meurtre. Aimer les
siens, les choses humbles, la terre et surtout les plus défavorisés, là est l'authentique amour.
L'amour et la révolte ne sont donc pas incompatibles ; la révolte telle que la définit Camus n'est ni la haine, ni l'envie, ni le désir de dominer. Elle est lutte contre la haine, elle est source de sacrifices, elle est désintéressement. Bref, le révolté sera avant tout celui qui luttera, dans l'amour des autres, pour un monde plus juste, plus fraternel, plus humain.
Source: A N I