Synthèse : Dans l'Espagne du XVIe siècle, Alonso Quixano El Bueno, un hidalgo passionné de romans de chevalerie, se transforme en don Quichotte de la Manche pour vivre ses idéaux chevaleresques. Accompagné de son fidèle écuyer Sancho Pança, il part à l'aventure, croyant combattre des géants et sauver des princesses. Entre illusions et réalité, don Quichotte défend ses idéaux avec une ferveur touchante, provoquant à la fois l'admiration et les moqueries de ceux qu'il rencontre. Sa quête de gloire et de noblesse le mène à des situations comiques et parfois tragiques, jusqu'à ce qu'il retrouve la raison et renonce à son rêve de chevalerie. Un récit captivant qui mêle humour, satire et réflexion sur les idéaux et les illusions de la vie.
Dans l'Espagne du XVIe siècle, le pauvre hidalgo (gentilhomme campagnard) de la Manche, Alonso Quixano El Bueno, qui est âgé de cinquante ans, se passionne trop pour les romans de chevalerie, qu'il a tous lus, prétendant à ses amis, le curé et le barbier, qu’ils rapportent des faits réels. Faisant siens leurs idéaux chevaleresques de paix, de justice, d’amour, se sentant appelé à les réaliser dans un monde tourmenté qui l’attend et qui lui donnera la renommée et la gloire, voulant imiter Amadis de Gaule (héros d’un roman espagnol du XVe siècle), décidé à rompre la monotonie de la vie villageoise pour courir l’aventure, il empoigne les armes de ses aïeux, se fabrique une visière en carton, ennoblit son vieux cheval décharné aux jambes instables en l’appelant Rossinante, prend lui-même le nom de chevalier don Quichotte de la Manche, choisit une dame, en fait une paysanne qu’il transfigure sous le nom de Dulcinée du Toboso, qu’il peut adorer à loisir et parer de toutes les qualités romanesques.
Un jour, à l’aube, en cachette, il monte à cheval, armé de son bouclier et de sa lance et, s’éloignant par une porte secrète de la cour de sa demeure, il part en rase campagne. Mais il n’a pas été armé chevalier, et ne peut donc exercer de plein droit sa mission. Il décide de s’en remettre, pour cette formalité, au premier individu qu’il rencontrera. Tout en se laissant conduire par Rossinante, il se voit déjà idéalisé dans un livre qui exalterait ses futurs exploits.
Après une journée passée sous le soleil, il parvient, fatigué et affamé, à une auberge perdue dans la campagne qu'il voit comme un château. Les deux filles de joie vulgaires qui se tiennent près de la porte et qui l’aident à se déshabiller et à se mettre à table sont par lui saluées et honorées comme de nobles demoiselles. Dès qu’il s’est rassasié, il se jette aux genoux de l’aubergiste, et l’adjure de l’armer chevalier. L’aubergiste, canaille rompue à toutes les ruses de la mauvaise vie, ayant compris que don Quichotte n’a pas un sou en poche, lui conseille de se procurer de l’argent, et de prendre un écuyer capable de s’occuper des nécessités pratiques de son existence errante. Enfin, il lui promet de l’armer chevalier le lendemain même, après la veillée d’armes dans la cour de l’auberge. Pendant cette veillée, des incidents éclatent à cause de la réaction très prompte de don Quichotte aux plaisanteries de certains charretiers, et on hâte la cérémonie de l’investiture. L’aubergiste, dans son rôle de parrain, lit en grommelant la formule rituelle dans le livre où il tient ses comptes d’avoine, tandis que les deux filles jouent le rôle de marraines.
Étant ainsi légalement accueilli dans l’ordre de la chevalerie errante, don Quichotte reprend son chemin. Le premier acte de justice qu’il accomplit, c’est d’empêcher un paysan de fouetter jusqu’au sang un petit garçon, son berger. Mais, dès que le chevalier errant s’est éloigné, le sort du malheureux n’en est que plus dur.
Don Quichotte rencontre ensuite des marchands de Tolède qu'il prend pour des chevaliers, et à qui il ordonne de déclarer, sans l’avoir jamais vue, que Dulcinée est la plus belle des femmes. Ils se moquent de lui, et, au cours du combat qu’il leur livre, il est entraîné par son cheval, et reçoit une volée de coups de bâtons sur le dos.
Un de ses concitoyens, l'ayant vu blessé et meurtri, écoute les explications qu’il lui balbutie, le croit fou, et le ramène chez lui où sa nièce, sa gouvernante, le curé et le barbier l’attendaient dans l’angoisse. Ils pensent tous que les responsables de sa folie chevaleresque sont les livres de sa bibliothèque. En conséquence, le curé et le barbier font l’inventaire de ceux qui, afin de le guérir, doivent être brûlés, sauvant ou essayant de sauver des flammes ceux où chacun d’eux se retrouve le mieux, avec ses tendances personnelles, son éducation et sa culture personnelles.
Mais don Quichotte trouve, en un paysan de sa bourgade, Sancho Pança, l'écuyer qui lui manquait, qu’il attire par l’appât d’un gain important et le mirage d’une île dont, en guise de récompense pour ses services futurs, il deviendrait le gouverneur. Ils prennent secrètement la route, formant un équipage ridicule puisque don Quichotte, grand, décharné, olivâtre, est monté sur Rossinante, tandis que Sancho, trapu, dodu, rubicond, est monté sur son âne.
