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Rimbaud - Les Illuminations - Parade - analyses

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Synthèse : L'extrait brosse le portrait d'une troupe d'individus singuliers, «des drôles très solides», qui semblent évoluer en marge des conventions sociales. L'auteur décrit avec une acuité saisissante leurs apparences physiques, marquées par une esthétique de la déformation et de l'excès, évoquant des «yeux hébétés» et des «faciès déformés». Ces êtres, qu'ils soient jeunes ou mûrs, se distinguent par une capacité à manipuler et à subvertir les codes, déployant un art de la performance qui transcende les formes traditionnelles du spectacle. Leur «Paradis de la grimace enragée» se manifeste à travers des costumes extravagants et des jeux scéniques qui mêlent tragédie et trivialité, puisant dans un répertoire hétéroclite de figures et de mythes. Maîtres de la métamorphose, ils opèrent une «comédie magnétique» qui bouleverse le spectateur, suscitant tour à tour rire et effroi. L'auteur, se positionnant comme le seul détenteur de la «clef de cette parade sauvage», suggère une compréhension privilégiée de ce phénomène énigmatique.

Des drôles très solides. Plusieurs ont exploité vos mondes. Sans besoins, et peu pressés de mettre en oeuvre leurs brillantes facultés et leur expérience de vos consciences. Quels hommes mûrs ! Des yeux hébétés à la façon de la nuit d'été, rouges et noirs, tricolores, d'acier piqué d'étoiles d'or ; des faciès déformés, plombés, blêmis, incendiés ; des enrouements folâtres ! La démarche cruelle des oripeaux ! — Il y a quelques jeunes, — comment regarderaient-ils Chérubin ? — pourvus de voix effrayantes et de quelques ressources dangereuses. On les envoie prendre du dos en ville, affublés d'un luxe dégoûtant.
Ô le plus violent Paradis de la grimace enragée ! Pas de comparaison avec vos Fakirs et les autres bouffonneries scéniques. Dans des costumes improvisés avec le goût du mauvais rêve ils jouent des complaintes, des tragédies de malandrins et de demi-dieux spirituels comme l'histoire ou les religions ne l'ont jamais été. Chinois, Hottentots, bohémiens, niais, hyènes, Molochs, vieilles démences, démons sinistres, ils mêlent les tours populaires, maternels, avec les poses et les tendresses bestiales. Ils interpréteraient des pièces nouvelles et des chansons "bonnes filles". Maîtres jongleurs, ils transforment le lieu et les personnes, et usent de la comédie magnétique. Les yeux flambent, le sang chante, les os s'élargissent, les larmes et des filets rouges ruissellent. Leur raillerie ou leur terreur dure une minute, ou des mois entiers.
J'ai seul la clef de cette parade sauvage.

   

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