Synthèse : Roman de 500 pages
Dans les années trente, en pleine crise économique, la famille Joad, de pauvres fermiers, est forcée, par la banque qui lui a prêté de l’argent, d’abandonner sa terre, dans le «Dust bowl» de l’Oklahoma où sévit une sécheresse dévastat
Roman de 500 pages
Dans les années trente, en pleine crise économique, la famille Joad, de pauvres fermiers, est forcée, par la banque qui lui a prêté de l’argent, d’abandonner sa terre, dans le «Dust bowl» de l’Oklahoma où sévit une sécheresse dévastatrice. Dans une guimbarde s’entassent le grand-père, la grand-mère, l’oncle John, Pa le tranquille, Ma l’invincrible, les enfants : Tom, qui sort de prison, Al le malin, Rose de Saron qui est mariée à un faible et enceinte de ses œuvres, Ruthie et Winfield, ainsi qu’un prédicateur errant, Casy. Ils partent chercher fortune en Californie où les agents d’immigration leur assurent qu’ils trouveront du travail. Au cours de l’interminable voyage, les plus faibles abandonnent la partie : les grands-parents meurent, le gendre et un fils désertent. Les survivants atteignent enfin la ‘’Terre promise’’. Mais ils ne rencontrent qu’hostilité, chômage, conditions de vie effroyables, colère et faim. Un peu de soleil vient un instant éclairer leur calvaire : ils quittent leur bidonville pour un camp gouvernemental bien organisé où la dignité humaine est respectée. Mais des troubles éclatent : Casy est tué par quelque vigile et Tom venge son ami. L’espoir que Rose de Saron portait en son sein meurt aussi. Il faut repartir. Le livre se clôt sur l’image antique de la jeune mère privée de son enfant donnant à un vieillard exténué le lait que la nature destinait au nouveau-né.
Commentaire
Le titre est un souvenir de l’‘’Apocalypse’’ où on lit : «La coupe de l’iniquité est pleine, les raisins de la colère sont mûrs, et maintenant Dieu les écrase».
Ce roman naturaliste est d’abord un relevé objectif des conditions misérables du prolétariat américain au cours des années trente, à la suite de la crise économique de 1929 qui atteignit le plus les journaliers, travailleurs saisonniers et itinérants que ne protégeaient alors aucune loi, aucun syndicat. Il montre l’aliénation des petits fermiers par la pauvreté, l’exploitation, la malnutrition ; les méfaits de la mécanisation de l’agriculture ; l’inhumanité du développement économique, l’injustice du système capitaliste ; la nécessité de la solidarité ; le rôle néfaste de la religion, sans pour autant tomber dans le pamphlet, car le discours idéologique est peu appuyé.
Les personnages positifs sont madame Joad, la mère, personnage sur qui repose toute l’entreprise de déplacement vers la Californie, et Tom Joad, le fils aîné qui finit par épouser les convictions de l’ex-pasteur Casy, autre personnage positif.
Mais, au plan du reportage, le roman, qui décrit un exode tragique, superpose l’épopée dérisoire de la famille Joad en route vers la terre promise de la Californie, avec la lutte des humains contre les éléments et contre les ennemis. Ce souffle épique est maintenu par un procédé voisin de celui du chœur : une série de chapitres généraux dans lesquels les thèmes sont développés en contrepoint.
La très haute valeur littéraire du roman, Steinbeck s'affirmant en pleine puissance de son talent, lui fit obtenir le prix Pulitzer. Or, s’il le considérai comme son meilleur travail, il avait néanmoins, estimant que cet écrit était trop révolutionnaire pour plaire au grand public, il conseilla à son éditeur un petit tirage. Le livre connut le succès. À cause du langage utilisé et des idées développées, il fut interdit dans plusieurs villes de Californie.
La réelle influence qu'il exerça sur la condition ouvrière américaine de l'époque le classe parmi les plus grands romans américains du XXe siècle et parmi les plus grands romans prolétariens.
En 1940, le roman fut adapté au cinéma par John Ford, avec Henri Fonda, Jane Darwell, John Carradine. Alors que Steinbeck témoignait d’un engagement social en prise directe sur l’actualité, Ford adopta une perspective plus universaliste : le propos demeurait généreux, mais le point de vue était plus religieux que politique. La recherche de la terre promise renvoie au mythe biblique de l’Exode. Et la conclusion, fort émouvante, est plus optimiste que celle du roman.
Le roman fut pour la première fois traduit en français par Karin de Hatker, en Belgique, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que le pays était occupé par les Allemands. Aussi la version définitive d’Albert Debaty, publiée en 1944, sous le titre de ‘’Grappes d’amertume’’, présenta-t-elle de nombreuses omissions, des additions, des modifications : les noms de Marx et Lénine furent supprimés, «the land» qui désigne le lopin de terre des fermiers de l’Oklahoma fut traduit par «le pays», la référence aux bombes, «proof that the spirit has not died», disparut, et aussi toute référence au mouvement ouvrier («the growing labor unity»). Ces modifications visaient à ce que le texte de Steinbeck serve les intérêts de l’Allemagne nazie, au mépris de sa signification originale. Une fois la guerre terminée, cette traduction fut placée sous séquestre et interdite de diffusion. En 1947, l’éditeur français Gallimard proposa alors sa traduction par Maurice Coindreau et Marcel Duhamel qui ajoutèrent des notes de bas de pages.