Ayant aperçu des moulins à vent, don Quichotte voit en eux des géants démesurés qui tourmentent la région. Sancho essaie de le ramener à une observation attentive, mais, «épouvantable et inimaginable aventure», il s'élance et est emporté dans les airs par les ailes d’un moulin.
Ils rencontrent ensuite des bénédictins qui s’avancent sur la route : à leur côté se trouve par hasard une dame de Biscaye qui, dans son carrosse, se rend à Séville. Pour don Quichotte, les deux moines sont deux enchanteurs qui emmènent une princesse en captivité : il fonce donc avec fureur sur eux, les charge, en assomme un que son écuyer s'empresse de dépouiller, et, après s'être battu en duel avec l'un des valets de la dame, s'en tire à son honneur, s’inclinant devant elle en lui présentant ses hommages.
Plus loin, don Quichotte et Sancho Pança rencontrent au crépuscule des chevriers qui les accueillent cordialement. Au cours du souper, tandis que Sancho, affamé, s’empiffre, don Quichotte s’exalte en proclamant son idéal de paix, le merveilleux âge d’or et le bonheur qui s’ensuivront. Les chevriers vont assister à l’enterrement de Chrysostome, «l’étudiant berger mort d’amour pour cette endiablée de Marcelle» qui l’a éconduit avec une rare cruauté. Alors que sa dépouille est sur le point d’être recouverte de terre, elle apparaît et se défend : elle est belle mais revendique le droit de choisir librement l’objet de son amour. Et don Quichotte se range de son côté.
Les deux voyageurs reçoivent des coups de bâtons de la part de Yanguais (habitants de Yanguas, dans la province de Ségovie, qui exercent le métier de muletier) parce que Rossinante, plein de désir et de joie, s’était en trottinant approché de leurs belles juments.
Meurtris, blessés, ils parviennent, le lendemain, à une deuxième hôtellerie, le deuxième château pour don Quichotte, où ils sont soignés avec empressement et bonté. Don Quichotte, qui suit les lois de la chevalerie, dérange les amours furtives de Maritorne, une servante repoussante mais au cœur noble, et d’un charretier ; aussi, pendant la nuit, lui et son écuyer sont-ils roués de coups par ce qu'ils croient être des fantômes. Au matin, lorsque les deux compagnons font mine de partir sans payer, comme le permettent les lois de la chevalerie, Sancho, attrapé et roulé dans une couverture, doit payer de sa personne. Le chevalier refuse d'intervenir, se croyant enchanté par les fantômes du château. Mais la pauvre Maritorne apporte une cruche d'eau à Sancho qui a été cruellement berné (plusieurs personnes l’ont fait sauter en l’air sur la couverture qu’elles tenaient).
Repartis, don Quichotte et Sancho croisent un troupeau de brebis et de moutons qu'ils prennent pour deux armées en bataille auxquelles don Quichotte s'empresse de prêter main-forte.
Des gens, suivant, la nuit, un enterrement, sont pris par don Quichotte pour les ravisseurs d’un chevalier blessé.
Le vacarme que fait, dans les ténèbres, un moulin à foulon le remplit de rêves héroïques, mais fait trembler de peur Sancho.
Croisant un barbier affublé de sa bassine en cuivre, don Quichotte croit reconnaître le heaume rutilant de Mambrin (roi maure dont Renaud, dans ‘’Roland furieux’’, a pris le couvre-chef) : il se lance dans «la haute aventure de la riche conquête de l'armet de Mambrin», charge et s'empare du trophée, tandis que Sancho, toujours pratique, récupère le harnais du baudet.
Comme passent des «malheureux que l'on conduisait, contre leur gré, où ils eussent été bien aises de ne pas aller», un cortège de forçats enchaînés, le chevalier, au nom d’une liberté totale, les arrache des mains de la justice, et les délivre au nom de Dulcinée ; mais, s’irritant contre les stupides règles de la chevalerie, ils se montrent ingrats, et font subir de mauvais traitements et des spoliations à don Quichotte et Sancho.
Poussé par Sancho, qui croit déjà que les archers de la Sainte-Hermandad, sbires de la justice, sont à leurs trousses, don Quichotte, plein de ruse, s’enfonce dans les bois de la Sierra Morena. Ils y rencontrent le pauvre Cardenio, le «Beau-Ténébreux» que son amour pour Lucinde a rendu fou sans aucun motif valable, qui fait pénitence au milieu des bois, à l’instar d’Amadis repoussé par Oriane, et, par instants, bondit en se montrant dangereux pour les bergers, leurs troupeaux, leurs provisions.
Don Quichotte écrit une lettre d’amour à Dulcinée du Toboso où il lui demande de faire cesser le tourment qu’il éprouve, et envoie Sancho la lui porter. En chemin, il égare la lettre, revient à l’auberge, y rencontre le curé et le barbier auxquels il révèle, après avoir reçu la promesse d’une récompense, l’endroit où se trouve son maître, qu’il baptise «chevalier à la triste figure», et leur sert même de guide.
Le long du chemin, au milieu des forêts, ils rencontrent Dorothée, jeune femme avenante et intelligente, qui recherche anxieusement Fernand, son amant perdu. Le curé et le barbier s’entendent avec elle pour qu’elle fasse semblant d’être une princesse ayant besoin de secours pour délivrer son royaume d'un géant : lui faisant promettre de ne tenter aucun autre exploit avant d'avoir rempli sa mission, elle pliera à ses désirs la volonté de don Quichotte, et, par ce stratagème, le ramènera chez lui. Comme il n’obéit spontanément qu’aux sollicitations de ses belles imaginations chevaleresques, il est heureux de mettre ses armes au service de la princesse. Sancho le voit déjà l’épouser, et lui, recevoir une île en récompense.
