⇠ H.2. - […] Alors, il m’a tendu un piège… N. Sarraute - Pour un oui ou pour un non - l'exposition ⇢

H.2. - […] je le savais, je l’ai toujours su…

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Synthèse : L’échange vif entre deux interlocuteurs, H.1 et H.2, révèle une profonde opposition ontologique. H.2, d’emblée, pose l’existence d’une lutte à mort, une «lutte sans merci» entre eux, soulignant l’incompatibilité de leurs positions. H.1, cherchant à définir les camps opposés, se heurte au refus de H.2 de nommer les choses, préférant se réfugier dans une forme d’indéfinition. H.1, cependant, tente de classifier, d’opposer ceux qui «créent la vie» aux «ratés». L’extrait explore ainsi la résistance de H.2 à cette catégorisation, son refus de sortir de son «trou», et son attachement à un mode d’existence perçu comme différent, voire supérieur, à celui de H.1, malgré le sentiment de «dépérissement» qu’il avoue ressentir. La tension entre compréhension et incompréhension, entre l’envie de nommer et le refus de se définir, constitue le cœur de ce dialogue.


H.2 : [...] je le savais, je l’ai toujours su...

H.1 : Su quoi ? Su quoi ? Dis-le.

H.2 : Su qu’entre nous il n’y a pas de conciliation possible. Pas de rémission... C’est un combat sans merci. Une lutte à mort. Oui, pour la survie. Il n’y a pas le choix. C’est toi ou moi.

H.1 : Là tu vas fort.

H.2 : Mais non, pas fort du tout. Il faut bien voir ce qui est : nous sommes dans deux camps adverses. Deux soldats de deux camps ennemis qui s’affrontent.

H.1 : Quels camps ? Ils ont un nom.

H.2 : Ah, les noms, ça c’est pour toi. C’est toi, c’est vous qui mettez des noms sur tout. Vous qui placez entre guillemets... Moi je ne sais pas.

H.1 : Eh bien, moi je sais. Tout le monde le sait. D’un côté, le camp où je suis, celui où les hommes luttent, où ils donnent toutes leurs forces... ils créent la vie autour d’eux... pas celle que tu contemples par la fenêtre, mais la "vraie", celle que tous vivent. Et d’autre part... eh bien...

H.2 : Eh bien ?

H.1 : Eh bien ?

H.2 : Non...

H.1 : Si. Je vais le dire pour toi... Eh bien, de l’autre côté il y a les "ratés".

H.1 : Je n’ai pas dit ça. D’ailleurs, tu travailles...

H.2 : Oui, juste pour me permettre de vivoter. Je n’y consacre pas toutes mes forces.

H.1 : Ah ! tu en gardes ?

H.2 : Je te vois venir... Non, non, je n’en "garde" pas...

H.1 : Si. Tu en gardes. Tu gardes des forces pour quoi ?

H.2 : Qu’est-ce que ça peut bien te faire ? Pourquoi faut-il que tu viennes toujours chez moi inspecter, fouiller ? On dirait que tu as peur...

H.1 : Peur ? Peur !

H.2 : Oui, peur. Ça te fait peur : quelque chose d’inconnu, peut-être de menaçant, qui se tient là, quelque part, à l’écart, dans le noir... une taupe qui creuse sous les pelouses bien soignées où vous vous ébattez... Il faut absolument la faire sortir, voici un produit à toute épreuve : "C’est un raté." "Un raté." Aussitôt, vous le voyez ? le voici qui surgit au-dehors, il est tout agité : "Un raté ? Moi ? Qu’est-ce que j’entends ? Qu’est-ce que vous dites là ? Mais non, je n’en suis pas un, ne croyez pas ça... voilà ce que je suis, voilà ce que je serai... vous allez voir, je vous donnerai des preuves..." Non, n’y compte pas. Même ça, même "un raté", si efficace que ça puisse être, ne me fera pas quitter mon trou, j’y suis trop bien.

H.1 : Vraiment ? Tu y es si bien que ça ?

H.2 : Mieux que chez toi, en tout cas, sur tes pelouses... Là je dépéris... j'ai envie de fuir... La vie ne vaut plus...

H.1 : La vie ne vaut plus la peine d'être vécue - c'est ça. C'est exactement ce que je sens quand j'essaie de me mettre à ta place.

H.2 : Qui t'oblige à t'y mettre ?

H.1 : Je ne sais pas... je veux toujours comprendre...


   

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