H.2 : […] Alors il m’a tendu un piège... il a disposé une souricière.
TOUS : Une souricière?
H.2 : Il a profité d’une occasion...
F. rit : Une souricière d’occasion?
H.2 : Non, ne riez pas. Il parle sérieusement, je vous assure... Quelle souricière, dis-nous...
H.2 : Eh bien, je l’avais félicité pour sa promotion... et il m’a dit qu’elle lui donnait... entre autres avantages... l’occasion de faire des voyages passionnants...
H.1 : Continue. Ça devient intéressant...
H.2 : Oui. Des voyages... et je me suis avancé plus loin que je ne le fais d’ordinaire... j’ai marqué comme une nostalgie... alors... il m’a offert d’obtenir pour moi, grâce à ses relations... j’ai fait quelques petits travaux... il m’a dit que peut-être, il pourrait demander à quelqu’un de bien placé de me proposer pour une tournée de conférences...
F., H.3 : Eh bien, je trouve ça gentil...
H.2 gémit : Oh!
F., H.3 : Vous ne trouvez pas ça gentil? Moi, on me proposerait...
H.2 : À quoi bon continuer? Je n’y arriverai pas.
H.1 : Si, j’y tiens. Continue, je t’en prie. Ce n’était pas gentil?
H.2 : Il faut donc tout recommencer...
H.1 : Non. Résumons : tu aimes les voyages. Je t’ai proposé de t’obtenir une tournée...
H.2 : Oui. Alors, vous voyez, j’avais le choix. Je pouvais... c’est que je fais d’ordinaire, sans même y penser... je pouvais reculer, dire : « Non, vois-tu, moi les voyages... et surtout dans ces conditions... non, ce n’est pas pour moi. » Ainsi je restais dehors. Ou alors je pouvais me laisser tenter, m’approcher de l’appât, le mordre, dire : « Eh bien, je te remercie, je serais heureux... » et j’aurais été pris et conduit à la place qui m’était assignée, là-bas, chez lui... ma juste place. C’était déjà pas mal. Mais j’ai fait mieux...
H.1 : Tiens? tu as fait mieux?
H.2 : Oui. J’ai dit... mais comment ai-je pu?... rien que d’y penser...
H.1 : Je m’en souviens maintenant : tu as dit que si tu voulais, tu pourrais... qu’on t’avait proposé, dans d’excellentes conditions...
H.2 : Oui, c’est ça... quelle honte... je me suis installé tout au fond de la cage. Comme si j’y avais toujours vécu. J’ai joué le jeu qu’on y joue. Conformément à toutes les règles. J’ai voulu aussitôt me rehausser... comme chacun fait là-bas... Sa protection, il donc, je n’en avais pas besoin, j’avais ma juste place ici, chez eux... une très bonne place... je m’en flattais. Je jouais leur jeu à fond. On aurait dit que je n’avais jamais fait que ça. Alors il n’a eu qu’à me prendre... Il m’a tendu dans le creux de sa main, il m’a examiné.
Voyez-vous ça, regardez-moi ce bonhomme, il dit qu’il a été, lui aussi, invité... et même dans de flatteuses conditions... et comme il en est fier... voyez comme il se redresse... ah mais c’est qu’il n’est pas si petit qu’on le croit... il a su mériter comme un grand... « C’est biiiien... ça... C’est biiiien... ça... Oh mais qu’est-ce que vous pouvez comprendre...
H.3 : Pas grand-chose, en effet.
F. : Moi non plus, je ne veux pas suivre... du reste je n’ai pas le temps, il faut que je parte... Mais il me semble que cette excitation... il a l’air si agité... et ces idées de souricière, d’appât... Ne vaudrait-il pas mieux...
H.1 : Non, ne craignez rien. Laissez-nous, je m’en charge.
H.3 et F. sortent. Long silence.