Est alors insérée une nouvelle, ‘’Le curieux malavisé’’ (‘’El curioso impertinente’’), où Anselme croit aveuglément à la vertu absolue de sa femme, Camille. Mais un doute le prend : cette vertu abstraite résisterait-elle à l'expérience? Et le doute se change en angoisse. Il faut absolument qu'un ami, le meilleur ami, lui-même exemple, modèle et miroir de vertu, se prête à l'épreuve. L'ami résiste et s'indigne. Mais Anselme s'obstine, l’oblige à courtiser sa femme, et meurt des conséquences de son acharnée sottise.
Heureux d’apprendre par Sancho que Dulcinée a reçu sa lettre, don Quichotte se laisse mener à l’auberge où ont lieu les retrouvailles de différents couples. Il est encore, au milieu de tant de liesse, la cause de nouveaux troubles : la belle Dorothée se faisant passer pour la princesse Micomicona, il veut lui rendre son royaume de Micomicon, et livre une «effroyable bataille à des outres de vin rouge». Cependant, on lui pardonne parce qu’on le considère comme fou.
Un homme, qui a été captif à Alger, raconte sa vie et ses aventures, sa soumission à la brutalité du sinistre tyran Hassan-Aga, enfin son évasion.
Clara révèle qu’un garçon muletier qui lui fait la sérénade est un fils de gentilhomme qui a choisi cet état par amour pour elle.
Don Quichotte a encore une «spirituelle altercation avec un chanoine», «un démêlé avec un chevrier» et une «surprenante aventure» avec des «pénitents blancs» qui processionnent pour faire tomber la pluie, mais qu’il prend pour des fantômes tenant prisonnière une «dame en deuil» : il les attaque, reçoit un coup de fourche, est abattu mais sauvé par le curé. Celui-ci et le barbier, en utilisant les artifices des romans de chevalerie, lui font croire qu’ils sont des enchanteurs, l’enferment dans une cage, et le ramènent à la maison sur un char à boeufs.
Don Quichotte s’échappe encore de sa maison pour une troisième chevauchée. Il vient d’apprendre par Sancho et par le bachelier Samson Carrasco que le roman de ses exploits court déjà le monde entier : il s’agit de l’histoire, pure et simple, dépouillée de tout déguisement flatteur, des coups de bâton qu’il a reçus, et des malheurs comiques de son écuyer. Tout le monde en rit, mais personne n’a compris que sa vie est toute tendue dans un effort vers l’idéal dont il est épris. Il en est attristé. Contre les objections de sa nièce et de sa gouvernante, il ressent le besoin de réaffirmer son idéal dans toute sa plénitude.
Il a de nouveau à ses côtés son fidèle Sancho Pança qui, flatté par cette renommée inattendue, essaie en vain de la matérialiser sous la forme d’une avance d‘argent pour ses services.
Don Quichotte se rend au Toboso pour recevoir la bénédiction de Dulcinée : elle devrait être en possession de la lettre d’amour que Sancho, selon ses dires, lui avait remise de ses propres mains. Pour se tirer d’affaire et cacher son mensonge, l’écuyer identifie cette beauté idéale à la première paysanne rencontrée, et la montre du doigt à don Quichotte qui ne reconnaît pas en elle la femme dont il rêve. Il se voit donc comme la victime d’un envoûtement diabolique qu’il lui faut dissiper.
Les voici donc sur la route de Saragosse où une charrette chargée de figures bizarres fait espérer à don Quichotte «quelque nouvelle et périlleuse aventure». Mais ce ne sont que des comédiens qui viennent de jouer une fantasmagorie théâtrale, et portent encore leurs costumes. L’un d’eux, cependant, effraie Rossinante qui prend le mors aux dents, et le chevalier veut le châtier de son insolence. Lui et son écuyer sont alors accablés d’une grêle de pierres.
Don Quichotte se bat en duel contre le Chevalier-aux-miroirs, en fait Samson Carrasco qui, ainsi affublé, veut le forcer à revenir à la maison.
Il rencontre le chevalier don Diego de Miranda, gentilhomme paisible, à la raison claire, qui, tout d’abord, admire chez lui une sagesse et un jugement très équilibrés ; mais qui, ensuite, le voit agir comme un fou, et affronter avec une héroïque fureur un lion en cage, occasion de montrer sa «valeur inouïe» et de s’attribuer le titre de «chevalier aux lions».
Plus tard, don Quichotte et Sancho Pança assistent aux noces qui devaient être célébrées entre le riche paysan Camache et la belle Quitteria. Mais cette dernière est heureuse de se faire enlever, au dernier moment, par son fidèle Basile qu’elle va épouser bien qu’il soit pauvre et miséreux. Sancho regrette le fastueux banquet déjà apprêté, tandis que don Quichotte défend le sentiment pur et triomphant.
Poussé par un désir de mystérieuses aventures, il descend dans la caverne de Montésinos, où il s’endort en rêvant d’une rencontre avec les anciens paladins et avec Dulcinée qui a subi un enchantement, «choses dont l'impossibilité et la grandeur font que l'on tient cette aventure pour apocryphe». À son retour, son récit fabuleux suscite des questions pleines de doute de la part de Sancho, mais est considéré comme une source de renseignements scientifiques précieux par un savant érudit qui accompagne les deux amis : il donne à ce rêve, à cette plongée au sein du sentiment pur, la valeur d’un document sur lequel il est possible de construire un travail scientifique !
