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Baudelaire - Les Fleurs du mal - Spleen et Idéal - À Une dame créole - analyse

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Baudelaire - Spleen et idéal - À Une dame créole - analyse

Synthèse : Le premier sonnet de Baudelaire se distingue par sa structure complexe et sa progression sémantique subtile. Les quatrains et tercets présentent des constructions syntaxiques variées, créant des attentes et des surprises pour le lecteur. Le premier quatrain ménage un suspense autour du sujet principal, tandis que le deuxième joue sur la juxtaposition et l'ambiguïté syntaxique. Les tercets résolvent les tensions introduites précédemment, avec une organisation rythmique équilibrée. Baudelaire manipule habilement la syntaxe pour susciter des effets de sens et jouer avec les attentes du lecteur, insufflant ainsi une harmonie particulière à l'ensemble du poème. L'adjonction des qualités de la dame crée un effet d'hyperbole, renforcé par des changements de rythme et de destinataire, ainsi que par l'utilisation de temps verbaux variés. Le thème du voyage, présent de manière implicite, contribue à l'atmosphère onirique et introspective qui caractérise ce sonnet baudelairien.


C’est le premier sonnet publié par Baudelaire. Il comporte 3 phrases. Chaque quatrain est autonome. Les structures de chaque phrase dans les 2 quatrains sont très différentes. Dans les tercets, on a : une subordonnée hypothétique + une principale + une relative. Ces trois phrases définissent des progressions de sens différentes. La première ménage un suspense : les circonstances annexes prolifèrent. On tourne autour du sujet. Un poids énorme est accordé à la caractérisation. Le thème de ce premier quatrain est en fait suspendu deux fois. Il n’apparaît qu’au v. 4. Cependant, dès le v. 2 la principale est amorcée (« J’ai connu »). Mais le sens est différé par des compléments circonstanciels et une relative : il y a une segmentation maximale, dans une visée de mise en relief de la dame. L’attente créée par la syntaxe n’est pas douloureuse : un rythme harmonieux est engendré par le fait que les caractérisants sont non pas alignés mais enchâssés. La phrase du premier quatrain est faite de mouvements suscités par la syntaxe et adoucis en même temps. L’ampleur du mouvement est accentuée par l’enjambement du v.2 au v. 3.
La deuxième phrase est très différente. La juxtaposition succède à l’hypotaxe. On a 3 propositions indépendantes asyndétiques. Aucune attente v. 5-7-8 : rythme binaire. Le vers 6 crée une surprise par la rupture de structure du portrait : on n’a plus une prédication, mais un sujet + COD. Effet de surprise syntaxique aussi dans la troisième proposition, à cause de l’ambiguïté engendrée par le gérondif (à quoi est-il incident ? À « Grande et svelte » ou à « son sourire est tranquille » ?) et par l’absence de ponctuation qui fait que l’on hésite sur l’attribution du complément de comparaison : marche-t-elle comme une chasseresse ou est-elle « grande et svelte comme une chasseresse » lorsqu’elle marche ? l’ambiguïté syntaxique est voulue par Baudelaire, qui avait d’abord mis une virgule après « en marchant », dans la version donnée à L’Artiste, et qui l’a ensuite supprimée (la comparaison s’appliquait alors à « grande et svelte »). La mobilité du sens ainsi produite convient bien à la mobilité de la dame.
Dans la phrase des tercets, la protase précède l’apodose, qui commence au 2e tercet. On a deux strophes distinctes, mais moins autonomes que les quatrains. En effet, le 2nd tercet est la résolution de l’accord proposé dans le premier. Les deux temps logiques de la phrase sont matérialisés par l’espace. L’ordre des rimes sépare bien les deux tercets, néanmoins le dernier vers du premier tercet appelle le dernier vers du 2nd. D’autre part, l’égale longueur des tercets donne un poids égal à l’apodose et à la protase (cadence neutre). Cette cadence neutre contribue à donner son harmonie à l’ensemble du poème.
Au sein du 2nd tercet, on retrouve le phénomène d’attente du dernier vers, constitué d’une relative explicative à valeur d’hyperbate : c’est ainsi que Baudelaire recrée, mais sur un plan grammatical, la traditionnelle « pointe » du sonnet. En effet, sur le plan informationnel, c’est un élément non essentiel, non surprenant qui est porté à notre connaissance. Baudelaire joue ici avec l’horizon d’attente du lecteur de sonnets.
L’organisation générale d’un sonnet est porteuse de sens. Ici, il y a adjonction : les qualités de la dame s’additionnent => effet d’hyperbole. André Gendre1 note que l’adjonction est le mouvement le plus employé des sonnets baudelairiens, cela produit un effet d’harmonie. La monotonie qui risquerait de surgir est brisée par un certain nombre de procédés stylistiques : il change le rythme à chaque phrase (cadence mineure forte dans la première phrase ; mouvement brisé dans la deuxième phrase : on a des images métonymiques de la femme ; puis, dans la troisième phrase, mouvement ample et cadence neutre), il réactualise en changeant de destinataire à partir du premier tercet (une dame => vous), il utilise les verbes à des temps accomplis ou au présent de caractérisation générale, ou au mode conditionnel à valeur de potentiel ou d’irréel, ce qui engendre une immobilité descriptive, combattue par la thématique du voyage qui parcourt le texte. « Au pays parfumé » s’opposent « les bords de la Seine », « la verte Loire ». Ainsi le voyage, toujours occulté, renvoyé dans le passé ou dans le rêve (l’irréel ou le potentiel) est sémantiquement omniprésent. On a dans ce sonnet une combinaison de l’immobilité et du déplacement qui constitue à proprement parler les caractéristiques du voyage intérieur, du rêve. A. Gendre parle de « mouvement qui ne déplace pas les lignes ».

Source: F D P

   

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