H.1 : [...] Oui, peut-être... Peut-être que tu as raison, en fin de compte... c'est vrai qu'auprès de toi j'éprouve parfois comme de l'appréhension...
H.2 : Ah, voilà...
H.1 : Oui... il me semble que là où tu es tout est... je ne sais pas comment dire... inconsistant, fluctuant... des sables mouvants où l’on s’enfonce... je sens que je perds pied... tout autour de moi se met à vaciller, tout va se défaire... il faut que je sorte de là au plus vite... que je me retrouve chez moi où tout est stable. Solide.
H.2 : Tu vois bien... Et moi... eh bien, puisque nous en sommes là... et moi, vois-tu, quand je suis chez toi, c’est comme de la claustrophobie... je suis dans un édifice fermé de tous côtés, partout des compartiments, des cloisons, des étages... j’ai envie de m’échapper... mais même quand j’en suis sorti, quand je suis revenu chez moi, j’ai du mal à... à...
H.1 : Oui ? du mal à faire quoi ?
H.2 : Du mal à reprendre vie... parfois encore le lendemain je me sens comme un peu inerte... et autour de moi aussi... il faut du temps pour que ça revienne, pour que je sente ça de nouveau, cette pulsation, un pouls qui se remet à battre... alors tu vois...
H.1 : Oui. Je vois.
Un silence.
À quoi bon s’acharner ?
H.2 : Ce serait tellement plus sain...
H.1 : Pour chacun de nous... plus salutaire...
H.2 : La meilleure solution...
H.1 : Mais tu sais bien comment nous sommes. Même toi, tu n’as pas osé le prendre sur toi.
H.2 : Non. J’ai besoin qu’on m’autorise.
H.1 : Et moi donc, tu me connais...
H.2 : Qu’est-ce que tu crois... si on introduisait une demande... à nous deux, cette fois... on pourrait peut-être mieux expliquer... on aurait peut-être plus de chances...
H.2 : Non... à quoi bon ? Je peux tout te dire d’avance... Je vois leur air... « Eh bien, de quoi s’agit-il encore ? De quoi ? Qu’est-ce qu’ils racontent ? Quelles taupes ? Quelle pelouses ? Quels sables mouvants ? Quels camps ennemis ? Voyons un peu leurs dossiers. »
Rien... on a beau chercher... examiner les points d’ordinaire les plus chauds... rien d’autre nulle part que les signes d’une amitié parfaite... »
H.1 : C’est vrai.
H.2 : Et ils demandent à rompre. Ils ne veulent plus se revoir de leur vie... quelle honte... »
H.1 : Oui, aucun doute possible, aucune hésitation : déboutés tous les deux.
H.2 : Et même, qu’ils y prennent garde... qu’ils fassent très attention. On sait quelles peines encourent ceux qui ont l’outrecuidance de se permettre ainsi, sans raison... Ils seront signalés... on ne s’en approchera qu’avec prudence, avec la plus extrême méfiance... Chacun saura de quoi ils sont capables, de quoi ils peuvent se rendre coupables : ils peuvent rompre pour un oui ou pour un non. »
H.1 : Pour un oui... ou pour un non ?
Un silence.
H.2 : Oui ou non ?...
H.1 : Ce n’est pourtant pas la même chose...
H.2 : En effet. Oui. Ou non.
H.1 : Oui.
H.2 : Non !