Les braiments de l’âne de Sancho excitent un paysan, et don Quichotte a un «mauvais succès dans l'aventure du braiment, qu'il ne termina point comme il l'aurait voulu et comme il l'avait pensé».
‘’La gracieuse histoire du joueur de marionnettes’’ est un spectacle au cours duquel don Quichotte est pris d’un élan guerrier.
Un voyage sur l’Èbre se termine de façon désastreuse car il a cru se trouver sur un bateau magique.
Il remarque «une belle chasseresse», et lui envoie Sancho en ambassade. Or cette duchesse et le duc connaissent de réputation «le chevalier à la triste figure», et les accueillent triomphalement dans leur château. Mais c’est une mise en scène par laquelle les deux compagnons sont l’objet de leur risée. Ainsi, on suscite à don Quichotte des aventures chevaleresques imaginaires, tirées des romans :
- «la découverte que l'on fit de la manière dont il fallait désenchanter la sans pareille Dulcinée, ce qui est une des plus fameuses aventures de ce livre» ;
- «l'aventure étrange et jamais imaginée de la duègne Doloride» qui, affligée d’une barbe, vient prier don Quichotte de la venger ;
- l'arrivée du cheval Clavilègne, prétendu cheval enchanté qui est en fait un cheval de bois sur lequel monte Sancho qui, après être tombé, décrit les ahurissantes merveilles qu'il a vues durant sa chevauchée céleste, son maître le prenant alors à part et, sans se départir de sa gravité ordinaire, lui soufflant à l'oreille : «Sancho, puisque vous voulez que l'on vous croie de ce que vous avez vu au ciel, je veux, moi, que vous m'en croyiez de ce que je vis dans la caverne de Montésinos. Et je ne vous en dis pas plus long.» ;
- les avances de la suivante de la duchesse, Altisidore, qui, sur son ordre, chante pour lui une chanson d’amour ; il la repousse vertueusement, mais elle le flatte secrètement ; la nuit suivante, il se saisit d’une guitare, et chante à son tour une chanson qu’il a composée lui-même pour répondre à Altisidore ; mais la sérénade est interrompue par des chats dont l’un lui griffe vilainement le visage ;
- la visite de dona Rodriguez, la duègne de la duchesse, qui lui expose les malheurs de sa fille ; il livre une «bataille inouïe et formidable au laquais Tosilos, en défense de la fille de dame Rodriguez» ; mais de faux démons font irruption et, dans un «épouvantable charivari de sonnettes et de miaulements», les mettent l’un et l’autre à mal : elle aurait été fouettée, et lui pincé et égratigné, par des enchanteurs et des bourreaux.
Quant à Sancho, il est nommé, par la volonté du duc, gouverneur de l’île de Barataria (l’île de la Concussion), en réalité un village en pleines terres, l’un des meilleurs du domaine du duc, enserré dans un mur circulaire comme une île est entourée d’eau. Don Quichotte prodigue ses conseils à son écuyer ainsi promu. Sancho se voit embarqué dans ce qu’il pensait quasiment impossible, mais conquiert enfin l’admiration de tous parce qu’il s’efforce de faire honneur aux conseils éclairés de son maître, met en oeuvre dans ses nouvelles fonctions ce sens réaliste et pratique qui est sa caractéristique essentielle. Il prend possession de son gouvernement, et juge des affaires en nouveau Salomon : il éconduit un fermier venu demander de l’argent pour marier son fils ; il entreprend d’expulser les parasites, gens oisifs et batteurs de pavé, pour préserver les privilèges des gentilshommes, et honorer les gens d’Église ; parfait conservateur, il se montre pourtant humain à l’égard de pauvres prisonniers et avisé quand on fait comparaître devant lui deux jeunes gens, un frère et une sœur qui ont échangé leurs vêtements ; il traite l’embarrassante question du passage d’un pont, et se réfère à Don Quichotte qui lui a enseigné que, lorsqu’un cas est douteux, mieux vaut pencher du côté de la miséricorde ; il édicte un certain nombre d’ordonnances visant à la bonne administration de son île. Mais tout se gâte : on annonce l’invasion de l’île par des ennemis ; il démissionne et prend le chemin de l’exil.
Après avoir pris congé, les deux compagnons s’engagent sur la route de Barcelone où don Quichotte est déjà célèbre comme héros de papier. D’où «l'aventure de la tête enchantée, ainsi que d'autres enfantillages que l'on ne peut s'empêcher de conter».
Ils tombent au milieu des hommes du célèbre bandit catalan Roque Guinart, coeur généreux qui s’est mis hors la loi en s’abandonnant pour un instant à la folie toute-puissante de son sentiment. Don Quichotte découvre alors la république organisée des brigands, et, s’il prétend persuader Roque Guinart, par de bonnes paroles, à se faire chevalier errant, il admire son caractère chevaleresque, l’équité avec laquelle sont répartis les fruits des vols, et sa générosité envers les voyageurs. Et lui, don Quichotte, qui avait rendu la liberté aux galériens, n’essaie même pas de détruire la république des bandits. Roque Guinart les laisse en liberté, les recommandant à ses amis de Barcelone qui, à leur tour, avec une cordialité ostentatoire, se moquent des deux compères.
Ils vont visiter les galères où Sancho Pança rencontre le Morisque Ricote qui, ballotté par les mouvements nés du décret d’expulsion et aspirant à retrouver la paix, est revenu, avec sa fille, Anna-Maria, dans son village pour déterrer un trésor qu’il y avait caché.
