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de Graffigny - Différences entre les deux versions des “Lettres”

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Différences entre les deux versions des "Lettres d'une Péruvienne"

Synthèse : L’étude met en lumière les différences notables entre les deux versions des «Lettres d’une Péruvienne» de Françoise de Graffigny, publiées respectivement en 1747 et 1752. La première édition, anonyme et inachevée, présente une intrigue plus concise et une critique sociale moins prononcée. La version définitive de 1752, augmentée de trois lettres et d’une introduction historique, révèle une évolution significative. Graffigny, en signant son œuvre, approfondit les thèmes, notamment la condition féminine, et renforce la portée critique de son roman. Cette seconde version, fruit d’une volonté d’enrichissement littéraire et idéologique, affirme l’autrice comme femme de lettres et transforme son œuvre en un manifeste féministe. L’analyse souligne ainsi l’importance de l’aventure éditoriale et des modifications apportées par Graffigny, qui témoignent d’une quête d’autonomie et d’une aspiration à une «république des Lettres plus féminine».


Différences entre les deux versions des 
"Lettres d'une Péruvienne" de Françoise de Graffigny

Contexte éditorial

Les Lettres d’une Péruvienne de Françoise de Graffigny ont connu une aventure éditoriale complexe et remarquable au XVIIIe siècle. La première édition paraît anonymement en 1747, alors que la version définitive n’est publiée qu’en 1752, cette fois signée par l’autrice et augmentée de plusieurs éléments nouveaux.

Principales différences entre les versions de 1747 et 1752

Version 1747
(première édition)

Version 1752
(édition définitive)

Statut

Inachevée, anonyme

Complétée, signée par Graffigny

Nombre de lettres

38 lettres

41 lettres (+3 lettres supplémentaires)

Introduction

Non présente

Introduction historique ajoutée

Contenu

Moins développé, intrigue abrupte

Développement des thèmes et de l’intrigue

Critique sociale et féminine

Présente mais moins accentuée

Accentuation de la critique, notamment du statut des femmes et de la société française

Sur la forme :

  • La première édition de 1747 compte 38 lettres et ne comporte pas d’introduction historique. Elle est publiée anonymement et présente une intrigue qui s’interrompt de façon relativement abrupte.

  • L’édition de 1752, considérée comme la version définitive, est augmentée de trois lettres (pour un total de 41), d’une introduction historique et est signée par Françoise de Graffigny. Cette version étoffe l’intrigue et approfondit les thèmes abordés, notamment la critique de la condition féminine et des mœurs françaises.

Sur le fond :

  • La version de 1752 propose une réflexion plus poussée sur l’autonomie intellectuelle et sociale de l’héroïne, Zilia, et renforce la portée critique de l’œuvre, en particulier sur la situation des femmes dans la société française du XVIIIe siècle.

  • L’ajout des trois lettres et de l’introduction permet à Graffigny de clarifier certains points du récit et d’accentuer la dimension féministe et satirique de son roman.

Raisons de l'apparition de la deuxième version

La première édition de 1747 ayant rencontré un succès immédiat, Graffigny a souhaité répondre à l’attente du public et à ses propres exigences littéraires en proposant une version plus aboutie. Elle profite de la réédition de 1752 pour :

  • Corriger et compléter son texte, notamment en ajoutant trois lettres qui approfondissent le parcours de Zilia.

  • Préciser le contexte historique et donner une légitimité à son œuvre en signant de son nom et en ajoutant une introduction.

  • Renforcer la portée critique, en particulier sur la condition féminine, ce qui fait de cette œuvre un des premiers romans féministes de la littérature française.

La version de 1752 est donc le fruit d’une volonté de l’autrice de parfaire son roman, d’enrichir sa portée idéologique et littéraire, et de s’affirmer comme femme de lettres dans une société encore très masculine.

« L’étonnante aventure éditoriale des Lettres d’une Péruvienne et les variations réfléchies apportées par la deuxième édition de 1752 accentuent la teneur critique de l’œuvre. L’autrice, à l’image de son héroïne, réaffirme ainsi son geste d’indépendance et son aspiration à une république des Lettres plus féminine. »[1]

Conclusion

Les deux versions des Lettres d’une Péruvienne de Graffigny témoignent d’une évolution significative, tant sur le plan littéraire que sur le plan idéologique. La version de 1752, plus complète et plus engagée, marque l’affirmation de Graffigny comme autrice et la transformation de son roman en un manifeste critique sur la société et la condition des femmes au XVIIIe siècle.


   

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