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Barbey d'Aurevilly: sa vie, son oeuvre

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SynthĂšse : Barbey d’Aurevilly, figure complexe et souvent mĂ©connue, fut Ă  la fois poĂšte, journaliste et moraliste, dont l’Ɠuvre, profondĂ©ment ancrĂ©e dans le catholicisme et l’antimodernisme, s’oppose Ă  la dĂ©christianisation du XXIe siĂšcle. Son parcours, marquĂ© par une Ă©volution politique paradoxale, le conduit d’idĂ©es rĂ©publicaines Ă  un ultramontanisme fervent, influençant durablement son Ɠuvre. Le succĂšs de «L’EnsorcelĂ©e» en 1852 marque un tournant, lui assurant une reconnaissance littĂ©raire, bien que son style et ses thĂšmes, notamment la passion et le scandale, suscitent polĂ©miques et critiques. L’auteur, qui n’hĂ©site pas Ă  dĂ©fendre «Les Fleurs du Mal» et Ă  s’attaquer aux «MisĂ©rables», exprime dans ses romans et nouvelles, comme «Une vieille maĂźtresse» et «Les Diaboliques», une vision sombre de l’amour et une nostalgie monarchiste, s’inscrivant dans une esthĂ©tique fin de siĂšcle. MalgrĂ© les controverses, Barbey d’Aurevilly a comptĂ© parmi ses admirateurs des figures marquantes du XIXe siĂšcle, laissant derriĂšre lui une Ɠuvre riche et singuliĂšre, traversĂ©e par une plume critique acĂ©rĂ©e.

Essentiellement connu, de nos jours, pour ses Diaboliques, Ɠuvre tardive, et son Ă©tude sur le dandysme, Barbey d’Aurevilly fut Ă©galement un poĂšte et un journaliste dont l’Ɠil critique s’exerça aussi bien sur la sociĂ©tĂ© mondaine de la capitale que sur celle des villages les plus retirĂ©s de la Normandie. Moraliste scandaleux, converti ultramontain, styliste virulent, il apparaĂźt de plus en plus obscur au lectorat dĂ©christianisĂ© du 21e siĂšcle tant son Ɠuvre, antimoderne, puise son inspiration dans une complexe mystique catholique.

Émancipation politique

Jules AmĂ©dĂ©e Barbey d’Aurevilly naĂźt Ă  Saint-Sauveur-le-Vicomte en 1808, au sein d’une famille monarchiste et catholique. Durant ses Ă©tudes Ă  Valognes puis Ă  Caen, il se tourne cependant, sous l’influence de son oncle Pontas-DumĂ©ril, vers les idĂ©es rĂ©publicaines et dĂ©mocrates. Avec Guillaume-Stanislas Trebutien et son cousin ÉdĂ©lestand du MĂ©ril, il fonde la Revue de Caen (1832) puis La Revue critique de la philosophie, des sciences et de la littĂ©rature (1834). Il lie Ă©galement une amitiĂ© durable avec Maurice de GuĂ©rin, Ă  qui il dĂ©die en 1835 son poĂšme en prose AmaĂŻdĂ©. Son revirement politique le conduit Ă  se brouiller avec sa famille en 1836, ce qui le tient Ă©loignĂ© de la Normandie natale pendant une vingtaine d’annĂ©es.

Il commence une carriĂšre de journaliste au Nouvelliste en 1838. Un an plus tard, il quitte cependant sa rĂ©daction, avant d’entrer au Globe (1840) puis au Journal des dĂ©bats (1844-1845). Il frĂ©quente alors le salon catholique et lĂ©gitimiste de Mme de Maistre, et, dandy lui-mĂȘme, s’intĂ©resse Ă  la figure de George Brummell (Du dandysme et de George Brummel, 1845). La mĂȘme annĂ©e, il commence son grand roman Une vieille maĂźtresse, qui sera publiĂ© six ans plus tard. Celui-ci met en scĂšne la passion inextinguible entre Ryno de Marigny et son ancienne maĂźtresse, la magnĂ©tique señora Vellini, des salons parisiens Ă  la campagne du Cotentin.

Premier vrai succĂšs

La fin des annĂ©es 1840 est pour Barbey d’Aurevilly le moment d’une crise personnelle profonde. Il achĂšve alors la reconversion spirituelle et politique entamĂ©e au sein du salon de Mme de Maistre en fondant, en 1846, la SociĂ©tĂ© catholique, puis, en 1847, l’éphĂ©mĂšre Revue du Monde catholique, dont il est rĂ©dacteur en chef. Il revient ainsi aux positions politiques et religieuses dans lesquelles il a grandi en se reconnaissant dans l’ultramontanisme et le royalisme.