Survient le bachelier Samson Carrasco qui, devenu Chevalier de la Blanche Lune (le miroir de la mort), parvient à désarçonner don Quichotte. Celui-ci prend la résolution de se faire berger, et de mener la vie champêtre. Mais Simon Carrasco lui fait plutôt promettre, selon les lois du combat, de revenir à la maison, et d’y finir ses jours en retrouvant son identité primitive d’Alonso Quijano El Bueno, non sans s’être, grâce au témoignage d’«El moro Tarfe» (qui est issu du roman plagié d’Avellaneda), fait reconnaître par un greffier de village comme le seul vrai et authentique don Quichotte. Conduit au désespoir, il tombe malade, et, ayant retrouvé la raison, fait son testament et meurt, tandis que Sancho Pança, après l’avoir, dans un suprême excès de fidélité et d’affection, supplié de revenir à sa folie et de repartir avec lui pour de nouvelles aventures, rentre dans l’ombre.
Un jour, à l’aube, en cachette, il monte à cheval, armé de son bouclier et de sa lance et, s’éloignant par une porte secrète de la cour de sa demeure, il part en rase campagne. Mais il n’a pas été armé chevalier, et ne peut donc exercer de plein droit sa mission. Il décide de s’en remettre, pour cette formalité, au premier individu qu’il rencontrera. Tout en se laissant conduire par Rossinante, il se voit déjà idéalisé dans un livre qui exalterait ses futurs exploits.
Après une journée passée sous le soleil, il parvient, fatigué et affamé, à une auberge perdue dans la campagne qu'il voit comme un château. Les deux filles de joie vulgaires qui se tiennent près de la porte et qui l’aident à se déshabiller et à se mettre à table sont par lui saluées et honorées comme de nobles demoiselles. Dès qu’il s’est rassasié, il se jette aux genoux de l’aubergiste, et l’adjure de l’armer chevalier. L’aubergiste, canaille rompue à toutes les ruses de la mauvaise vie, ayant compris que don Quichotte n’a pas un sou en poche, lui conseille de se procurer de l’argent, et de prendre un écuyer capable de s’occuper des nécessités pratiques de son existence errante. Enfin, il lui promet de l’armer chevalier le lendemain même, après la veillée d’armes dans la cour de l’auberge. Pendant cette veillée, des incidents éclatent à cause de la réaction très prompte de don Quichotte aux plaisanteries de certains charretiers, et on hâte la cérémonie de l’investiture. L’aubergiste, dans son rôle de parrain, lit en grommelant la formule rituelle dans le livre où il tient ses comptes d’avoine, tandis que les deux filles jouent le rôle de marraines.
Étant ainsi légalement accueilli dans l’ordre de la chevalerie errante, don Quichotte reprend son chemin. Le premier acte de justice qu’il accomplit, c’est d’empêcher un paysan de fouetter jusqu’au sang un petit garçon, son berger. Mais, dès que le chevalier errant s’est éloigné, le sort du malheureux n’en est que plus dur.
Don Quichotte rencontre ensuite des marchands de Tolède qu'il prend pour des chevaliers, et à qui il ordonne de déclarer, sans l’avoir jamais vue, que Dulcinée est la plus belle des femmes. Ils se moquent de lui, et, au cours du combat qu’il leur livre, il est entraîné par son cheval, et reçoit une volée de coups de bâtons sur le dos.
Un de ses concitoyens, l'ayant vu blessé et meurtri, écoute les explications qu’il lui balbutie, le croit fou, et le ramène chez lui où sa nièce, sa gouvernante, le curé et le barbier l’attendaient dans l’angoisse. Ils pensent tous que les responsables de sa folie chevaleresque sont les livres de sa bibliothèque. En conséquence, le curé et le barbier font l’inventaire de ceux qui, afin de le guérir, doivent être brûlés, sauvant ou essayant de sauver des flammes ceux où chacun d’eux se retrouve le mieux, avec ses tendances personnelles, son éducation et sa culture personnelles.
Mais don Quichotte trouve, en un paysan de sa bourgade, Sancho Pança, l'écuyer qui lui manquait, qu’il attire par l’appât d’un gain important et le mirage d’une île dont, en guise de récompense pour ses services futurs, il deviendrait le gouverneur. Ils prennent secrètement la route, formant un équipage ridicule puisque don Quichotte, grand, décharné, olivâtre, est monté sur Rossinante, tandis que Sancho, trapu, dodu, rubicond, est monté sur son âne.
Ayant aperçu des moulins à vent, don Quichotte voit en eux des géants démesurés qui tourmentent la région. Sancho essaie de le ramener à une observation attentive, mais, «épouvantable et inimaginable aventure», il s'élance et est emporté dans les airs par les ailes d’un moulin.
Ils rencontrent ensuite des bénédictins qui s’avancent sur la route : à leur côté se trouve par hasard une dame de Biscaye qui, dans son carrosse, se rend à Séville. Pour don Quichotte, les deux moines sont deux enchanteurs qui emmènent une princesse en captivité : il fonce donc avec fureur sur eux, les charge, en assomme un que son écuyer s'empresse de dépouiller, et, après s'être battu en duel avec l'un des valets de la dame, s'en tire à son honneur, s’inclinant devant elle en lui présentant ses hommages.
