Ronsard: L'autre jour que j'étais sur le haut d'un degré,..
Synthèse : Le sonnet, empreint d'une esthétique pétrarquiste, relate une expérience de coup de foudre fulgurante. Le poète, surpris par le regard de l'aimée, Hélène, est immédiatement frappé par une émotion intense, décrite en termes de choc physique et de trouble intérieur. L'impact du regard est comparé à la foudre, suggérant une puissance destructrice qui menace la vie du poète. Seule l'intervention salvatrice de la main d'Hélène, associée à un signe, le sauve de la mort. Le poème célèbre ainsi le pouvoir ambivalent du regard féminin, capable d'anéantir et de revivifier, et met en scène le jeu subtil de la séduction et de la domination amoureuse. La structure formelle du sonnet, avec ses rimes et ses vers, amplifie l'intensité dramatique de l'expérience vécue.
(II, 9)
L'autre jour que j'étais sur le haut d'un degré,
Passant tu m'avisas, et me tournant la vue,
Tu m'éblouis les yeux, tant j'avais l'âme émue
De me voir en sursaut de tes yeux rencontré.
Ton regard dans le coeur, dans le sang m'est entré
Comme un éclat de foudre alors qu'il fend la nue :
J'eus de froid et de chaud la fièvre continue,
D'un si poignant regard mortellement outré.
Et si ta belle main passant ne m'eût fait signe,
Main blanche, qui se vante être fille d'un Cygne,
Je fusse mort, Hélène, aux rayons de tes yeux;
Mais ton signe retint l'âme presque ravie,
Ton oeil se contenta d'être victorieux,
Ta main se réjouit de me donner la vie.