⇠ Steinbeck - Les Raisins de la colère - la crise de 1929

Steinbeck - Les Raisins de la colère - présentation du roman

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Synthèse : Publiés en 1939, dix ans après la faillite de Wall Street qui marquera les débuts de la "grande dépression", et ne cessera plus de hanter la conscience collective américaine, les Raisins de la colère sont une œuvre majeure de la littérature du v

Publiés en 1939, dix ans après la faillite de Wall Street qui marquera les débuts de la "grande dépression", et ne cessera plus de hanter la conscience collective américaine, les Raisins de la colère sont une œuvre majeure de la littérature du vingtième siècle. L'histoire, qui s'étend sur trois mois, raconte l'épopée tragique d'une famille de métayers, les Joad, dépossédés de leur terre par la mécanisation de l'agriculture et l'inhumanité du grand capital face à la petite propriété.

Victimes de prospectus alléchants dont la propagande leur fait miroiter un salaire élevé en échange d'un travail dans les vergers de Californie, les Joad, comme des centaines de milliers d'autres "Okies" (les habitants pauvres de l'Oklahoma), se jettent sur la route 66 pour émigrer d'est en ouest vers la Californie, nouvelle "terre promise"... Mais cette ruée vers l'or se révèlera illusoire : à leur arrivée, les familles ne trouveront que misère et dénuement.

Écrivain engagé, très impliqué dans la vie de son temps, Steinbeck a souvent rencontré les paysans, vécu à leurs côtés, ce qui explique l'importance dans ce passage, comme dans tout le roman, des descriptions à portée sociale, largement redevables à la tradition naturaliste française. Ainsi l'auteur dénonce-t-il, à travers la lutte qui oppose les riches propriétaires et les "Okies", le processus irréversible de déshumanisation entraîné par l'agriculture mécanisée et la loi du profit, qui en détruisant le lien entre l'homme et la nature, apparaît comme l'aliénation de l'homme à l'argent.

Mais si le roman met tout d'abord en lumière l'envers du "rêve américain", il peut faire par ailleurs l'objet d'un déchiffrement symbolique : c'est ainsi que le long périple des Okies sur la route 66 peut se lire comme "la réécriture du récit de l'Exode [qui] vient structurer le roman de Steinbeck en lui offrant une « charpente » narrative aisément identifiable, grâce aux éléments faisant clairement référence au texte biblique" (*). Ces propos de Julien Ribot permettent de mieux comprendre la dimension allégorique du récit de Steinbeck, dont le style souvent emphatique peut faire aisément songer à certaines prophéties de l'Apocalypse :

Il y a là un crime si monstrueux qu'il dépasse l'entendement.
Il y a là une souffrance telle qu'elle ne saurait être symbolisée par les larmes. [...]. Dans l'âme des gens, les raisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant les vendanges prochaines.

Sur un plan plus politique et philosophique, le texte de Steinbeck se nourrit d'une réflexion importante sur le thème de la justice : face au déterminisme inflexible des lois économiques qui dénaturent l'humanité de l'homme, Steinbeck prend la défense des opprimés à travers un récit qui, refusant l'impasse du roman psychologique, donne à la lutte pour la justice sociale une dimension épique : le parcours des Joad sur la route 66 est aussi un parcours initiatique ; à l'itinéraire géographique se substituent peu à peu le voyage spirituel et la prise de conscience existentielle, qui amènent Steinbeck à travers les Okies, à s'interroger avec une terrible clairvoyance, sur les dérives du capitalisme, où seule la rentabilité détermine le légitime.

La question que nous pose Steinbeck est donc la suivante : Quelle éthique attendre d'une société uniquement fondée sur le profit, sacrifiant les valeurs humaines à la loi du capital, et animalisant les êtres humains selon une logique darwinienne ? Ce puissant lien thématique entre l'exode des Okies et la réflexion politico-morale conduit Steinbeck à passer de la vigoureuse diatribe au plaidoyer humaniste : contre le capitalisme technocratique, le monde n'a d'autre atout que l'homme même. Pour l'auteur, la liberté et l'amour ne font qu'un ; de même que l'homme avec la terre. C'est pourquoi il nous faut retrouver le lien familial et social, l'enracinement à la terre, seuls remèdes pour réinventer, dans un monde qui a perdu toute mesure, une humanité renouvelée à la mesure de l'homme...

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