Plus loin, don Quichotte et Sancho Pança rencontrent au crépuscule des chevriers qui les accueillent cordialement. Au cours du souper, tandis que Sancho, affamé, s’empiffre, don Quichotte s’exalte en proclamant son idéal de paix, le merveilleux âge d’or et le bonheur qui s’ensuivront. Les chevriers vont assister à l’enterrement de Chrysostome, «l’étudiant berger mort d’amour pour cette endiablée de Marcelle» qui l’a éconduit avec une rare cruauté. Alors que sa dépouille est sur le point d’être recouverte de terre, elle apparaît et se défend : elle est belle mais revendique le droit de choisir librement l’objet de son amour. Et don Quichotte se range de son côté.
Les deux voyageurs reçoivent des coups de bâtons de la part de Yanguais (habitants de Yanguas, dans la province de Ségovie, qui exercent le métier de muletier) parce que Rossinante, plein de désir et de joie, s’était en trottinant approché de leurs belles juments.
Meurtris, blessés, ils parviennent, le lendemain, à une deuxième hôtellerie, le deuxième château pour don Quichotte, où ils sont soignés avec empressement et bonté. Don Quichotte, qui suit les lois de la chevalerie, dérange les amours furtives de Maritorne, une servante repoussante mais au cœur noble, et d’un charretier ; aussi, pendant la nuit, lui et son écuyer sont-ils roués de coups par ce qu'ils croient être des fantômes. Au matin, lorsque les deux compagnons font mine de partir sans payer, comme le permettent les lois de la chevalerie, Sancho, attrapé et roulé dans une couverture, doit payer de sa personne. Le chevalier refuse d'intervenir, se croyant enchanté par les fantômes du château. Mais la pauvre Maritorne apporte une cruche d'eau à Sancho qui a été cruellement berné (plusieurs personnes l’ont fait sauter en l’air sur la couverture qu’elles tenaient).
Repartis, don Quichotte et Sancho croisent un troupeau de brebis et de moutons qu'ils prennent pour deux armées en bataille auxquelles don Quichotte s'empresse de prêter main-forte.
Des gens, suivant, la nuit, un enterrement, sont pris par don Quichotte pour les ravisseurs d’un chevalier blessé.
Le vacarme que fait, dans les ténèbres, un moulin à foulon le remplit de rêves héroïques, mais fait trembler de peur Sancho.
Croisant un barbier affublé de sa bassine en cuivre, don Quichotte croit reconnaître le heaume rutilant de Mambrin (roi maure dont Renaud, dans ‘’Roland furieux’’, a pris le couvre-chef) : il se lance dans «la haute aventure de la riche conquête de l'armet de Mambrin», charge et s'empare du trophée, tandis que Sancho, toujours pratique, récupère le harnais du baudet.
Comme passent des «malheureux que l'on conduisait, contre leur gré, où ils eussent été bien aises de ne pas aller», un cortège de forçats enchaînés, le chevalier, au nom d’une liberté totale, les arrache des mains de la justice, et les délivre au nom de Dulcinée ; mais, s’irritant contre les stupides règles de la chevalerie, ils se montrent ingrats, et font subir de mauvais traitements et des spoliations à don Quichotte et Sancho.
Poussé par Sancho, qui croit déjà que les archers de la Sainte-Hermandad, sbires de la justice, sont à leurs trousses, don Quichotte, plein de ruse, s’enfonce dans les bois de la Sierra Morena. Ils y rencontrent le pauvre Cardenio, le «Beau-Ténébreux» que son amour pour Lucinde a rendu fou sans aucun motif valable, qui fait pénitence au milieu des bois, à l’instar d’Amadis repoussé par Oriane, et, par instants, bondit en se montrant dangereux pour les bergers, leurs troupeaux, leurs provisions.
Don Quichotte écrit une lettre d’amour à Dulcinée du Toboso où il lui demande de faire cesser le tourment qu’il éprouve, et envoie Sancho la lui porter. En chemin, il égare la lettre, revient à l’auberge, y rencontre le curé et le barbier auxquels il révèle, après avoir reçu la promesse d’une récompense, l’endroit où se trouve son maître, qu’il baptise «chevalier à la triste figure», et leur sert même de guide.
Le long du chemin, au milieu des forêts, ils rencontrent Dorothée, jeune femme avenante et intelligente, qui recherche anxieusement Fernand, son amant perdu. Le curé et le barbier s’entendent avec elle pour qu’elle fasse semblant d’être une princesse ayant besoin de secours pour délivrer son royaume d'un géant : lui faisant promettre de ne tenter aucun autre exploit avant d'avoir rempli sa mission, elle pliera à ses désirs la volonté de don Quichotte, et, par ce stratagème, le ramènera chez lui. Comme il n’obéit spontanément qu’aux sollicitations de ses belles imaginations chevaleresques, il est heureux de mettre ses armes au service de la princesse. Sancho le voit déjà l’épouser, et lui, recevoir une île en récompense.
Est alors insérée une nouvelle, ‘’Le curieux malavisé’’ (‘’El curioso impertinente’’), où Anselme croit aveuglément à la vertu absolue de sa femme, Camille. Mais un doute le prend : cette vertu abstraite résisterait-elle à l'expérience? Et le doute se change en angoisse. Il faut absolument qu'un ami, le meilleur ami, lui-même exemple, modèle et miroir de vertu, se prête à l'épreuve. L'ami résiste et s'indigne. Mais Anselme s'obstine, l’oblige à courtiser sa femme, et meurt des conséquences de son acharnée sottise.
Heureux d’apprendre par Sancho que Dulcinée a reçu sa lettre, don Quichotte se laisse mener à l’auberge où ont lieu les retrouvailles de différents couples. Il est encore, au milieu de tant de liesse, la cause de nouveaux troubles : la belle Dorothée se faisant passer pour la princesse Micomicona, il veut lui rendre son royaume de Micomicon, et livre une «effroyable bataille à des outres de vin rouge». Cependant, on lui pardonne parce qu’on le considère comme fou.
