Synthèse : Une pluie mélancolique s'abat sur la ville, résonnant en écho avec les larmes invisibles du cœur du poète, Verlaine. Cette langueur inexpliquée, dépourvue de trahison ou de cause apparente, enveloppe l'âme d'un deuil sans raison, accentuant le sentiment de vacuité. La musicalité des vers, à l'image d'une ariette, traduit cette douleur diffuse et insaisissable, où l'ennui s'unit à la pluie dans une symphonie de tristesse. L'identification entre la pluie et les larmes devient le fil conducteur de cette exploration poétique de la mélancolie, où l'absence d'amour ou de haine ne fait qu'intensifier la peine ressentie.
Ariette III
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?
0 bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie
0 le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui écoeure.
Quoi ! nulle trahison ? ...
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?
0 bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie
0 le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui écoeure.
Quoi ! nulle trahison ? ...
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!
Poème extrait de la section Ariettes oubliées de Romances sans paroles
Notes:
De l’italien arietta (petit air), l’ariette est, en musique, un petit air léger et détaché, à l’imitation de la musique italienne. Les cantates, les petits opéras et les opéras-comiques sont mêlés de récitatifs et d’ariettes. L’ariette a ensuite changé de sens, en France, pour signifier un grand morceau de musique d’un mouvement pour l’ordinaire assez gai et marqué, qui se chante avec des accompagnements de symphonie : les ariettes sont communément en rondeau.
C’est aussi une forme poétique inventée par Tristan Corbière, qui est un rondeau réduit de 13 vers à 12 vers. Il se construit sur 2 rimes et adopte traditionnellement comme refrain le 1ervers, répété aux 7ème et 12ème vers. Sa forme est : ABBA ABA A BBAA
Il pleure dans mon coeur...:
4 quatrains de 4 hexasyllabes (6) (strophes carrées), rimes sur le modèle ABAA (alternance ♂ et ♀), même mot à la fin du 1er et du 4e vers.
L’épigraphe de Rimbaud est douteuse.
Variation sur la mélancolie, un malaise auquel Verlaine cherche plus à donner une couleur qu’à l’exorciser. La transparence de l’eau et la limpidité des vers se fondent pour traduire le vide d’une conscience en proie à l’ennui. L’identification pluie/larme est la ligne directrice du poème.