Synthèse : En 1772, Jacques Cazotte publie "Le Diable amoureux", une œuvre qui défie les principes des Lumières en mettant en scène un diable séduisant, Biondetta. Le narrateur, Alvare, invoque le démon Béelzébuth par curiosité et se retrouve face à une série de métamorphoses aboutissant à la présence envoûtante de Biondetta. Mais qui est-elle réellement ? Une incarnation diabolique ou une créature amoureuse ? Cazotte, dans sa préface, évoque avec malice la genèse de son œuvre, soulignant son caractère moral et son style rapide, sans artifices philosophiques. Cette nouvelle, teintée d'illuminisme, explore les choix de l'homme entre le Bien et le Mal, offrant une réflexion sur la dualité de l'existence et les dilemmes entre tradition et modernité, vérité et illusion.
En 1772, lorsque paraît Le Diable amoureux de Jacques Cazotte, c’est presque la fin du règne de Louis XV et les écrivains des Lumières ont fait paraître leurs œuvres majeures où triomphent la raison, la logique, la méthode expérimentale et l’examen critique de toutes les croyances, dogmes ou superstitions. C’est dire si cette nouvelle espagnole, selon le sous-titre de cette œuvre, va à l’encontre des principes et idéaux des Lumières. Quoique, sous l’égide de la Vérité dévoilée par la Raison et la Philosophie (voir les allégories du frontispice de l’Encyclopédie), les hommes des Lumières s’intéressaient beaucoup aux mystères ésotériques et pratiquaient en secret l’alchimie !
Mais dans le Diable amoureux, c’est au diable en personne qu’on a affaire ! Et un joli diable ! Une diablesse plutôt : Biondetta. Alvare, le narrateur de l’histoire, un jeune noble espagnol, en garnison en Italie, va par jeu et curiosité invoquer Béelzébuth, le démon, dans une grotte des ruines de Portici, près de Naples. Une hideuse tête de chameau va alors apparaître, dans une fantasmagorie un peu grand-guignolesque, qui va poser en italien la question : Che vuoi ? Que veux-tu ? S’ensuit une série de métamorphoses au terme desquelles apparaît Biondetta, une femme magnifique et désirable. Mais qui est-elle ? Un simple avatar du diable ? Une pauvre sylphide incarnée par amour pour Alvare, comme elle le prétend plus tard ? Où est la réalité ? Où est l’illusion ? Cédons la parole à l’auteur lui-même qui dans la préface de la première édition s’expliquait un peu malicieusement …
« […] qu’il nous soit permis seulement de dire un mot de l’ouvrage.
Il a été rêvé en une nuit et écrit en un jour : ce n’est point, comme à l’ordinaire, un vol fait à l’auteur ; il l’a écrit pour son plaisir et un peu pour l’édification de ses concitoyens, car il est très moral. Le style en est rapide ; point d’esprit à la mode, point de métaphysique, point de science, encore moins de jolies impiétés et de hardiesses philosophiques ; seulement un petit assassinat pour ne pas heurter de front le goût actuel, et voilà tout. Il semble que l’auteur ait senti qu’un homme qui a la tête tournée d’amour est déjà bien à plaindre ; mais que, lorsqu’une jolie femme est amoureuse de lui, le caresse, l’obsède, le mène et veut à toute force s’en faire aimer, c’est le diable.
Beaucoup de Français, qui ne s’en vantent pas, ont été dans des grottes faire des évocations, y ont trouvé de vilaines bêtes qui leur criaient che vuoi ? et qui, sur leur réponse, leur présentaient un petit animal de treize à quatorze ans. Il est joli, on l’emmène ; les bains, les habits, les modes, les vernis, les maîtres de toute espèce, l’argent, les contrats, les maisons, tout est en l’air ; l’animal devient maître, le maître devient animal. Eh ! Mais pourquoi ? C’est que les Français ne sont pas Espagnols ; c’est que le diable est bien malin ; c’est qu’il n’est pas toujours si laid qu’on le dit. »
Inspirée de l'illuminisme, cette nouvelle initiatique offre une vision de la condition humaine, des efforts de l'homme pour choisir librement sa voie, entre le Bien et le Mal, entre l’esprit et la matière, entre la lumière et l’ombre, entre la vérité et le mensonge, entre la tradition et l’esprit des Lumières.
Source: A N I
Mais dans le Diable amoureux, c’est au diable en personne qu’on a affaire ! Et un joli diable ! Une diablesse plutôt : Biondetta. Alvare, le narrateur de l’histoire, un jeune noble espagnol, en garnison en Italie, va par jeu et curiosité invoquer Béelzébuth, le démon, dans une grotte des ruines de Portici, près de Naples. Une hideuse tête de chameau va alors apparaître, dans une fantasmagorie un peu grand-guignolesque, qui va poser en italien la question : Che vuoi ? Que veux-tu ? S’ensuit une série de métamorphoses au terme desquelles apparaît Biondetta, une femme magnifique et désirable. Mais qui est-elle ? Un simple avatar du diable ? Une pauvre sylphide incarnée par amour pour Alvare, comme elle le prétend plus tard ? Où est la réalité ? Où est l’illusion ? Cédons la parole à l’auteur lui-même qui dans la préface de la première édition s’expliquait un peu malicieusement …
« […] qu’il nous soit permis seulement de dire un mot de l’ouvrage.
Il a été rêvé en une nuit et écrit en un jour : ce n’est point, comme à l’ordinaire, un vol fait à l’auteur ; il l’a écrit pour son plaisir et un peu pour l’édification de ses concitoyens, car il est très moral. Le style en est rapide ; point d’esprit à la mode, point de métaphysique, point de science, encore moins de jolies impiétés et de hardiesses philosophiques ; seulement un petit assassinat pour ne pas heurter de front le goût actuel, et voilà tout. Il semble que l’auteur ait senti qu’un homme qui a la tête tournée d’amour est déjà bien à plaindre ; mais que, lorsqu’une jolie femme est amoureuse de lui, le caresse, l’obsède, le mène et veut à toute force s’en faire aimer, c’est le diable.
Beaucoup de Français, qui ne s’en vantent pas, ont été dans des grottes faire des évocations, y ont trouvé de vilaines bêtes qui leur criaient che vuoi ? et qui, sur leur réponse, leur présentaient un petit animal de treize à quatorze ans. Il est joli, on l’emmène ; les bains, les habits, les modes, les vernis, les maîtres de toute espèce, l’argent, les contrats, les maisons, tout est en l’air ; l’animal devient maître, le maître devient animal. Eh ! Mais pourquoi ? C’est que les Français ne sont pas Espagnols ; c’est que le diable est bien malin ; c’est qu’il n’est pas toujours si laid qu’on le dit. »
Inspirée de l'illuminisme, cette nouvelle initiatique offre une vision de la condition humaine, des efforts de l'homme pour choisir librement sa voie, entre le Bien et le Mal, entre l’esprit et la matière, entre la lumière et l’ombre, entre la vérité et le mensonge, entre la tradition et l’esprit des Lumières.
Source: A N I