Un homme, qui a été captif à Alger, raconte sa vie et ses aventures, sa soumission à la brutalité du sinistre tyran Hassan-Aga, enfin son évasion.
Clara révèle qu’un garçon muletier qui lui fait la sérénade est un fils de gentilhomme qui a choisi cet état par amour pour elle.
Don Quichotte a encore une «spirituelle altercation avec un chanoine», «un démêlé avec un chevrier» et une «surprenante aventure» avec des «pénitents blancs» qui processionnent pour faire tomber la pluie, mais qu’il prend pour des fantômes tenant prisonnière une «dame en deuil» : il les attaque, reçoit un coup de fourche, est abattu mais sauvé par le curé. Celui-ci et le barbier, en utilisant les artifices des romans de chevalerie, lui font croire qu’ils sont des enchanteurs, l’enferment dans une cage, et le ramènent à la maison sur un char à boeufs.
Don Quichotte s’échappe encore de sa maison pour une troisième chevauchée. Il vient d’apprendre par Sancho et par le bachelier Samson Carrasco que le roman de ses exploits court déjà le monde entier : il s’agit de l’histoire, pure et simple, dépouillée de tout déguisement flatteur, des coups de bâton qu’il a reçus, et des malheurs comiques de son écuyer. Tout le monde en rit, mais personne n’a compris que sa vie est toute tendue dans un effort vers l’idéal dont il est épris. Il en est attristé. Contre les objections de sa nièce et de sa gouvernante, il ressent le besoin de réaffirmer son idéal dans toute sa plénitude.
Il a de nouveau à ses côtés son fidèle Sancho Pança qui, flatté par cette renommée inattendue, essaie en vain de la matérialiser sous la forme d’une avance d‘argent pour ses services.
Don Quichotte se rend au Toboso pour recevoir la bénédiction de Dulcinée : elle devrait être en possession de la lettre d’amour que Sancho, selon ses dires, lui avait remise de ses propres mains. Pour se tirer d’affaire et cacher son mensonge, l’écuyer identifie cette beauté idéale à la première paysanne rencontrée, et la montre du doigt à don Quichotte qui ne reconnaît pas en elle la femme dont il rêve. Il se voit donc comme la victime d’un envoûtement diabolique qu’il lui faut dissiper.
Les voici donc sur la route de Saragosse où une charrette chargée de figures bizarres fait espérer à don Quichotte «quelque nouvelle et périlleuse aventure». Mais ce ne sont que des comédiens qui viennent de jouer une fantasmagorie théâtrale, et portent encore leurs costumes. L’un d’eux, cependant, effraie Rossinante qui prend le mors aux dents, et le chevalier veut le châtier de son insolence. Lui et son écuyer sont alors accablés d’une grêle de pierres.
Don Quichotte se bat en duel contre le Chevalier-aux-miroirs, en fait Samson Carrasco qui, ainsi affublé, veut le forcer à revenir à la maison.
Il rencontre le chevalier don Diego de Miranda, gentilhomme paisible, à la raison claire, qui, tout d’abord, admire chez lui une sagesse et un jugement très équilibrés ; mais qui, ensuite, le voit agir comme un fou, et affronter avec une héroïque fureur un lion en cage, occasion de montrer sa «valeur inouïe» et de s’attribuer le titre de «chevalier aux lions».
Plus tard, don Quichotte et Sancho Pança assistent aux noces qui devaient être célébrées entre le riche paysan Camache et la belle Quitteria. Mais cette dernière est heureuse de se faire enlever, au dernier moment, par son fidèle Basile qu’elle va épouser bien qu’il soit pauvre et miséreux. Sancho regrette le fastueux banquet déjà apprêté, tandis que don Quichotte défend le sentiment pur et triomphant.
Poussé par un désir de mystérieuses aventures, il descend dans la caverne de Montésinos, où il s’endort en rêvant d’une rencontre avec les anciens paladins et avec Dulcinée qui a subi un enchantement, «choses dont l'impossibilité et la grandeur font que l'on tient cette aventure pour apocryphe». À son retour, son récit fabuleux suscite des questions pleines de doute de la part de Sancho, mais est considéré comme une source de renseignements scientifiques précieux par un savant érudit qui accompagne les deux amis : il donne à ce rêve, à cette plongée au sein du sentiment pur, la valeur d’un document sur lequel il est possible de construire un travail scientifique !
Les braiments de l’âne de Sancho excitent un paysan, et don Quichotte a un «mauvais succès dans l'aventure du braiment, qu'il ne termina point comme il l'aurait voulu et comme il l'avait pensé».
‘’La gracieuse histoire du joueur de marionnettes’’ est un spectacle au cours duquel don Quichotte est pris d’un élan guerrier.
Un voyage sur l’Èbre se termine de façon désastreuse car il a cru se trouver sur un bateau magique.
