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Chrétien de Troyes et le roman courtois

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la transposition du topos lyrique au service du roman

Synthèse : L'influence de la poésie courtoise dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes est indéniable, mais elle est subtilement intégrée à la structure narrative. L'extase amoureuse de Perceval devant les gouttes de sang symbolise son évolution chevaleresque et courtoise, marquant son passage de "nice" à chevalier accompli. Les personnages, tels que Perceval, Gauvain et Keu, sont positionnés dans une hiérarchie courtoise qui révèle leurs caractéristiques distinctes. La reconnaissance de la "courtoisie" de Perceval par Gauvain le consacre comme membre de la cour arthurienne, soulignant l'association étroite entre courtoisie et prouesse. Chrétien de Troyes mêle habilement les préoccupations courtoises et les exploits chevaleresques pour façonner le personnage de Perceval, soulignant son développement tant affectif que social au sein de la cour arthurienne.

L’assimilation de Perceval dans l’univers arthurien par la courtoisie : la transposition du topos lyrique au service du roman

L’influence de la poésie courtoise dans les romans de Chrétien de Troyes, et en particulier le Conte du Graal est très nette. Mais ces motifs sont mis au service du roman. Ils ne sont pas isolés, mais jouent un rôle fondamental dans la structure narrative de l’œuvre dans laquelle le romancier les a intégrés.

Ainsi, l’extase amoureuse de Perceval devant les trois gouttes de sang joue un rôle de première importance dans la structure de ce roman d’éducation, puisqu’elle signale l’accomplissement chevaleresque et courtois de celui qui auparavant n’était qu’un « nice ». C’est bien l’amour qui est au cœur de ces progrès : il ne faut pas oublier que le premier combat proprement chevaleresque que mène Perceval l’oppose à Anguinguerron, à la demande de Blanchefleur.

A travers ce motif, c’est à une typologie courtoise des personnages que nous avons affaire. Au sommet de cette hiérarchie se trouvent les figures jumelles de Perceval et de Gauvain. Entre les deux personnages existe une affinité qui n’a, au départ, même pas besoin de passer par la parole : Gauvain devine les dispositions secrètes de Perceval sans rien connaître de son histoire. Cette prédisposition se voit d’ailleurs par le fait que Gauvain apparaisse comme le détenteur des règles de savoir-vivre en appliquant notamment le précepte enseigné à Perceval par sa mère en s’enquérant du nom de son interlocuteur : p. 116. En bas de l’échelle se trouve Keu, qui se caractérise par ses paroles acerbes et envieuses, comme c’était déjà le cas dans la première scène où Perceval parvient à la cour du roi Arthur. L’attitude de Perceval est décryptée sans contresens par Gauvain et lorsque celui-ci lui donne confirmation de son intuition, il qualifie immédiatement les pensées du jeune homme de « courtoises ». p. 116 : Là encore la traduction Folio est maladroite, car elle supprime ce terme essentiel à la pensée médiévale :

« Cil pansers n’estoit pas vilains
Ençois estoit cortois et dolz »
= Cette pensée n’était pas vulgaire, mais courtoise et douce.

C’est grâce à cette reconnaissance de sa « courtoisie », Perceval est assimilé à la cour arthurienne. Mais il faut également remarquer l’imbrication de la courtoisie et de la prouesse dans ce passage. Cette indissociation est caractéristique de l’attitude de Perceval : il contemple les gouttes de sang et pense à Blanchefleur, mais il n’est pas descendu de cheval et il s’appuie sur sa lance. Perceval reste avant tout chevalier. La structure de l’épisode montre bien aussi les liens qui unissent amour et chevalerie : au début et à la fin, le centre d’intérêt essentiel est courtois, mais entre temps se produisent deux affrontements armés. Comme dans un effet de chiasme thématique, les préoccupations courtoises encadrent des péripéties chevaleresques, sans que ces dernières soient d’ailleurs dénuées de tout lien avec la courtoisie puisque la blessure infligée à Keu venge la demoiselle et donne à la prouesse de Perceval un sens. D’un topos courtois, Chrétien fait une étape décisive dans la construction de son personnage, puisque cette scène résume à la fois l’accomplissement individuel de Perceval (c’est un moment de maturation du personnage du point de vue affectif puisqu’il intériorise l’amour qu’il porte à Blanchefleur grâce à la mémoire involontaire) et son accomplissement social (en même temps qu’une expérience solitaire, c’est le moyen par lequel Perceval s’intègre à la cour arthurienne, deuxième étape dont la première était le combat contre le Chevalier Vermeil).

Source: http://www.lettres.ac-versailles.fr/spip.php?article437

   

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