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Verlaine - Ariette V - Le piano que baise une main frêle

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Synthèse : Dans ce poème extrait des Ariettes oubliées, la musique d'un piano, caressée par une main délicate, évoque un univers de sensations subtiles et évanescentes. Le décor, baigné de teintes rosées et grises, sert d'écrin à un air ancien, presque timide, qui semble flotter dans l'atmosphère d'un boudoir empreint de souvenirs. Ce chant, à la fois badin et incertain, suscite une oscillation entre le passé et le présent, comme un berceau berçant doucement l'âme du poète. La mélodie, fragile et fugace, s'échappe discrètement par une fenêtre entrouverte sur un jardin, laissant derrière elle une impression de douce mélancolie. Le poème, par son jeu sur les sensations et la mémoire, rappelle les résonances proustiennes de la mémoire involontaire, bien que le souvenir ici demeure diffus et insaisissable.

Ariette V

Son joyeux, importun, d’un clavecin sonore.

(Pétrus Borel.)


Le piano que baise une main frêle
Luit dans le soir rose et gris vaguement,
Tandis qu’avec un très léger bruit d’aile
Un air bien vieux, bien faible et bien charmant
Rôde discret, épeuré quasiment,
Par le boudoir longtemps parfumé d’Elle.

Qu’est-ce que c’est que ce berceau soudain
Qui lentement dorlote mon pauvre être ?
Que voudrais-tu de moi, doux Chant badin ?
Qu’as-tu voulu, fin refrain incertain
Qui vas tantôt mourir vers la fenêtre
Ouverte un peu sur le petit jardin ?



Poème extrait de la section Ariettes oubliées du recueil Romances sans paroles

Notes:

De l’italien arietta (petit air), l’ariette est, en musique, un petit air léger et détaché, à l’imitation de la musique italienne. Les cantates, les petits opéras et les opéras-comiques sont mêlés de récitatifs et d’ariettes. L’ariette a ensuite changé de sens, en France, pour signifier un grand morceau de musique d’un mouvement pour l’ordinaire assez gai et marqué, qui se chante avec des accompagnements de symphonie : les ariettes sont communément en rondeau.
C’est aussi une forme poétique inventée par Tristan Corbière, qui est un rondeau réduit de 13 vers à 12 vers. Il se construit sur 2 rimes et adopte traditionnellement comme refrain le 1ervers, répété aux 7ème et 12ème vers. Sa forme est : ABBA ABA A BBAA

Le piano que baise une main frêle....:
2 sizains en décasyllabes, ABABBA-CDCCDC (A et D ♀, B et C ♂). Epigraphe tirée de « Doléance », Rhapsodies (1832) de Petrus Borel, poète romantique (1809-1859).
Mais le poème évoque une autre référence : « Fantaisie » de Nerval qui faisait appel au phénomène de la « mémoire involontaire » théorisé par Proust. Mais ici, malgré le croisement des sensations auditives, visuelles et tactiles, le souvenir semble flou et brouillé. Il n’en reste que la ligne mélodique.


   

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