Ariette V
Son joyeux, importun, d’un clavecin sonore.
(Pétrus Borel.)
Le piano que baise une main frêle
Luit dans le soir rose et gris vaguement,
Tandis qu’avec un très léger bruit d’aile
Un air bien vieux, bien faible et bien charmant
Rôde discret, épeuré quasiment,
Par le boudoir longtemps parfumé d’Elle.
Qu’est-ce que c’est que ce berceau soudain
Qui lentement dorlote mon pauvre être ?
Que voudrais-tu de moi, doux Chant badin ?
Qu’as-tu voulu, fin refrain incertain
Qui vas tantôt mourir vers la fenêtre
Ouverte un peu sur le petit jardin ?
Poème extrait de la section Ariettes oubliées du recueil Romances sans paroles
Notes:
De l’italien arietta (petit air), l’ariette est, en musique, un petit air léger et détaché, à l’imitation de la musique italienne. Les cantates, les petits opéras et les opéras-comiques sont mêlés de récitatifs et d’ariettes. L’ariette a ensuite changé de sens, en France, pour signifier un grand morceau de musique d’un mouvement pour l’ordinaire assez gai et marqué, qui se chante avec des accompagnements de symphonie : les ariettes sont communément en rondeau.
C’est aussi une forme poétique inventée par Tristan Corbière, qui est un rondeau réduit de 13 vers à 12 vers. Il se construit sur 2 rimes et adopte traditionnellement comme refrain le 1ervers, répété aux 7ème et 12ème vers. Sa forme est : ABBA ABA A BBAA
Le piano que baise une main frêle....:
2 sizains en décasyllabes, ABABBA-CDCCDC (A et D ♀, B et C ♂). Epigraphe tirée de « Doléance », Rhapsodies (1832) de Petrus Borel, poète romantique (1809-1859).
Mais le poème évoque une autre référence : « Fantaisie » de Nerval qui faisait appel au phénomène de la « mémoire involontaire » théorisé par Proust. Mais ici, malgré le croisement des sensations auditives, visuelles et tactiles, le souvenir semble flou et brouillé. Il n’en reste que la ligne mélodique.