C’est en 1852 que l’Ɠuvre de celui qui n’est pas encore surnommĂ© « le connĂ©table des lettres Â» rencontre vĂ©ritablement le succĂšs : Barbey est rĂ©vĂ©lĂ© au public par L’EnsorcelĂ©e, court roman normand sur fond de chouannerie, d’abord publiĂ© en feuilletons dans L’AssemblĂ©e nationale, puis Ă©ditĂ© deux ans plus tard. Il a cependant dĂ©jĂ  Ă  son actif plusieurs romans et nouvelles (LĂ©a, 1832 ; L’Amour impossible, 1841 ; La Bague d’Annibal, 1842 ; Le Dessous de cartes d'une partie de whist, 1850 ; Une vieille maĂźtresse, 1851). Le projet de L’EnsorcelĂ©e n’est pas Ă©tranger Ă  la conversion de Barbey, qui le conduit Ă  fuir son temps, Ă  chercher son inspiration dans le passĂ©, et s’inscrit dans une sĂ©rie de chroniques normandes. L’écrivain puise dans ses souvenirs, mais aussi dans la mythologie normande, mĂȘlant souvent religion et superstitions. Le succĂšs du roman est dĂ©cisif : il octroie Ă  Barbey une position confortable dans le champ littĂ©raire, bien que l’écrivain conserve la posture d’un marginal.

Un auteur scandaleux ?

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, avec son retour Ă  la pratique religieuse, Barbey compose son Ɠuvre autour d’un projet apologĂ©tique assumĂ© et explicite. Cependant, son intĂ©rĂȘt pour l’art de peindre les passions entre parfois en conflit avec son image d’écrivain catholique aux yeux de la critique, au point de crĂ©er le scandale. Pour Barbey, l’artiste, qu’il soit catholique ou non, peut tout peindre, vice et vertu, sans devoir le condamner, s’il a Ă©tĂ© vrai dans sa peinture.

L’écrivain divise et crĂ©e la polĂ©mique par ses romans comme par sa critique. Ses articles en faveur des Fleurs du Mal (1857), contre Les MisĂ©rables (1862) ou ses prises de position rĂ©actionnaires dans Le Gaulois (1873) y contribuent, tout comme son roman Une vieille maĂźtresse et, de maniĂšre plus Ă©vidente, Les Diaboliques. Le recueil, en travail dĂšs 1868 et d’abord intitulĂ© Ricochets de conversation, rassemble des nouvelles dont certaines ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© publiĂ©es. Paru en 1874, l’ouvrage connaĂźt un grand succĂšs, mais il est attaquĂ© dans Le Charivari dĂšs sa sortie : Barbey et ses Ă©diteurs sont accusĂ©s d’outrage Ă  la morale publique et aux bonnes mƓurs. L’intervention de Gambetta sera nĂ©cessaire pour obtenir un non-lieu, prononcĂ© au dĂ©but de l’annĂ©e 1875.

Une esthétique fin de siÚcle

Les nouvelles et romans de Barbey d’Aurevilly donnent Ă  voir la passion amoureuse dans ce qu’elle a de plus destructeur et mettent en scĂšne des femmes tentatrices. Échos lointains de la vogue des histoires tragiques, ils sont marquĂ©s par l’idĂ©alisme noir, le manichĂ©isme et le goĂ»t de l’absolu. Ils expriment Ă©galement une profonde haine du progrĂšs et s’inscrivent dans la rĂ©action fin de siĂšcle au positivisme et au recul de la religion. L’Ɠuvre de Barbey d’Aurevilly tĂ©moigne plus gĂ©nĂ©ralement d’une nostalgie monarchiste, d’un fort attachement Ă  la noblesse et du refus absolu d’ĂȘtre moderne. Les romans de la chouannerie (L’EnsorcelĂ©e, Le Chevalier Des Touches, 1864) et Un prĂȘtre mariĂ© (1865) disent ainsi la nostalgie d’un temps prĂ©-rĂ©volutionnaire.

Longtemps ignorĂ© par son siĂšcle, mis Ă  mal tant par la critique catholique que par les rĂ©alistes, Barbey d’Aurevilly a cependant connu de son vivant quelques grands admirateurs comme Charles-Augustin Sainte-Beuve, Jules Janin, ThĂ©ophile Gautier et Charles Baudelaire. Il suscite par ailleurs crainte et vĂ©nĂ©ration par sa plume critique acĂ©rĂ©e. RĂ©unis dĂšs 1860 en volumes sous le titre Les ƒuvres et les Hommes, ses articles offrent au lecteur une traversĂ©e magistrale du 19e siĂšcle.

BNF


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