Source: C L
Dans les années trente, en pleine crise économique, la famille Joad, de pauvres fermiers, est forcée, par la banque qui lui a prêté de l’argent, d’abandonner sa terre, dans le «Dust bowl» de l’Oklahoma où sévit une sécheresse dévastatrice. Dans une guimbarde s’entassent le grand-père, la grand-mère, l’oncle John, Pa le tranquille, Ma l’invincrible, les enfants : Tom, qui sort de prison, Al le malin, Rose de Saron qui est mariée à un faible et enceinte de ses œuvres, Ruthie et Winfield, ainsi qu’un prédicateur errant, Casy. Ils partent chercher fortune en Californie où les agents d’immigration leur assurent qu’ils trouveront du travail. Au cours de l’interminable voyage, les plus faibles abandonnent la partie : les grands-parents meurent, le gendre et un fils désertent. Les survivants atteignent enfin la ‘’Terre promise’’. Mais ils ne rencontrent qu’hostilité, chômage, conditions de vie effroyables, colère et faim. Un peu de soleil vient un instant éclairer leur calvaire : ils quittent leur bidonville pour un camp gouvernemental bien organisé où la dignité humaine est respectée. Mais des troubles éclatent : Casy est tué par quelque vigile et Tom venge son ami. L’espoir que Rose de Saron portait en son sein meurt aussi. Il faut repartir. Le livre se clôt sur l’image antique de la jeune mère privée de son enfant donnant à un vieillard exténué le lait que la nature destinait au nouveau-né.
Commentaire
Le titre est un souvenir de l’‘’Apocalypse’’ où on lit : «La coupe de l’iniquité est pleine, les raisins de la colère sont mûrs, et maintenant Dieu les écrase».
Ce roman naturaliste est d’abord un relevé objectif des conditions misérables du prolétariat américain au cours des années trente, à la suite de la crise économique de 1929 qui atteignit le plus les journaliers, travailleurs saisonniers et itinérants que ne protégeaient alors aucune loi, aucun syndicat. Il montre l’aliénation des petits fermiers par la pauvreté, l’exploitation, la malnutrition ; les méfaits de la mécanisation de l’agriculture ; l’inhumanité du développement économique, l’injustice du système capitaliste ; la nécessité de la solidarité ; le rôle néfaste de la religion, sans pour autant tomber dans le pamphlet, car le discours idéologique est peu appuyé.
Les personnages positifs sont madame Joad, la mère, personnage sur qui repose toute l’entreprise de déplacement vers la Californie, et Tom Joad, le fils aîné qui finit par épouser les convictions de l’ex-pasteur Casy, autre personnage positif.
Mais, au plan du reportage, le roman, qui décrit un exode tragique, superpose l’épopée dérisoire de la famille Joad en route vers la terre promise de la Californie, avec la lutte des humains contre les éléments et contre les ennemis. Ce souffle épique est maintenu par un procédé voisin de celui du chœur : une série de chapitres généraux dans lesquels les thèmes sont développés en contrepoint.
La très haute valeur littéraire du roman, Steinbeck s'affirmant en pleine puissance de son talent, lui fit obtenir le prix Pulitzer. Or, s’il le considérai comme son meilleur travail, il avait néanmoins, estimant que cet écrit était trop révolutionnaire pour plaire au grand public, il conseilla à son éditeur un petit tirage. Le livre connut le succès. À cause du langage utilisé et des idées développées, il fut interdit dans plusieurs villes de Californie.
La réelle influence qu'il exerça sur la condition ouvrière américaine de l'époque le classe parmi les plus grands romans américains du XXe siècle et parmi les plus grands romans prolétariens.
En 1940, le roman fut adapté au cinéma par John Ford, avec Henri Fonda, Jane Darwell, John Carradine. Alors que Steinbeck témoignait d’un engagement social en prise directe sur l’actualité, Ford adopta une perspective plus universaliste : le propos demeurait généreux, mais le point de vue était plus religieux que politique. La recherche de la terre promise renvoie au mythe biblique de l’Exode. Et la conclusion, fort émouvante, est plus optimiste que celle du roman.
Le roman fut pour la première fois traduit en français par Karin de Hatker, en Belgique, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que le pays était occupé par les Allemands. Aussi la version définitive d’Albert Debaty, publiée en 1944, sous le titre de ‘’Grappes d’amertume’’, présenta-t-elle de nombreuses omissions, des additions, des modifications : les noms de Marx et Lénine furent supprimés, «the land» qui désigne le lopin de terre des fermiers de l’Oklahoma fut traduit par «le pays», la référence aux bombes, «proof that the spirit has not died», disparut, et aussi toute référence au mouvement ouvrier («the growing labor unity»). Ces modifications visaient à ce que le texte de Steinbeck serve les intérêts de l’Allemagne nazie, au mépris de sa signification originale. Une fois la guerre terminée, cette traduction fut placée sous séquestre et interdite de diffusion. En 1947, l’éditeur français Gallimard proposa alors sa traduction par Maurice Coindreau et Marcel Duhamel qui ajoutèrent des notes de bas de pages.
Source: C L