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Hugo - Les Contemplations - IV, 5 - Elle avait pris ce pli

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Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin

De venir dans ma chambre un peu chaque matin;


Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère;


Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père;


Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait


Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,


Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe.


Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,


Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,


Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent


Quelque arabesque folle et qu'elle avait tracée,


Et mainte page blanche entre ses mains froissée


Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.


Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,


Et c'était un esprit avant d'être une femme.


Son regard reflétait la clarté de son âme.


Elle me consultait sur tout à tous moments.


Oh! que de soirs d'hiver radieux et charmants


Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,


Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère


Tout près, quelques amis causant au coin du feu !


J'appelais cette vie être content de peu !


Et dire qu'elle est morte! Hélas! que Dieu m'assiste !


Je n'étais jamais gai quand je la sentais triste;


J'étais morne au milieu du bal le plus joyeux


Si j'avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.



Le poème "Elle avait pris ce pli" est le cinquième poème du livre IV qui en compte dix-sept. Ce poème, c’est la nostalgie d’un bonheur perdu. Victor Hugo nous invite à partager le beau souvenir qu’il garde de sa fille et le sentiment de la peine qu’il éprouve des années après sa mort.
La plus grande partie du poème nous décrit la complicité, l’entente profonde qui existait entre lui, père et poète, et sa fille.


   

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