Il remarque «une belle chasseresse», et lui envoie Sancho en ambassade. Or cette duchesse et le duc connaissent de réputation «le chevalier à la triste figure», et les accueillent triomphalement dans leur château. Mais c’est une mise en scène par laquelle les deux compagnons sont l’objet de leur risée. Ainsi, on suscite à don Quichotte des aventures chevaleresques imaginaires, tirées des romans :
- «la découverte que l'on fit de la manière dont il fallait désenchanter la sans pareille Dulcinée, ce qui est une des plus fameuses aventures de ce livre» ;
- «l'aventure étrange et jamais imaginée de la duègne Doloride» qui, affligée d’une barbe, vient prier don Quichotte de la venger ;
- l'arrivée du cheval Clavilègne, prétendu cheval enchanté qui est en fait un cheval de bois sur lequel monte Sancho qui, après être tombé, décrit les ahurissantes merveilles qu'il a vues durant sa chevauchée céleste, son maître le prenant alors à part et, sans se départir de sa gravité ordinaire, lui soufflant à l'oreille : «Sancho, puisque vous voulez que l'on vous croie de ce que vous avez vu au ciel, je veux, moi, que vous m'en croyiez de ce que je vis dans la caverne de Montésinos. Et je ne vous en dis pas plus long.» ;
- les avances de la suivante de la duchesse, Altisidore, qui, sur son ordre, chante pour lui une chanson d’amour ; il la repousse vertueusement, mais elle le flatte secrètement ; la nuit suivante, il se saisit d’une guitare, et chante à son tour une chanson qu’il a composée lui-même pour répondre à Altisidore ; mais la sérénade est interrompue par des chats dont l’un lui griffe vilainement le visage ;
- la visite de dona Rodriguez, la duègne de la duchesse, qui lui expose les malheurs de sa fille ; il livre une «bataille inouïe et formidable au laquais Tosilos, en défense de la fille de dame Rodriguez» ; mais de faux démons font irruption et, dans un «épouvantable charivari de sonnettes et de miaulements», les mettent l’un et l’autre à mal : elle aurait été fouettée, et lui pincé et égratigné, par des enchanteurs et des bourreaux.
Quant à Sancho, il est nommé, par la volonté du duc, gouverneur de l’île de Barataria (l’île de la Concussion), en réalité un village en pleines terres, l’un des meilleurs du domaine du duc, enserré dans un mur circulaire comme une île est entourée d’eau. Don Quichotte prodigue ses conseils à son écuyer ainsi promu. Sancho se voit embarqué dans ce qu’il pensait quasiment impossible, mais conquiert enfin l’admiration de tous parce qu’il s’efforce de faire honneur aux conseils éclairés de son maître, met en oeuvre dans ses nouvelles fonctions ce sens réaliste et pratique qui est sa caractéristique essentielle. Il prend possession de son gouvernement, et juge des affaires en nouveau Salomon : il éconduit un fermier venu demander de l’argent pour marier son fils ; il entreprend d’expulser les parasites, gens oisifs et batteurs de pavé, pour préserver les privilèges des gentilshommes, et honorer les gens d’Église ; parfait conservateur, il se montre pourtant humain à l’égard de pauvres prisonniers et avisé quand on fait comparaître devant lui deux jeunes gens, un frère et une sœur qui ont échangé leurs vêtements ; il traite l’embarrassante question du passage d’un pont, et se réfère à Don Quichotte qui lui a enseigné que, lorsqu’un cas est douteux, mieux vaut pencher du côté de la miséricorde ; il édicte un certain nombre d’ordonnances visant à la bonne administration de son île. Mais tout se gâte : on annonce l’invasion de l’île par des ennemis ; il démissionne et prend le chemin de l’exil.
Après avoir pris congé, les deux compagnons s’engagent sur la route de Barcelone où don Quichotte est déjà célèbre comme héros de papier. D’où «l'aventure de la tête enchantée, ainsi que d'autres enfantillages que l'on ne peut s'empêcher de conter».
Ils tombent au milieu des hommes du célèbre bandit catalan Roque Guinart, coeur généreux qui s’est mis hors la loi en s’abandonnant pour un instant à la folie toute-puissante de son sentiment. Don Quichotte découvre alors la république organisée des brigands, et, s’il prétend persuader Roque Guinart, par de bonnes paroles, à se faire chevalier errant, il admire son caractère chevaleresque, l’équité avec laquelle sont répartis les fruits des vols, et sa générosité envers les voyageurs. Et lui, don Quichotte, qui avait rendu la liberté aux galériens, n’essaie même pas de détruire la république des bandits. Roque Guinart les laisse en liberté, les recommandant à ses amis de Barcelone qui, à leur tour, avec une cordialité ostentatoire, se moquent des deux compères.
Ils vont visiter les galères où Sancho Pança rencontre le Morisque Ricote qui, ballotté par les mouvements nés du décret d’expulsion et aspirant à retrouver la paix, est revenu, avec sa fille, Anna-Maria, dans son village pour déterrer un trésor qu’il y avait caché.
Survient le bachelier Samson Carrasco qui, devenu Chevalier de la Blanche Lune (le miroir de la mort), parvient à désarçonner don Quichotte. Celui-ci prend la résolution de se faire berger, et de mener la vie champêtre. Mais Simon Carrasco lui fait plutôt promettre, selon les lois du combat, de revenir à la maison, et d’y finir ses jours en retrouvant son identité primitive d’Alonso Quijano El Bueno, non sans s’être, grâce au témoignage d’«El moro Tarfe» (qui est issu du roman plagié d’Avellaneda), fait reconnaître par un greffier de village comme le seul vrai et authentique don Quichotte. Conduit au désespoir, il tombe malade, et, ayant retrouvé la raison, fait son testament et meurt, tandis que Sancho Pança, après l’avoir, dans un suprême excès de fidélité et d’affection, supplié de revenir à sa folie et de repartir avec lui pour de nouvelles aventures, rentre dans l’ombre.
Auteur : C.L.
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