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Baudelaire - Les Fleurs du mal - Spleen et Idéal - Les Phares - analyse

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Les Phares - analyse

Synthèse : L'étude de « Les Phares » révèle l'intrication féconde de la poésie et de la critique d'art au sein de la modernité baudelairienne. L'article explore comment ce poème des *Fleurs du Mal* s'érige en une célébration subjective des arts, particulièrement de la peinture, et illustre la théorie des correspondances. À travers l'évocation d'artistes majeurs – de Vinci à Delacroix – Baudelaire compose un tableau de sa propre sensibilité, tout en incarnant sa conception d'une critique passionnée et créative, capable de se faire œuvre d'art. Le poète, en se faisant l'écho des « phares » qui illuminent l'humanité, opère une sélection de maîtres qui façonnent son esthétique et justifient une approche pédagogique axée sur l'analyse et la mise en perspective. Si la dimension didactique est nuancée, ce poème s'affirme comme un manifeste de la poésie comme critique et de la critique comme poésie.


Comment l'écriture poétique fait- elle pour rendre compte de l'œuvre d'art ? Comment un artiste

parle-t-il d'un autre artiste ? Parallèlement au rapprochement entre les arts, on assiste au XIXe siècle à la naissance d'une véritable critique d'art moderne, celle d'écrivains-critiques parmi lesquels Théophile Gautier ( à qui les Fleurs du mal sont dédicacées) et Baudelaire. L'émotion devant une œuvre peut inspirer un écrivain, se substituer à son émotion devant le monde réel.

Dans le poème « Les Phares », Baudelaire exprime l'originalité et la beauté des couleurs, des mouvements et des « sons » de certains tableaux. Rubens, Léonard de Vinci, Rembrandt, Michel-Ange, Watteau, Puget, Goya, Delacroix, Weber, c'est-à-dire des peintres, des sculpteurs, des graveurs, un musicien, s'y trouvent caractérisés et placés dans des réseaux de correspondances sensibles. Les arts deviennent une matière poétique, l'œuvre d'art contemporaine ou passée se fait inspiratrice, le rapprochement de deux sensibilités peut avoir lieu.

Rappellons la passion de Baudelaire pour la peinture et ses conceptions en matière de critique d'art : il souhaite une critique subjective, engagée, passionnée. Le critique doit selon lui refuser tout système et tout dogme, et se référer à la théorie des correspondances, c'est-à-dire considérer que les sens, au-delà du perceptible, renvoient à une unité mystérieuse du monde. « Les Phares » sont une illustration sensible de ces analogies entre peinture, musique et poésie. Par ailleurs, Baudelaire aime l'artifice, l'imagination créatrice, la culture, mais non la nature, ce qui explique sans doute la présence de Watteau, peintre des comédiens italiens. Il aime les couleurs intenses, ardentes et sauvages de Delacroix, la liberté de son imagination, la touche de mélancolie et de douleur qu'il décèle dans ses tableaux.

Dans « Les Phares », quatrième poème des Fleurs du mal (ou sixième selon les éditions), Baudelaire exprime son goût pour les arts plastiques. Dans son Salon de 1846, il écrit que « la meilleure critique » d'un tableau est « celle qui sera ce tableau réfléchi par un esprit intelligent et sensible. Ainsi le meilleur compte rendu d'un tableau pourra être un sonnet ou une élégie ». Il présente donc l'œuvre d'art comme source d'inspiration et explique pourquoi la critique d'art peut elle-même devenir œuvre d'art.

En rendant hommage aux artistes qui ont formé sa sensibilité, Baudelaire non seulement compose un poème, mais, en même temps, met en œuvre cette conception moderne de la critique. Ces maîtres, ces guides, ces grands artistes, le poète considère qu'ils éclairent l'humanité comme le feraient des phares (thème romantique). L'importance des recherches à mener sur ces artistes justifie un travail par groupes suivi d'une mise en commun en classe entière.

Malgré le refus de la poésie didactique par Baudelaire, la convocation de ces artistes « modèles » reste orientée et sélective.

Source: F M


   

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