"Quel est celui de nous qui n'a pas rêvé le miracle d'une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple, assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?" Baudelaire rédige ici en 1862 (c'est la préface aux "Petits poèmes en prose") l'acte de naissance de la poétique contemporaine et c'est en référence directe à Aloysius Bertrand, et à ce Gaspard de la nuit que Baudelaire découvrit dès sa parution en 1842. Destin étrange que celui de ce petit dijonnais qui, dans sa solitude provinciale sut reconnaître les bruissements singuliers de la révolution romantique. Destin prématurément brisé par la maladie, mais que Mallarmé saluera comme celui "d'un de ses frères". On tentera ici de voir comment cet écrivain, apparemment mineur, a été en fait à la source de ce bouleversement de l'écriture d'où naîtra un statut nouveau de la littérature, affranchie de toutes les servitudes des règles et des genres. Selon les paroles d'André Breton, Aloysius Bertrand est bien "un ange qui descendait, les ailes frémissantes, d'un temps étoilé".
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Charles Baudelaire en parle avec admiration dans sa Préface du Spleen de Paris. Sainte-Beuve l’honore d’une notice élogieuse. Maurice Ravel le met en musique dans un tryptique pour piano. On le dit inventeur d’un nouveau genre poétique. On le dit extraordinaire et admirable. Pourtant, Aloysius Bertrand, auteur du fameux Gaspard de la Nuit et initiateur du poème en prose, est presque un inconnu à sa mort. Provincial, pauvre et souffreteux, il était aussi rêveur, perfectionniste, et romantique, et c’est peut-être ce caractère si particulier qui rend son ouvrage si novateur.
Source : https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=3674
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